Critique : Promare

Le nouveau sommet d'Hiroyuki Imaishi

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Date de sortie
31/07/2019
Réalisateur
Hiroyuki Imaishi
Pays
Japon
Notre score
4.5

Le nom d’Hiroyuki Imaishi ne dit peut-être rien au grand public, mais il revient souvent depuis la fin des 90’s lorsque l’on parle d’animation japonaise. Tout d’abord en tant qu’animateur où il a officié sur The End of Evangelion (Anno, Tsurumaki, 1997), la série Full Metal Alchemist (2003-2004), le sixième film de la franchise One Piece, Le Baron Omatsuri et l’île secrète (Mamoru Hosoda, 2005) ou Redline (Takeshi Koike, 2010). Un poste qu’il occupe toujours de nos jours, en plus de sa casquette de réalisateur.

En 2004, Imaishi signait son premier film avec le moyen-métrage Dead Leaves. Soit probablement l’un des films les plus dingues des 2000’s avec Mind Game (Masaaki Yuasa, 2004). Une montagne-russe qui ne s’arrête jamais durant 55 minutes, avec son lot de scènes frappadingues allant d’une scène de sexe cradingue à des scènes de gunfights délirantes et dignes de cartoons dégénérés. Inutile de dire que si Imaishi a continué à travailler sur des séries animées, le revoir s’attaquer à un projet de cinéma non-lié à des séries faisait saliver.

C’est d’ailleurs par ces séries qu’Imaishi a rencontré son scénariste, puisque Kazuki Nakashima a collaboré avec lui sur Gurren Lagann (2007-2008) et KILL La KILL (2013-2014). En sachant qu’il est également connu pour les scénarios du nanardesque Terraformars (Takeshi Miike, 2016) et du génial Batman Ninja (Junpei Mizusaki, 2018).

La nouvelle collaboration entre Imaishi et Nakashima a commencé sur une variante musicale des Misérables (Victor Hugo, 1862) avec des zombies. Puis il était question d’un dragon et d’un adolescent (*). Toutefois, Nakashima conserva l’idée du feu pour un projet jouant sur les acquis du duo (les mechas et le rythme effréné notamment). Promare était alors lancé avec le studio Trigger (Little Witch Academia). 

Le film développe un univers où des gens font de la combustion spontanée, entraînant une série d’incendies dévastateurs sur la planète. Il est donc décidé de les combattre, notamment avec des unités de pompiers de l’extrême utilisant des mechas. Imaishi et Nakashima nous proposent alors de suivre une unité dans ses actions évidemment spectaculaires. 

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La première chose que l’on retient de la scène est que le réalisateur n’a rien perdu de sa folie furieuse depuis 2004. L’animation est moins cartoonesque, mais elle conserve un aspect dingue dans les actions et les mouvements des personnages. Les affrontements sont fluides et le spectateur est totalement immergé dans l’action comme dans le récent Dragon Ball Super : Broly (Tatsuya Nagamine, 2018). A la différence qu’ici l’animation est vraiment un cran au dessus et se rapproche du rendu de Spider-man : Into the spider-verse (2018). Ici, les visages sont toujours expressifs et l’animation ne perd pas en qualité dans certains plans. L’animation est donc un mélange ravissant de CGI et de cel-shading (technique d’animation qui mise en partie sur des contours prononcés) ; permettant des scènes d’action dantesques.

Sa durée étant plus longue que Dead Leaves, Promare apparaît moins concentré et peut se permettre de développer davantage son scénario sur la longueur. Ainsi, le monde du film est moins manichéen qu’il n’y paraît au premier abord, avec les gentils pompiers d’un côté et les méchants pyromanes de l’autre. (attention spoilers) Sur un point de départ relativement simple, le film tord le cou aux idées reçues, quitte à ce que les personnages passent par des jugements hâtifs et des désillusions. C’est le cas du pompier Galo Thymos, croyant en un héros qui n’en est pas un et qu’il finira par affronter, libérant ainsi sa conscience. Mais aussi de son “antagoniste de départ” Lio Fotia, chef des Mad Burnish voulant libérer les siens, quitte à partir dans une fureur difficilement contrôlable. On peut en dire autant d’Ellis Ardebit, scientifique comprenant que trop tard l’horreur qu’elle est en train de commettre.

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Le propos de Promare n’est pas sans évoquer Demolition Man (Marco Brambilla, 1993), avec une société propre sur elle en apparence, mais particulièrement sale quand on commence à creuser. L’inhumanité des gens normaux envers les pyromanes en est la preuve, évoquée le temps d’une scène évidente où des gens sont ravis de manger des pizzas, avant de l’être beaucoup moins une fois qu’ils savent que le pizzaïolo est un pyromane. Il en est de même pour l’antagoniste principal, tuant tout ce qui se trouve en travers de son chemin et entretenant une attitude de bon samaritain dans les médias. 

Sans compter l’allusion inévitable à certaines heures sombres de l’histoire, avec les pyromanes envoyés dans des prisons spécifiques où ils subiront diverses expériences. D’un côté, Promare est un film d’action démentiel, mais de l’autre, il se montre aussi comme un film beaucoup moins fun et capable d’évoquer des choses particulièrement sombres et intéressantes. (fin des spoilers) Le film bénéficie également d’une soundtrack pop particulièrement entraînante et se mariant parfaitement avec la plupart des scènes d’action. 

Si vous cherchez un film estival à la fois impressionnant visuellement, bien écrit et jouissif, alors Promare est fait pour vous. Certainement le film le plus barjo que vous verrez cette année.

 

* Informations tirées d’Animeland Hors Série été 2019.

4.5