Critique : A touch of sin de Jia Zhangke

La violence par la violence

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Réalisateur
Jia Zhangke
Année
2013
Pays
Chine
Notre score
4

Dans le Shanxi, un ouvrier de mine se révolte contre la corruption rongeant sa hiérarchie. A Chongqing, la famille de Zhou San l’attend pendant qu’il commet des braquages à travers le pays. Dans le Hubei, une jeune fille travaillant dans un établissement de massage va voir sa vie basculer. A Dongguan, Xiao Hui enchaine les petits boulots pour gagner de quoi vivre.

Ce sont les quatre histoires, toutes inspirés de faits réels s’étant déroulés en Chine depuis le début du XIXe siècle, que choisit de nous dépeindre Jia Zhangke, connu pour son travail fort en engagement politique, à travers son film A touch of sin.

Le titre s’inscrit directement en hommage au film A touch of Zen de King Hu, reprenant ainsi les codes du genre wuxia, ayant pour protagonistes des « chevaliers errants » et se déroulant plutôt durant l’ancienne Chine. Le réalisateur enchaîne donc ici les portraits de chevaliers errants, mais cette fois appartenant à la Chine moderne, afin de dénoncer les problèmes qui gangrènent le pays. Les histoires sont donc indépendantes, mais le lien qui les unit reste parfaitement visible. 

La volonté de présenter l’opposition des classes est donc ici très claire, et elle se manifeste à travers des éclats de violence inattendus et brutaux, mais aussi poignants de la part des personnages, tous issus de la basse classe, qui manifestent leur ras le bol contre un système qui les oppresse. Une symbolique très forte au niveau de l’image se retrouve dans les très beaux plans larges avec un décor qui semble infini et un personnage qui n’a pourtant nul part où aller.

L’écriture sert parfaitement ce propos et sait se montrer fine car elle arrive à nous faire entrer en empathie avec les protagonistes de chaque acte et comprendre les motivations de leurs actes qui sont pourtant parfois assez barbares. Le parti est pris côté réalisation de ne pas épargner le spectateur et montrer à l’écran des scènes assez graphiques (à éviter peut-être donc si la violence vous gêne) et très réalistes. 

Ce que je peux reprocher à ce film, est qu’à mon sens le rythme des histoires est inégal et elles ne m’ont pas toutes captivé de la même manière. En effet la première est sûrement la plus percutante, proposant une tension incroyable et un personnage magnifiquement interprété par Wu Jiang qui nous marque dès notre entrée dans l’oeuvre. Difficile donc de passer après cela, et la deuxième histoire m’a fait brièvement perdre un peu d’intérêt pour ce que je regardais, peut-être parce que le protagoniste était ici celui avec lequel on peut avoir le plus de mal à rentrer en empathie. La troisième rehausse à nouveau le niveau et nous fait bien ressentir toute l’impuissance de la jeune fille face à sa situation. Quant à la dernière, elle est la plus touchante et termine parfaitement le film grâce à sa fin choc qui laissera le spectateur réellement marqué et permettant une parfaite transition vers la réflexion post-visionnage. 

Je dirais donc que ce film est nécessaire, car il interroge sur les maux d’un pays à travers les histoires de ces personnes qui d’une seconde à l’autre passent de quelqu’un de lambda à une figure à la fin tragique, et qui peuvent donc représenter n’importe quelle autre personne lambda emprisonnée dans ce système. Il est nécessaire car il traite la violence morale par la violence visuelle, tout en utilisant la beauté du cinéma et des émotions que l’on peut transmettre à travers un écran pour tirer la sonnette d’alarme et nous questionner sur les répercussions (ou non) d’une action d’un individu seul sur toute une société.

Peut-être grâce à ses nombreuses récompenses (prix dans divers festivals à travers le monde dont le prix du scénario à Cannes en 2013), le film a réussi à éviter la censure complète en Chine et a donc pu sortir à condition de changer quelques lignes de dialogues jugées trop sarcastiques pour être gardées. La réception fut plutôt bonne de partout donc, le film étant même sélectionné dans la liste des 25 meilleurs films du XXIe siècle du New York Times en 2017.

Je vous encourage donc vivement à le découvrir à votre tour et vous laisser couper le souffle par la puissance des images de Jia Zhangke.

 

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Critique : A touch of sin de Jia Zhangke
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