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L’histoire : L’histoire de cinq prostituées et d’un homme poursuivis par la police dans les ruines du Japon de l’après-guerre où le marché noir est roi.

Dans la collection Cinéma master class, Elephant films continue d’éditer en Bluray et dvd des films de Seijun Suzuki pour notre plus grand bonheur, aujourd’hui nous nous penchons sur La barriere de chair (1963).

Comme souvent avec Seijun Suzuki, le metteur en scène japonais part d’un matériau de série B pour le transcender et en faire un véritable film d’auteur. La barrière de chair en est le parfait exemple avec son histoire centrée autour de la prostitution dans le japon d’après guerre, prétexte au premier abord à montrer des femmes dénudées et des scènes de sexe. De cette base, Suzuki parvient à nous parler de féminisme, d’amour, de sens de la vie, de politique, mêlant la petite histoire à la grande. Car le sort des prostituées évoque surtout le sort du Japon à la sortie de la guerre, contraint par l’occupant américain, et en déchéance à tous les niveaux, économique et sociale. De ce contexte dur, dans un japon détruit, Suzuki amène malgré tout une forme de romantisme, le véritable amour comme échappatoire à cet enfer sur terre. Le gang de 5 prostituées que nous suivons a une règle très simple : ne pas coucher gratuitement, c’est à dire ne pas tomber amoureuse d’un client. Celles qui enfreignent cette règle sont durement punies, tondues, et humiliées en place publique. Pour ces filles, il est interdit d’aimer, elles ne sont plus qu’un corps, qu’elles doivent nourrir pour survivre et continuer le « métier ».

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Shin, un ancien soldat japonais, ayant tué un militaire américain, est en fuite et trouve refuge dans la maison des filles. Shin, interprété par le très charismatique Joe Shishido, va de fait devenir l’élément perturbateur de ce groupe de femmes, quand l’une va tomber amoureuse de lui.

Sur la forme, Suzuki, une nouvelle fois, développe un univers visuel étonnant, emprunt de surréalisme. Tout d’abord, les 5 filles sont chacune symbolisée par une couleur, jaune, rouge, vert, noir, bleu, couleur qu’elle porte sur elle, mais aussi dans les fonds devant lesquels elles se tiennent, ou dans le traitement de la lumière.

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L’action tourne principalement autour du marché noir et de la maison en ruine des filles, on ne verra rien d’autres de Tokyo, emprisonnant ainsi les personnages dans un univers clos et sans vraiment d’espoir.Suzuki, utilise alors la surimpression, pour casser les champs contre/champs mais aussi pour amener une dimension métaphysique, permettant aux personnages de s’extraire de leur corps, de leur condition et de cet espace apparemment cloturé.

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Les traitements de la composition et de la lumière font de la barrière de chair, un des plus beaux films de Suzuki plastiquement, n’hésitant pas à conjuguer les styles et les genres. Une scène digne d’un western apparaitra en plein milieu, avec le prête américain que Maya va défier de ne pas succomber à ses charmes, une scène qui renverrait à un exorcisme d’abstinence, très étrange et dérangeant. Se mêle aussi la comédie musicale avec des scènes où les filles chantent, dont une très belle avec une caméra tournant autour du groupe.

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En conclusion, La barrière de chair est un sommet dans la cinématographie de Seijun Suzuki, un film d’abord dérangeant à travers sa violence à tous les niveaux, les scènes de violence entre les filles, les humiliations en place publique, mais aussi une scène d’abattage d’une vache est insoutenable mais porte le constat d’un Japon qui a faim… Une des filles dira « On se vend pour bouffer, ou l’inverse… quel est le sens de la vie ? » De ce constat de n’être plus qu’être réduit à de simples corps, Suzuki réalise en vérité un film de guerre, car si les hommes et les femmes ne sont plus des chairs à canon, la guerre étant passée, les mêmes hommes et femmes sont réduits à n’être que de la chair, n’ayant la possibilité d’être réellement libre dans leur pays, et dans leur sentiments. La barrière de chair dans son côté plus pop influencera et installera aussi les films de bandes de filles dans les années 70 et sûrement aussi les romans pornos de la Nikkatsu. Un film incroyablement riche qui nous dévoile encore une fois le génie de Suzuki, un réalisateur employé à faire de la série B, qui transcenda constamment le genre pour développer une véritable œuvre.  A noter que la copie  de cette nouvelle édition est magnifique, et  l’on retrouve des bonus très intéressants pour nous en apprendre plus sur l’oeuvre de Suzuki.

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