Critique : Lonely Fifteen de David Lai

Critique : Lonely Fifteen de David LaiCapture de  cran 2021 03 13 a   22

L’histoire :

Suite à un vol dans un magasin, un groupe de lycéennes se voit exclut de leur établissement scolaire, chacune des filles va alors sombrer dans la vie nocturne d’Hong Kong, avec tout ce qu’elle comporte comme dangers. Becky tombe alors amoureuse d’un jeune malfrat qui est déjà en couple…

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Spectrum film a déniché cette pépite réalisée par David Lai en 1982 et l’édite dans une version restaurée exclusive à la France en combo Bluray / Dvd.

Lonely fifteen s’éloigne des films hongkongais qu’on a l’habitude de voir dans nos contrées, « art martiaux » ou «polar d’action », ici il s’agit d’un film d’auteur social, quasi documentaire. David Lai montre la déchéance d’une jeunesse livrée à elle-même dans la mégapole au début des années 80.

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Becky, 15 ans, se trouve dans une structure familiale des plus particulières, à savoir que sa mère vit avec un bodybuildeur philippin dont le passe-temps est de jouer de la batterie à toute heure dans leur petit appartement… nul besoin de préciser que l’adolescente et son beau-père ne s’entendent pas. Rapidement le vol dans le supermarché va briser le maigre équilibre qu’avait l’adolescente. Becky et ses copines vont être déscolarisées, et une lente descente aux enfers va commencer.

D’abord la vie nocturne, les boites, les fêtes, puis la rencontre d’un ténébreux malfrat, Becky s’amourache. Elle découvre les plaisirs charnels, et sa mue instantanée en femme va être symbolisé par le tatouage de son amant qu’elle va reproduire sur sa poitrine, ça en est désormais totalement fini de Becky l’adolescente. Bien évidemment le tatouage n’est pas anodin, dans les cultures asiatiques, c’est souvent une marque d’appartenance au milieu… et le milieu elle va rapidement y être confrontée, car ses besoins d’argent vont l’amener dans un bar à hôtesse, où elle va se prostituer… Son petit ami, lui, retrouve sa copine « légitime » qui vient de sortir de prison, et donc va délaisser Becky aussitôt… la descente aux enfers s’accélère alors…

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David Lai montre la déchéance d’une jeunesse en perte de repère et en manque de cadre familiaux et sociétaux. Le Hong Kong d’époque qui est en pleine ébullition laisse sur la route une jeunesse qui de jour au lendemain peut tomber dans un gouffre dont il est quasiment impossible de ressortir, Hong Kong comme une mante religieuse de cette jeunesse marginalisée. Lonely fifteen se veut ultra réaliste et documenté, la sensation de vérité nous frappe instantanément. Les comédiennes n’en sont pas, ce sont des jeunes femmes trouvées en casting sauvage. David Lai n’épargne pas grand-chose au spectateur, la scène avec le vieil homme dans le bar à hôtesse est glaçante, Lonely fifteen fait clairement écho au film allemand de 1981 « Moi, Christiane F. 13 ans, droguée et prostituée ». On pense également à « A nos amours » (1983) de Maurice Pialat, avec la famille toxique, les disputes violentes, l’émancipation sexuelle de l’adolescente interprétée par Sandrine Bonnaire, les désillusions, la perte de repère, etc.

Sur la forme, Lonely fifteen possède un côté documentaire mais pas seulement : ruptures de rythme, images fortes, photo nocturne soignée, musiques entêtantes (comme celle de la boite de nuit qui revient comme un motif), apporte une esthétique stylisée qui ne polluent pas la narration naturaliste, en clair c’est profond et c’est beau à la fois. Pour l’anecdote, il s’agit du seul rôle de Becky Lam qui remporta le prix de la meilleure actrice à Hong Kong en 1983, on n’ose penser à la carrière qu’elle aurait pu faire au vu de son interprétation et de sa beauté si elle avait continué à tourner.

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En bonus sur cette édition, on a droit entre autre à des interviews du réalisateur David Lai, Irene Wan et Michael Mak, la présentation du film par Arnaud Lanuque,…

En conclusion, Lonely fifteen est un Ovni dans la pléthore de films de HK qui arrivent jusqu’à nous, c’est un drame social percutant et prenant sur la jeunesse Hongkongaise tenu par une magnifique interprétation de Becky Lam. On n’en sort pas intact, c’est la preuve des grandes œuvres. Une pépite à découvrir chez Spectrum film en édition combo Blu-ray/DVD, dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde.

 

 

4.5