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Critique : Passion de Ryûsuke Hamaguchi

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Date de sortie
15/05/2019
Réalisateur
Ryûsuke Hamaguchi
Pays
Japon
Notre score
4.4

Après les sorties récentes de Asako I & II de Ryûsuke Hamaguchi, le premier film de fin d’études du cinéaste sorti au Japon en 2008 est diffusé en France en ce mois de mai. À son casting on retrouve Aoba Kawai (Come On Irene)Nao Okabe (Asako I & II)Ryuta Okamoto (What the Snow Brings), Kiyohiko Shibukawa (Dare To Stop Us), et Fusako Urabe (Asako I & II).

Passion suit l’histoire d’un jeune couple, Kaho et Tomoya, qui annonce son mariage à leurs amis. Les réactions de chacun vont révéler des failles sentimentales jusque-là inexprimées au sein du groupe. Je vais m’en tenir à ce résumé pour ne pas spoiler, cela serait dommage.

On découvre que le style du cinéaste était déjà bien établi dès son premier film. Les fans seront ravis de retrouver de longues scènes de conversations, des disputes où on laisse éclater des vérités avec franchise, sans oublier les trajets en bus que l’on retrouve dans Senses et Asako. Il est fascinant de voir à quel point le premier film de Ryûsuke Hamaguchi avait déjà une vision et une réflexion cinématographique, et de voir comment il parvient à créer des tensions avec la simple annonce d’un mariage.

Il est bon de retenir qu’il s’agit de son premier film réalisé pour la validation de son diplôme de fin d’études. En ayant ça à l’esprit, on ne peut pas vraiment critiquer les problèmes de caméras qui tremblent par endroits et un montage brute, peut-être est-ce même volontaire. Ici, le fond l’emporte sur la forme. En tout cas, le film dure pratiquement deux heures et est composé d’un casting large : ceux qui sont en école de cinéma comprendront de quoi je parle. De toute évidence les standard sont bien différents entre le Japon et la France où les moyens sont bien moindres. Rien que ça est déjà impressionnant. De plus, il est bon d’applaudir la qualité d’un scénario abouti dont le cinéaste est l’auteur et qui a des formes de pièces théâtrales. On passe de huis-clos en huis-clos au cours desquelles les langues se délient tout au long de la nuit pour apporter une conclusion au levé du soleil. Les dialogues et les scènes s’enchaînent avec fluidité, tandis que les personnages se séparent et se retrouvent autour d’une table au restaurant ou dans des appartements.

Le film pose la question du choix qui scinde les existences. Pour Ryûsuke Hamaguchi il faut aller au bout de sa passion sans retenue pour se rendre compte que l’on vivait dans une illusion, et l’accepter en tant que telle. À travers Passion et la mise en lumière des relations entre les êtres et les faux-semblants, on ressent les influences de Nuits de la Pleine Lune d’Eric Rohmer (1954) et de Shadows de John Cassavetes (1957). Les relations qu’il dépeint servent à révéler les appréhensions et les faiblesses enfouies de ses protagonistes coincés dans la toile des conventions sociales dont il est difficile de se libérer pour s’émanciper.

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Passion de Ryûsuke Hamaguchi
4.4