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[TIFF] Interview Keiichi Hara, maître de l’animation japonaise

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Lors de notre passage au festival international du film de Tokyo (TIFF), ciné-asie a eu la chance de rencontrer l’un des maîtres de l’animation japonaise Keiichi Hara. Cette année pour cette 30ème édition, le TIFF a proposé une rétrospective sur son œuvre appelée : The World of Keiichi Hara. Coutumier du fait, le TIFF en 2016 avait également créé pour son festival une rétrospective sur Mamoru Hosoda.

Connu depuis les années 80 pour ses films d’animation sur l’univers Doraemon, Keiichi Hara commence vraiment à se faire connaître grâce à la série animée Crayon Shin-chan, devenu depuis un titre phare et populaire au Japon. Mais c’est surtout dans les années 2000 avec Un Été avec Coo, Colorful mais aussi Miss Hokusai que Keiichi Hara devient mondialement célèbre et notamment en France (Prix du Public à Annecy en 2015 pour Miss Hokusai). L’auteur s’est prêté au jeux des questions réponses en nous honorant de sa présence pour cet entretien exclusif.

Après plus de 20 ans de carrière dans l’animation japonaise que ressentez-vous lorsque que le TIFF a décidé de dédier une rétrospective sur votre travail ?

Tout d’abord, j’éprouve une grande fierté de voir que mon travail a été sélectionné par le Festival International du Film de Tokyo. Je suis moi-même un grand amateur de cinéma et côtoyer des réalisateurs et des acteurs m’apportent une grande satisfaction personnelle. Je n’oublie pas non plus de remercier le festival car c’est aussi grâce à ce type d’événement que le grand public peut également voir ou revoir mes œuvres mais aussi celles d’autres réalisateurs d’animations japonaises.

Pensez-vous être un réalisateur à part dans l’animation japonaise ? Car vous ne suivez pas toujours les codes classiques du genre.

J’entretiens ma différence par le fait que je me détache des circuits traditionnels de l’animation. Je fais des films d’animation comme si c’était un véritable film avec de vrais acteurs. J’ai été très inspiré par les films que j’ai vu dans ma jeunesse. C’est aussi pour cela que je cultive ma différence.

Je m’évertue à développer des histoires qui peuvent toucher un public jeune et adulte mais dans un cadre coloré qui appartient au style du dessin animé.

La place de l’humain est extrêmement présente dans vos films notamment dans Un Été avec Coo, Colorful mais aussi Miss Hokusai. Qu’est ce qui motive ce besoin de parler de l’homme notamment dans sa connexion avec la nature, la mythologie et la Société ? 

Difficile question…(rire) Disons que mon travail s’inspire essentiellement de la culture japonaise et de ses traditions. Au Japon nous avons un rapport quasi fusionnel avec la nature lié en parti à notre attachement à nos légendes et autres créatures mythologiques dont Coo est issu. J’essaye donc à travers des sujets divers et variés de rapprocher l’homme à sa raison première, un être vivant intiment lié à la nature et au monde spirituel notamment développé dans mon film Colorful.

Peut-on dire alors que votre cheval de bataille est la perte de la foi en l’imaginaire dans un monde radicalement désenchanté ? Évoqué d’ailleurs dans Miss Hokusai avec le personnage de Zenjiro l’artiste sans talent et Onao la jeune fille aveugle.

Effectivement, nous pouvons facilement faire ce raccourci, mais j’aimerais rappeler le contexte de l’époque dont Miss Hokusai fait parti. Nous sommes au 19ème siècle dans le vieux Japon et j’ai avant tout voulu offrir une image poétique de ce monde en transition, la fin du monde féodal et le début de l’ère moderne puisque le film se situe à Edo (Tokyo). Enfin, rapporté à notre époque, j’ai aussi voulu donner une approche plus militante puisque comme dit précédemment j’essaye dans mes films de mettre en avant l’importance du passé et des traditions pour éviter les pertes de repères et donc la perte de la foi dans l’imaginaire. Si nous arrêtons de croire en nos rêves nous devons des êtres sans âmes, perdus.

Puis concernant Zenjiro et Onao il est intéressant de voir qu’ils sont totalement opposés. Zenjiro est un artiste raté qui ne voit que ce qu’il veut voir alors que Onao cette petite fille aveugle et mourante arrive à s’élever vers un état de conscience qui va lui permettre de ressentir grâce à ses senses (le toucher, l’odorat, l’ouïe) de vivre dans le monde spirituel. C’est à travers cette métaphore que je souhaite montrer au public ce fragile équilibre entre le réel et le mystique.

Pour conclure, les drames humains souvent montrés dans les vieux films japonais vous ont souvent inspiré malgré le fait que vous ayez une préférence pour les films occidentaux tels que Fitzcarraldo de Werner Herzog. Pensez-vous travailler sur quelque chose de différent dans le futur ou est-ce la marque de votre propre style ?

Pour l’instant, je continue de travailler sur des projets pour lesquels on a fait appel à moi, essentiellement des films d’animation. Mais il est certain que j’aimerais plus dans l’avenir m’orienter vers la réalisation de film avec de vrais acteurs comme je l’avais fait pour Hajimori no Michi, biopic sur le cinéaste Keisuke Kinoshita. Passionné de cinéma, j’espère un jour pouvoir faire une carrière sur des long métrages et qui sait, présenter mes films ici, au Tokyo Film Festival.

propos recueillis par Philippe Prieur.

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