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Cannes 2017 – Critique : Avant que nous disparaissions de Kiyoshi Kurosawa

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3.5

Kurosawa Kiyoshi nous offre un nouveau long-métrage cette année après la femme de la plaque argentique et Creepy (en salles le 16 juin). Le maitre quitte ses fantômes le temps d’un métrage un peu fou qui évoque une partie un peu oubliée de sa carrière avec (Charisma, Vaines Illusions, License to live…) et la SF politique américaine des années 70/80.

L’argument est simple, une invasion extraterrestre est en cours. Pour se faire, les trois premiers envahisseurs qui ont pris possession des corps de japonais lambda doivent assimiler des concepts humains qu’ils n’ont pas. L’un des leurs est un mari qui est en pleine crise de couple avec sa femme, Shinji (Matsuda Ryuhei). Les deux autres sont des adolescents qui sont accompagnés d’un journaliste à la recherche d’un scoop (Hasegawa Hiroki). Kurosawa Kiyoshi s’appuie donc sur ce qui semble etre un film d’invasion dans la tradition du genre pour y injecter l’étrangeté dont il s’est fait maitre. En effet, les extraterrestres ne sont pas offensifs ou belligérants, ils parlent presque normalement, sont amicaux, voire drôle. Le film s’applique à nous montrer le burlesque des situations prosaiques auxquelles sont confrontés ces corps à travers le personnage de Shini. Il fait l’expérience d’une vie de couple et de l’ensemble des situations qui en découlent mais toujours dans un décalage pertinent qui dissimule le désarroi de la situation par le rire mais renforce la fascination du spectateur devant cette invasion pernicieuse. La peur de l’étranger inhérente au genre vient surtout des deux jeunes corps qui réagissent de manière inattendue, ils expliquent clairement leur objectif, et leur moyen. Mais la jeune fille, Akira (Tsunematsu Yuri) apporte l’autre versant de l’aliénation, elle tue des hommes à mains nues dans des scènes efficaces, ou l’on surprend Kurosawa filmer les combats avec une certaine aisance (comme dans Seventh Code). Les entités cosmiques dépossèdent les corps de leur substance ou de leur caractère apparent comme le cinéaste va déposséder le genre de ces codes par des choix radicaux. La double narration par exemple est assez osé et donne au film une structure assez fragile, le film d’invasion s’imbrique dans une romance étrange qui rappelle Vers L’Autre Rive. Le cinéaste tente de concilier deux voies de sa filmographie dans un film expérimental ou il réaliserait un rêve d’enfance, faire son propre Body Snatchers.

Le film fait donc ouvertement référence au cinéma hollywoodien de science-fiction et de fantastique des années 50, comme des années 80. La musique fait penser à celle de série B, le traitement de l’ennemi intérieur également. La paranoïa sous-jacente au cinéma du maitre nippon ou le sentiment d’apocalypse est à son paroxysme tant par l’éclatement d’un genre, et d’une image de l’altérité que le cinéaste travaille depuis une dizaine d’années que par la virtuosité formelle qu’il met en œuvre pour y parvenir. La simplicité du dispositif oblige le spectateur à s’impliquer, et à prendre part aux étranges manifestations des pouvoirs aliens par un simple lens flare, et un mouvement de doigts. On croit à ces « vols de concepts », par la simple puissance de la direction d’acteurs et d’une mise en scène efficace. Comme les personnages on y croit tellement qu’on sombre aussi doucement dans la folie entre humour décalé, romance et thriller. Le cinéaste s’applique à créer une confusion hypnotisante qui nous donne à voir, et à vivre le vertige de l’inconnu. Qui serait autant une épiphanie autodestructrice que la découverte de l’amour.

Les extra-terrestres font disparaître le concept du genre qui devient alors un témoignage du chaos à l’instar de la séquence d’introduction du film (l’accident de camion) . Il y a une sorte de démence qui touche Avant que nous disparaissions, celle d’un cinéaste qui a la liberté de faire un de ses films rêvés qui pourrait même aller à l’encontre de son statut mais également celle du monde qu’il tente de dépeindre dans cette œuvre. Comme dans tous ses films, Kiyosh Kurosawa parle de la société, et dans ce film il hurle, il utilise la puissance de sa voix pour faire passer un ultime message que Sakurai (Hasegawa Hiroki) déclame face caméra. La folie formelle et narrative n’est pas seulement la réalisation du fantasme d’un créateur, d’un passionné, c’est surtout une réponse à la hauteur de la folie du présent par l’artiste. Kurosawa nous propose une expérience ludique, personnelle, expérimentale dont les failles pourraient nous faire oublier la portée politique inhérente à sa démarche. Après tout le monde que dévoile le film est peut-être celui qui nous attends, celui ou on se libère des idées et des émotions, avant de disparaître.

Le film sera disponible au cinéma à partir d’octobre 2017 en France.

Le maitre du cinéma fantastique japonais nous offre un film d’invasion fou et romantique entre Goke et Vers l’autre rive. Là ou on ne l’attendait pas, Kurosawa Kiyoshi ravive un genre qui dépeint la folie de notre modernité avec brio
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