Critique : Le visage d’un autre d’Hiroshi Teshigahara

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Réalisateur
Hiroshi Teshigahara
Année de sortie
1966
Pays
Japon
Notre score
4.5

« Le visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place. »

C’est ce que Levinas dit à propos du visage comme reconnaissance de soi et d’autrui, et c’est ce qui est merveilleusement exploré dans Le visage d’un autre du japonais Hiroshi Teshigahara. 

Le film raconte l’histoire d’un homme d’affaire défiguré, Nakadai, qui obtient de son docteur de se faire greffer le visage d’une autre personne afin de se réinsérer dans la vie quotidienne sans subir le regard de son entourage, ou des gens dans la rue. 

Véritable quête introspective, le récit est découpé en deux partie : tout d’abord le personnage se questionne sur la mutilation et cherche à retrouver un visage, synonyme pour lui de liberté. Puis il explore la jouissance de vivre avec le visage d’un autre, et prend peu à peu conscience que cela altère sa personnalité. Le masque semble avoir une influence sur lui, et commander sa volonté…

A travers tout cela émergent des réflexion sur l’identité, explorée dans des dimensions non seulement philosophiques mais aussi éthiques et médicales. Ces dernières parties sont mises en exergue par le personnage du médecin qui brave consciemment toute déontologie par pure curiosité professionnelle. Des questionnements toujours d’actualité, à l’heure où les limites du progrès médical ne cessent d’être repoussées. 

Ce propos rejoint celui déjà traité plusieurs fois au cinéma, comme dans Les yeux sans visage de George Franju ou Seconds de John Frankenheimer sorti tout juste un an après. Source inépuisable de réflexion, les pensées intérieures du personnage, perçues en voix off, viennent ici étudier en profondeur ce rapport au visage engageant son trouble de l’identité et nous amenant à tant philosopher. 

Tous ces aspects sont superbement mis en perspective par la mise en scène, qui implante sans cesse des morceaux de corps humain et des outils technologiques dans le décor, notamment à la clinique, véritable cabinet de Frankenstein. Il ressort de ce lieu une ambiance futuriste voire transhumaniste, étonnante de modernité pour ce film qui a plus de 60 ans. 

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Un habile jeu de lumières et de miroirs est également mis en place, reflétant les corps comme si ils reflétaient les âmes et utilisés de manière à toujours cacher le visage abîmer tout en le suggérant assez pour instaurer le malaise chez le spectateur. 

Tout au long du film, une histoire parallèle est également dévoilée, assez déroutante parfois puisqu’elle ne rejoint jamais le fil principal. Pas narrativement du mois, mais on peut voir les thématiques se croiser aisément. En effet ce récit parallèle nous montre une jeune femme, elle aussi au visage mutilé, mais qui l’assume au grand jour. Elle ne cherche pas à être quelqu’un d’autre ; ce qui l’obsède elle, c’est l’idée d’une nouvelle guerre nucléaire. Peut-être pour que les autres souffrent aussi, et puissent tous lui ressembler plutôt que de continuer de penser que c’est elle qui n’est pas « normale » ? 

Le docteur avait mis en garde Nakadai, sur le pouvoir enivrant de pouvoir enfiler et se défaire de ce masque à sa guise, mais celui-ci ne cesse de repousser les limites, allant même jusqu’à essayer de séduire de nouveau sa femme avec son nouveau visage. 

La fin du film est particulièrement marquante, avec cette folie nouvelle rongeant le protagoniste poussée à son paroxysme, tant au niveau de l’histoire que visuellement. Une vision d’un monde sans visage, où l’identité d’une personne ne peut être lue d’un simple regard. 

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Le visage d’un autre n’est pas un film horrifique, mais il n’en reste pas moins parfois très oppressant, de par les angoisses existentielles qu’il parvient à saisir. 

 

La bande annonce :  https://www.youtube.com/watch?v=64fFqPwb16U

Le visage d'un autre
4.5