Cannes 2017 – Critique : Vers la lumière de Naomi Kawase133872cannes 2017 - critique : vers la lumière de naomi kawase

Cannes 2017 – Critique : Vers la lumière de Naomi Kawase

4.5

Vers la lumière est le nouveau de Kawase Naomi après son apaisant les Délices de Tokyo. La cinéaste retourne à Nara pour nous offrir une nouvelle œuvre sur le cinéma, le temps et la lumière.

Une audiodescriptrice (Misaki Ayame) est confrontée aux critiques d’un homme (Nagase Masatoshi) qui est en train de perdre la vue. Elle est troublée par la perte de son père et la maladie naissante de sa mère tandis que lui doit se résoudre à abandonner son art, la photographie. Les deux vont tenter de communiquer et de se retrouver à travers le cinéma, la lumière. Kawase Naomi continue son fascinant travail de captation des formes et des lumières pour exprimer la mélancolie de ses personnages. Le film se construit avec des gros plans sur les visages et les yeux qui trahissent les dialogues voire parlent pendant les silences. La cinéaste japonaise tente de trouver une vérité dans les corps et leur interaction. On devient témoin des troubles de l’âme de ses personnages. Ces deux personnages qui tentent de lutter contre la nature qui ont le sait reste insaisissable chez Kawase. Le film même s’il est doux s’empare d’une fatalité que Kawase montre comme inhérente à notre condition. On ne peut pas lutter contre le temps, mais on ne doit pas non plus se laisser disparaître.

La cinéaste questionne notre rapport aux traces, à notre héritage. Une question qui va aau-delà du film car cette 70eme édition du festival signe également les 20 ans de carrière de Kawase Naomi depuis sa révélation à pour Moe no Suzaku en 1997. Ainsi le film réfléchit également sur la place du cinéma dans la vie des individus. Cet art qui doit tout à la lumière peut-il aider des gens qui ne peuvent plus la percevoir ? La réponse est positive mais l’accès au pouvoir du cinéma nécessite de s’y perdre par la confiance qu’on accorde au cinéaste. Le film prend la forme d’une lettre d’amour au cinéma dans les discussions des mal voyants qui font tout pour accéder à son pouvoir. L’image devient alors aussi sacrée que la forêt ou le vent que Kawase nous donne à sentir lorsqu’elle filme les voyages de l’héroïne à Nara.
La cinéaste déclare célèbre la lumière par l’espoir qu’offre le cinéma de vivre au-delà de sa condition. La filmographie de la réalisatrice est marquée par le spirituel et le sacré, cette ode à la lumière s’inscrit parfaitement dans sa démarche, et la transcende. Les personnages qui sombre petit à petit dans l’obscurité sont bercés par une lumière bienveillante. Celle du soleil couchant plein de promesses et de mélancolie, celle des salles de cinéma hors du temps et pourtant accessible. La romance des personnages fait écho à celle de la réalisatrice et de son art.

Ainsi, Kawase Naomi nous fait le don d’une œuvre intime et donc profondément universel. La cinéaste nous confronte à l’ombre pour partager sa lumière.

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4.5