Critique : Nomadland de Chloé Zhao

Avant première au Festival Lumière 2020

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Frances McDormand in the film NOMADLAND. Photo by Joshua Richardson. © 2019 Twentieth Century Fox Film Corporation All Rights Reserved
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Que feriez-vous si vous perdiez tout ? C’est un peu la question que l’on se pose en voyant Nomadland, le dernier long-métrage de la réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao, déjà lauréat du Lion d’or à la Mostra de Venise.

Fern (Frances McDormand) a vu sa vie s’écrouler en peu de temps. Perte de son mari, de son travail, et enfin de sa maison, le sort semble s’être acharné contre elle. Face à cette tournure tragique de son existence, elle prend la décision de s’acheter un camping-car et de parcourir les routes américaines, telle une nomade, vivant de petits boulots plus ingrats les uns que les autres.

Sans maison, mais non sans foyer. C’est ainsi qu’est présentée Fern, ainsi que tous les nomades dont elle croise la route. La qualité très naturaliste et authentique du film nous montre bien l’attachement que ces personnes portent à leur véhicule, se sentant plus à l’aise sur quatre roues qu’entre quatre murs. Qui plus est, le petit espace qui leur sert de lieu de vie n’est rien face à l’infinie surface de la nature qu’ils parcourent.

Ce côté quasi documentaire du film est renforcé par la volonté de Chloé Zhao de ne choisir que des amateurs pour incarner les personnages autres que Fern. Si Frances McDormand est un visage plus que parlant et une actrice de renommée mondiale, déjà lauréate de deux oscars (et pourquoi pas bientôt d’un troisième suite à sa performance bouleversante), presque tous les autres interprètes ont été choisis sur les lieux de tournage, parmi la population locale – procédé utilisé notamment par Ken Loach). Lors des réunions autour du feu, nous avons donc l’impression d’assister à de réels témoignages, rendant ainsi le film d’autant plus touchant.

Cette qualité est très bien appuyée par la réalisation de Zhao, qui filme de manière sublime la nature, en plan large, avec une Fern semblant minuscule au milieu de ces grands espaces déserts, mais vient toujours se rapprocher des visages dans des plans beaucoup plus serrés lors des interactions entre les personnages. La manière de capturer ces moments entre des personnes venant des quatre coins du pays nous montre que si le fait de partir sur la route représente une aventure solitaire, le chemin est pavé de réels instants de communion. Ceux-ci vont permettre à Fern, à la fois femme libre d’esprit et prisonnière de ses souvenirs et traumatismes, de se reconstruire et de trouver de nouvelles raisons d’avancer, en partageant son histoire ou écoutant celle des autres. Et si les séparations sont dures, les retrouvailles ne sont jamais loin, « down the road ».

Bien sûr, le film n’a pas été fait simplement pour nous montrer de sublimes paysages et des histoires larmoyantes. En effet le propos politique sous-jacent reste bien perceptible tout le long de l’histoire, faisant s’affronter le monde capitaliste avec ce microcosme qui semble en dehors des règles imposées. Les nomades aiment la nature certes, mais peu sont là par choix. Des pertes d’emplois, des maladies, des handicaps, des retraites insuffisantes pour survivre, ce sont toutes ces choses qui peuvent pousser une personne à prendre la route. Ce qui touche ici, c’est que Chloé Zhao ne nous montre pas des révoltés contre le système. Ces personnes ont accepté leur sort, travaillent pour des géants industriels comme Amazon quand ils ont besoin d’argent, préfèrent toujours s’entraider que de se plaindre. Cependant, ils restent loin du monde urbain, et lorsqu’on leur propose un lit douillet sous un toit, ils finiront – presque – toujours par regagner ce qui est devenu leur vision du confort.

Nomadland apparait finalement comme un voyage spirituel qui nous berce au gré trajets sur les routes de campagnes américaines, que Zhao réhabilite magnifiquement grâce à sa photographie soignée. La bande originale de Ludovico Einaudi accompagne le tout avec légèreté et émotion, même si on peut regretter un certain manque d’originalité au vu de ses précédents travaux.

Le 30 décembre 2020, allez donc prendre la route avec Frances McDormand pour une ballade au coeur d’une Amérique libre, solidaire et en harmonie avec la nature.

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4.5