Entretien avec Choi Min-sik

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Introduction

Choi Min-sik est sans aucun doute l’acteur coréen bénéficiant de la plus grande reconnaissance du public international – et surtout français. Versatile et passionné, il a démontré un grand talent pour interpréter des rôles réputés difficiles et divers. Formé comme acteur de théâtre, c’est par cette voie qu’il fera ses débuts, avant de rejoindre les plateaux de cinéma. Des performances notables dans des films majeurs le mettront rapidement sur la carte des acteurs « à suivre », notamment No. 3, The Quiet Family, et le blockbuster Shiri. Il fera ensuite le tour du monde avec de superbes performances dans Happy End, Failan et ChihwaseonOldboy le hissera au sommet, le film devenant la première réalisation coréen à gagner le Grand Prix à Cannes. Désormais pleinement identifié avec son rôle de Oh Dae-su par les audiences étrangères, il a dès lors était casté de façon régulière dans des rôles sombres et tourmentés, dans Sympathy for Lady Vengeance, I Saw the Devil, Nameless Gangster, New World… et tout dernièrement, son nouveau film, Battle of Myeongryang – où il incarne le plus grand héro de l’histoire coréenne, le Général Yi Sun-sin.

 

L’entretien de groupe rapporté ci-dessous a été organisé par le Centre Culturel Coréen du Royaume-Uni dans les locaux du BAFTA – plus prestigieuse institution audiovisuelle du pays – en avance d’une présentation spéciale du film « Nameless Gangster » (2011) le 26 septembre 2013.

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Hangul Celluloid: Sans aucun doute, il va y avoir de nombreuses questions plus spécifiquement sur vos films aujourd’hui, donc je souhaite commencer avec un sujet plus large. Au festival de Cannes 2006, vous avez protesté contre les changements apportés au quota pour les films coréens en salles de Corée du Sud. Etant donnée la concentration récente sur des films à gros budgets par les majors coréennes, au dépend pourrait-on dire de films indépendants, que pensez-vous de la santé actuelle du cinéma coréen aujourd’hui ?

Choi Min-sik: C’est une question très profonde, dès le début ! Les questions à propos des quotas ne cessent de me suivre partout où je vais : pour répondre aux préjugés qui accusent les quotas d’empêcher la diffusion des films étrangers en Corée, il faut rappeler qu’ils visaient surtout à promouvoir la diversité culturelle – notamment avec des films indépendants, d’auteurs ou centrés autour de réalisateurs – et permettre à ces films divers d’être vus en salles de cinéma. C’était son objet, comme vous le savez. Cependant, avec des décisions politiques maladroites, telles que l’accord de libre échange et la pression des Etats-Unis, le quota de diffusion visant à protéger les films coréens a largement disparu. Ainsi, des films d’auteurs tels que ceux de Hong Sang-soo et Kim Ki-duk n’arrivaient plus jusqu’aux salles. Je trouvais cette situation injuste, et en tant que membre de l’industrie, je me sentais le besoin de le faire savoir. Plus ou moins, l’industrie cinématographique est contrôlée par les multiplexes, qui ont pour politique de ne prendre que les films qui vont leur permettre de faire des profits avant tout, et ils la suivent mot-pour-mot.  Cela n’a pas changé, et le quota de diffusion de films en salles permettait de voir des films, non seulement divertissant mais aussi avec des sujets sérieux – des films s’intéressant aux fondements de la nature humaine -, pendant une période raisonnable et de façon régulière. Malheureusement, en raison des accords commerciaux entre Etats-Unis et Corée du Sud, j’ai senti que notre pays s’est retrouvé dans une position défavorable, forcé d’abandonner cette structure « d’exception culturelle ».

 

SumGyeoJin Gem: Dans tous vos films, vous essayez d’évoquer des émotions et sentiments intenses. Comment travaillez-vous pour arriver à ces émotions et vous arrive t-il d’être fatigué de les interpréter en raison de nombreuses prises à pleurer ou à vous énerver ?

Choi Min-sik: Bien sûr, c’est épuisant! (Rires) Cependant, c’est ce qui est demandé pour le rôle, et quelle que soit la fatigue physique qui vient avec, ce qui est plus épuisant c’est la pression psychologique à me demander si j’exprime le personne exactement comme le réalisateur le souhaite – notamment d’un point de vue émotionnel. Ainsi, les séquences s’enchainent et je me demande de façon récurrente si j’exprime avec succès ce qui m’est demandé, et cela est effectivement épuisant !

 

Korean Class Massive: Ha Jung-Woo, qui joue également dans le film de ce soir (Nameless Gangster), vient de finir sur son premier film en tant que réalisateur – appelé Fasten Your Seatbelt (sortie prévue en octobre). Êtes-vous vous-même intéressé de réaliser votre propre film ?

Choi Min-sik: Etre un réalisateur apporte trop de maux de tête ! (Rires) Ce que je fais actuellement en tant qu’acteur est déjà suffisamment épuisant, donc je ne suis pas prêt à réaliser, mais pourquoi pas un jour. En fait, lorsque j’ai débuté dans le théâtre en tant qu’acteur, je me suis intéressé à la réalisation théâtrale et cinématographique, donc c’est très possible qu’un jour je m’y mette. Cependant, il y a encore tellement de personnage que j’aimerais exprimer et interpréter.

 

Dr. Colette Balmain: J’aimerais vous interroger plus spécifiquement sur I Saw the Devil. J’ai lu que vous avez-vous-mêmes introduit le scénario au réalisateur Kim Jee-woon, et je me demandais donc ce qui vous a attiré dans le personnage qui ne semble avoir aucune capacité de rédemption ni véritable âme – un être purement démoniaque ?

Choi Min-sik: Lorsque j’ai lu le scenario, j’ai tout de suite ressenti que le personnage ne pouvait qu’être né avec des gènes démoniaques. Il était un peu comme tout le monde, mais sa naissance et ce qu’il est devenu me semblaient terriblement tristes. Mais, lorsque la compagne de l’agent est victime de la violence de ce malade, ce dernier sombre dans un tel désespoir et colère qu’il en devient lui-même plus démoniaque que le psychopathe lui-même. J’ai trouvé le processus psychologique très intéressant – un renversement des origines de la violence. J’ai senti que de voir ces deux personnages se confrontant par des actes d’une extrême violence, auxquels le public assiste, tout en voyant la transformation qui s’opère, pouvait générer une sorte de contamination des spectateurs. Les fondements de la violence du personnage joué par Lee Byung-hun et le mien étaient également très intriguant. La violence dans le film est tellement extrême que cela en devient même comique, et le public se retrouve à en rire, et je voulais aussi voir comment la propagation de la violence prenait place. Je voulais aussi faire un appel à la société pour faire réaliser la terreur et le sentiment de peur de la violence dans le monde où nous vivons actuellement.

 

I Saw The Devil
I Saw The Devil

MiniMiniMovies: Je souhaite à mon tour me focaliser sur un aspect particulier, votre jeu au théâtre. Etant donné que vous alternez assez souvent entre cinéma et théâtre, je me demandais comment vous sélectionniez les projets sur lesquels vous travaillez ? Est-ce d’abord le scénario, le réalisateur où un besoin de vous exprimer devant une audience en direct ?

Choi Min-sik: Dans un premier temps, c’est le réalisateur. Mais, ce n’est pas tant qui le réalisateur est, que son intention : quel univers le réalisateur souhaite créer et exprimer, si je peux m’y retrouver et trouve un intérêt à aborder un tel sujet. C’est à partir de ce moment là que notre collaboration commence, et je travaille avec réalisateur pour écrire le scénario ensemble. Lorsqu’il y a entente, accord mutuel, je m’investis pleinement dans le projet.

 

Ciné-Asie: Vous avez assisté à de nombreux festivals français: Cannes à plusieurs reprises, Lyon en 2008, et notamment en 2006 vous avez faits de Cannes votre lieu de protestation pour le maintien du quota de films coréens. Depuis ce mois-ci vous travaillez avec un réalisateur français de renom, Luc Besson, sur son prochain film, Lucy – qui est aussi votre premier film non-coréen de votre carrière. Comparé à d’autres acteurs et réalisateurs coréens qui ont choisi Hollywood pour faire leurs débuts, vous avez donc choisi la France. Cela a-t-il un aspect symbolique pour vous ?

Choi Min-sik: Il n’y a rien de particulièrement symbolique dans le fait que je vais travailler en France. Je n’ai pas de rejet particulier envers Hollywood. Ma résistance ne concerne que la politique et les accords entre les pays, non pas les industries cinématographiques ni ceux qui y travaillent. En ce qui concerne Luc Besson, je me rappelle avoir vu ses premiers films, Nikita et Léon, et ceux plus récents tels que Le Cinquième Elément, et j’ai été très impressionné et ému par son style en tant que réalisateur. Il semblait que nos destins étaient liés lorsqu’il m’a proposé le rôle dans Lucy et je suis toujours très intéressé par la façon dont il travaille, le système dans lequel il opère, et la position qu’il a dans l’industrie. C’est ainsi que j’en suis venu à m’impliquer dans ce projet.

 

EasternKicks: Je souhaiterais, à mon tour, vous demander plus particulièrement à propos du film Chihwaseon du réalisateur Im Kwon-taek, qui lui était très cher, certains diront même qu’il est à l’image de sa carrière. Lorsque vous avez accepté le rôle, l’avez-vous pris comme inspiration, comment était-ce de travailler avec un véritable vétéran du cinéma coréen?

Choi Min-sik: Im Kwon-taek est l’un des grands réalisateurs de l’histoire du cinéma coréen, et sans avoir à le dire il a travaillé dans l’industrie depuis plusieurs décennies – une cinquantaine d’années, et l’on pourrait même dire que toute sa vie se résume à une chose: le cinéma. Donc, j’étais curieux de connaitre son monde, et découvrir si son style de réalisateur était compatible avec mon style de jeu. Aussi, si je peux le comparer à un médecin, je voulais aussi recevoir une sorte d’évaluation de mon niveau de jeu, recevant le retour d’un tel maitre sur ma performance, et voir où je me situe, tout en découvrant son propre monde.

 

Koreaffinity: Im Kwon-taek est venu à Londres l’année dernière, nous l’avons tous rencontré et lui avons parlé. Ayant travaillé avec lui mais aussi d’autres grands du cinéma coréen – Park Chan-wook et Kim Jee-woon entre autres – qui était pour vous le plus exigeant dans ses attentes d’interprétation d’un personnage? Par exemple, dans Oldboy, il vous a fallu manger une pieuvre…

Choi Min-sik: Aucun des réalisateurs que vous avez mentionné n’a fait de demande excessive. Manger une pieuvre était mon idée, en fait ! Au départ dans Oldboy, le personnage d’Oh Dae-su devait manger de façon relativement traditionnelle avec des baguettes, faisant tourner les tentacules autour. Mais, pour vraiment représenter l’état d’esprit dans lequel le personnage se trouvait, j’ai pensé cela insuffisant pour quelqu’un qui était resté emprisonné pendant 15 ans – rempli de colère. Ainsi, saisir la pieuvre à la main et la dévorer de façon barbare s’est trouvée l’option la plus réaliste. Je l’ai suggérer à Park Chan-wook, et il était d’accord. Dans un autre film, Crying Fist de Ryoo Seung-wan, la dernière scène montre les deux personnages en train de se battre. Je voulais donner une touche un peu différente au film que ceux du genre Rocky. Alors, moi et l’acteur Ryoo Seung-beom avons boxé pour de vrai, sans aucun artifice. La boxe dans Crying Fist ne met pas l’accent sur la posture ni les apparences, mais la scène de boxe sert en fait de tentative  pour montrer la difficulté à tracer son chemin dans son existence. Ainsi, j’ai pensé, « il n’y a plus de risque à prendre, et personne ne va mourir », et ai suggéré au réalisateur de boxer pour de vrai. Dans le film, je perdais, mais en vrai, je le battais, bien sûr. (Rires)

oldboy
Old Boy

Asian Global Impact: Vous avez joué de nombreux rôles où vous êtes un criminel ou un gangster. Avez-vous spécifiquement choisi ces rôles, ou y a t-il d’autres raisons dans vos choix ?

Choi Min-sik: Je ne veux pas particulièrement jouer ce type particulier de personnage. J’aimerais tout autant jouer dans une romance, par exemple. Je n’aspire pas nécessairement à interpréter des personnages aussi extrêmes, mais c’est plutôt le pouvoir émotionnel dans ces histoires qui me motive et m’encourage à jouer ces rôles. Ainsi, c’est peut-être mon imagination extrême vis-à-vis du film I Saw the Devil, mais lorsque je jouais le tueur en série, j’avais une musique particulière dans la tête (il se met à la fredonner) – traduite par « Morning of the Carnival ». Ainsi, lorsque je choisis un projet, c’est vraiment, je pense, la sympathie pour le personnage qui me pousse à m’y investir. Donc, même si c’est le pire des êtres humains, je pense toujours à ce qui peut l’avoir amener à vivre une telle vie, arriver à de telles décisions. C’est le même type de processus de pensée que j’ai appliqué pour Oldboy et m’a séduit dans le personnage.

 

SumGyeoJin Gem: Votre dernier film est un drama historique, Battle of Myeongnyang – et je me demande ce que représente pour vous le fait d’interpréter un général avec une portée historique si importante, pour la première fois?

Choi Min-sik: Chihwaseon était aussi un drama historique. Pour Battle of Myeongryang, le général Yi est l’un des plus grands héros de l’histoire coréen, et tout coréen connait son histoire. Bien que le film soit basé sur un personnage ayant existé, et des événements s’étant réellement passes, nous ne nous sommes pas contenté de faire un documentaire, mais de faire revivre son histoire. Donc, il a fallu faire très attention à ne pas endommager son image, et représenter un personnage réel est bien différent que pour un personnage purement fictionnel, et l’approche relevait donc en quelque sorte plus du film d’auteur. Il y avait donc beaucoup de pression. L’amiral Yi Sun-sin commandait un flot de 13 navires, à une époque où la Corée des  Chosun était colonisée par les japonais, dont la flotte était dix fois plus importante. Myeongryang correspond à la place où la bataille a eu lieu. L’amiral Yi y a remporté une immense victoire et est connu pour n’avoir jamais perdu une seule bataille. Le film essaie de mettre en scène les événements qui ont mené à cette grande victoire, et la solitude ressentie par Yi Sun-sin en tant qu’être humain. Au final, le film vise à démontrer comment il a pu dépasser ses sentiments, faisant preuve de détermination et la souffrance qu’il a du supporter pour arriver à la victoire.

Battle of Myeongryang
Battle of Myeongryang

Hangul Celluloid: Vous êtes, sans aucun doute, l’un des acteurs coréens les plus connus en Corée, et au cours des années passes, vous avez eu l’occasion de travailler avec des acteurs et actrices – Han Suk-kyu, Song Kang-ho, Son Ye-jin, Jeon Do-yeon, etc – qui sont eux-mêmes devenus de véritables stars. De ce point de vue, ressentez-vous une sorte de « star power » –capacité d’attirer le public sur la base d’un nom – et pensez-vous que cela aie un impact plus important aujourd’hui sur le cinéma coréen que dans les années passées ?

Choi Min-sik: Star power… nous ne sommes pas aussi puissant que ça! (Rires) Si vous vous penchez sur la situation des acteurs et actrices en termes de profession et de leur relation au public des sociétés modernes, de la même façon que pour d’autres artistes, chanteurs ou danseurs, je pense que nous sommes devenus d’important intermédiaires de communication avec le public. De nombreux acteurs coréens reconnaissent de fait qu’ils jouent un rôle de représentants, au delà du divertissement qu’ils procurent. Contrairement aux dramas à la télévision, le public investit sont temps et son argent pour se rendre au cinéma, que ce soit pour une heure et demi ou deux heures, et c’est un bénéfice que nous offrons de pouvoir apporter un service culturel de haute qualité. De nombreux acteurs ont conscience de cela, notamment plus que par le passé, passent plus de temps à réfléchir à leur position et travail dans ce cadre, et être parmi ceux-ci, j’en suis très fier. Lorsqu’à Hollywood les acteurs tournent des scènes risquées, par exemple, ils utilisent des cascadeurs afin de s’assurer de leur propre sécurité, et l’environnement dans lequel ils évoluent favorise ce type d’attitude. Je ne dis pas que cela est négatif. Mais avec les acteurs coréens, il y a une attitude ou posture pour se sacrifier soi-même pour exprimer quelque chose, même au point d’être stupide, en faisant abstraction des risques potentiels. La priorité est sur la capacité à exprimer quelque chose pour les acteurs coréens… dont moi. (Rires)

 

Dr. Colette Balmain: Je souhaiterais revenir sur un film particulier, Oldboy. Lorsque je leur montre le film, il résonne beaucoup plus que n’importe quel film que je n’aie jamais enseigné. Il y a quelque chose de très coréen tout en étant universel dans le film – quelque chose qui parle directement à un public non-coréen. Sachant que le remake du film vient d’être terminé, que pensez-vous en général des remakes de films coréens? Mes étudiants semblent horrifiés qu’Oldboy soit l’objet d’un remake même par Spike Lee.

Choi Min-sik: Ce midi, au déjeuner, j’étais au siège d’Universal qui ont tourné le remake d’Oldboy, et ils ont adopté une attitude désolée envers moi. (Rires) J’avais de grandes attentes envers le film, et avoir Josh Brolin – que je considère un excellent acteur – dans mon rôle, confirmait mon impression positive… mais ils m’ont dit rapidement qu’il ne fallait pas être trop exigeant du tout. (Rires) Cependant, je pense qu’ils étaient modestes, et me traitaient avec le respect du en tant qu’acteur dans le film d’origine. Je suis quand même très curieux de savoir à quoi le film va ressembler,  et ce sera très intéressant de voir comment une culture différente peut interpréter l’histoire.

 

Korean Class Massive: Vous avez mentionné dans un entretien précédent que le travail des acteurs et tout autant dans l’expressivité physique que verbale, et qu’il vous serait probablement difficile de travailler dans des films non-coréens. Comment vous préparez vous pour votre prochain rôle dans Lucy?

Choi Min-sik: Tout d’abord, lorsque le rôle dans Lucy m’a été propose par Luc Besson, nous n’avons eu qu’une rencontre, et lorsque je finis ici, je prévois de me rendre en France, pour le rencontrer, discuter d’avantage du film avec lui et rencontrer l’équipe de tournage. Avant de tourner, ce sur quoi je travaille le plus, c’est l’écoute du réalisateur et la compréhension de sa vision. Bien sûr, en lisant le scénario, j’ai une idée du personnage, et la séquence que je m’imagine dans la tête, mais ce qui est le plus important c’est l’intention du réalisateur dans sa mise en images.

 

Ciné-Asie: J’aimerais vous poser une question plus particulièrement à propos de Han Suk-kyu, avec qui vous avez beaucoup travaillé au cinéma et à la télévision au début de votre carrière. En 1999, vos chemins se sont séparés, Han s’étant plutôt a priori orienté vers de nouveaux réalisateurs, afin de promouvoir de nouveaux talents, et que vous avez plutôt investi dans des réalisateurs avec déjà un pédigrée. Comment votre relation, amis et collègues, a-t-elle évoluée depuis ?

Choi Min-sik: En fait, notre relation n’a pas changé du tout. Il était mon cadet à l’université Dongguk. Je le connais depuis qu’il a 21 ans ! Nous nous retrouvons toujours pour discuter. Je l’ai même recommandé pour plusieurs rôles : celui de Lee Woo-jin (joué par Yoo Ji-tae) dans Oldboy, ou encore pour celui de Kim Soo-hyeon (joué par Lee Byung-hun) dans I Saw the Devil. Mais, à chaque fois, cela n’a pas marché. Même maintenant, il est un acteur avec qui j’adorerais travailler de nouveau. Il est un ami très proche… mais l’opinion du réalisateur prévaut toujours.

 

Asian Global Impact: Vous avez joué dans quelques séries télévisées dans les années 1990. Comment l’expérience vous a paru comparée au cinéma?

Choi Min-sik: Tout d’abord, il n’y a pas un moment de repos ni de plaisir. Le système de production de dramas en Corée – et je suis un peu embarrassé de partager ce constat avec vous – est base sur un planning hyper-serré, et de ce fait, il n’y a pas suffisamment de temps pour l’analyse des personnages, ni de prendre du plaisir à jouer les rôles. A l’inverse, lorsque vous travaillez pour un film, le tournage peut facilement être reporter d’un jour ou deux, car le temps n’est pas clément, ou la relation entre les acteurs ne sonne pas juste. De plus, les dramas se doivent d’être accessibles à tous, enfants comme personnes âgées, donc les films avec des thèmes tels que I Saw the Devil ne pourraient pas être marcher en télévision. J’ai trouvé les thèmes couverts dans les séries TV très limités, et frustrant. Pour les films, il y a un système de classification, avec un visionnage limité, et le scénariste et le réalisateur ont la possibilité d’exprimer leurs idées de façon beaucoup plus libre – ce qui rend le travail au cinéma beaucoup plus attrayant.

 

Koreaffinity: Vous avez parlé de la capacité de s’exprimer au cinéma. Vous sentez-vous plus à l’aide avec un groupe d’acteurs comme dans The Quiet Family ou en face-à-face comme dans I Saw the Devil ?

Choi Min-sik: Je ne pense pas que le nombre de personnes avec qui je travaille n’aie aucune importance. En prenant la métaphore du musicien qui joue en solo ou dans un ensemble musical, la difficulté sera à peu près la même peu importe le nombre de musiciens dans l’orchestre. Ce qui compte plus, c’est la comptabilité avec les acteurs. Donc, avoir moins de personnes dans une scène ne rend pas forcément les choses plus faciles. En fait, lorsqu’il y a un certain nombre d’acteurs jouant en harmonie, cela procure une sorte d’excitation. Le plus important c’est donc l’ensemble.

 

new world
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Ciné-Asie: Votre dernier film sorti plus tôt cette année, New World, sera montré au festival du film de Londres en octobre. Ce soir votre film précédent, Nameless Gangster, est aussi projeté. Le fait d’avoir travaillé dans l’univers mafieux de Nameless Gangster vous a-t-il aidé à avoir le rôle pour New World ? Comment avez-vous choisi ce projet en particulier ? Votre déplacement à Londres est-il circonstanciel à la projection de vos deux films, ou proprement lié au cycle du centre culturel coréen?

Choi Min-sik: Le réalisateur de New World, Park Hoon-jung, était en fait le scénariste de I Saw the Devil et c’est comme cela que nous nous sommes rencontrés. C’était un scénario très différent de la version finale de I Saw the Devil. Le titre de ce dernier était d’ailleurs Night of the Sub-tropics à l’origine. Lorsque j’ai lu ce scenario, je l’ai beaucoup aimé – il était simple, bien construit, et très méticuleux. Il s’attachait à l’essence de l’histoire et disait le strict minimum. Le premier film de Park Hoon-jung, The Showdown (2011), avait été un flop, et il y avait pas mal de raisons dans sa réalisation qui l’expliquent. Quand un film échoue complètement en Corée, il devient très difficile pour le réalisateur de faire peau neuve, et de trouver des investisseurs pour un nouveau film.  Mais, j’ai pensé que le voir disparaitre de l’industrie serait une grosse perte – un gâchis de talent et potentiel – donc quelques acteurs, dont moi, et producteurs nous sommes réunis pour le soutenir et lui donner une deuxième chance. Après avoir lu le livre New World, moi, Hwang Jung-min et Lee Jung-tae nous sommes accordés pour investir dans le projet, et avons trouvé un producteur en charge de vendre nos noms pour trouver des investissements pour le film, réalisé par Park Hoon-jung. Cependant, en raison du manque de confiance envers le réalisateur, ce n’était pas facile : CJ Entertainment a dit non, Showbox a dit non, Lotte Entertainment a dit non, et tous demandaient que nous changions le réalisateur – mais nous avons refusé et leur avons demandé de nous faire confiance. Finalement, nous avons réussi à persuader le distributeur N.E.W. d’investir dans le film, leur promettant de gros profits… et ils en ont fait. (Rires) Nous souhaitions stimuler l’industrie et tester les possibilités en termes d’investissement, s’écartant des approches conservatrices qui se focalisent sur des films avec un potentiel commercial assuré, et promouvant l’investissement dans des réalisateurs prometteurs qui ne sont pas encore des têtes d’affiche.

 

Koreaffinity: Si Park Chan-wook vous demandait demain de répéter la scène du marteau, le feriez-vous?

Choi Min-sik: Non, je n’aime pas le marteau. (Rires)

 

Questions – Réponses après la projection de Nameless Gangster

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1.      Comment est-ce d’interpréter un des héros historiques les plus respectés en Corée?

Ayant sauvé la Corée de la domination japonaise, avec une petite armée, il n’y a pas de possibilité d’être plus fier que de jouer le rôle d’un tel grand homme.

2.       Parlez-nous de vos plus récents projets. A priori, les discussions pour le projet My Dictator ne seront pas poursuivies ? Qu’en est-il de Lucy par Luc Besson?

Effectivement, après avoir lu le scénario de My Dictator, j’ai finalement décidé de ne pas participé à ce projet. Pour Lucy, je me rends à Paris le 1er octobre afin de poursuivre les discussions avec le réalisateur, Luc Besson.

3.      Oldboy a fait l’objet d’un remake par Spike Lee avec Josh Brolin – quelles sont vos attentes ?

J’ai hâte de voir ce que cela donne, mais je ne veux pas m’avancer trop. J’admire Josh Brolin, et j’attend avec impatience de voir le résultat.

4.      Dans Nameless Gangster vous avez un rôle assez violent, comme dans nombre d’autres films. Qu’est-ce qui fait que vous soyez choisi pour beaucoup de films violents ?

Je n’en ai aucune idée. Peut-être le plaisir que prennent les réalisateurs à me faire souffrir. (Rires) Lorsque je joue des scènes violentes, ils ont toujours un petit rire en regardant le moniteur. Personnellement, je ne recherche pas uniquement des rôles extrêmes. En tant qu’êtres humains, nous voyons la brutalité de certaines situations. Dans I Saw the Devil, le psychopathe est né ainsi et n’évolue que via la violence. La mélodie mortelle de Morning of the Carnival ne cessait de jouer dans ma tête.

5.      Comment l’accord de libre-échange a-t-il affecté les acteurs en Corée du Sud ?

Décidément, cette question me suit partout où je vais. Le quota de diffusion en salles permet aux films coréens de genres et budgets divers d’être vus par le public des cinémas – et ce en dépit du désir des multiplexes de se focaliser que sur les films commercialement rentables. Comme en France, le support financier de l’état a permis une grande diversité artistique dans le cinéma en Corée. Mais avec la fin du quota, beaucoup d’opportunités ont disparu, et les producteurs tendent à s’autocensurer pour des projets un peu différents. En tant que membre de l’industrie, je me sens le devoir de me battre pour cette diversité. Je ne suis pas contre Hollywood. Je cherche à promouvoir une diversité culturelle et déplore la fin du système de quotas.

6.      Quel est pour vous le personnage que vous avez interprété avec le plus de succès ?

D’abord, il faut distinguer l’évaluation du public de ma propre perception vis-à-vis du personnage que j’ai crée. Lorsque je travaille sur un film, je fais de mon mieux. Malheureusement, après, je me rends compte que je pouvais faire encore mieux. J’ai toujours des regrets et à me voir parfois j’ai envie de me cacher sous le tapis. Je me sens mal, déçu, un peu comme les musiciens qui se sentent stupides à la moindre fausse note.

7.      Quelle proportion de votre jeu est improvisée ?

Je n’ai jamais vraiment calculé. (Rires) Mais j’essaie de rester toujours le plus proche du scénario. Chaque mot a son importance. Je fais de mon mieux pour respecter cela. Parfois, je me retrouve à improviser, et jouer des passages sans vraiment m’en rendre compte. Cela vient tout naturellement, sans que je puisse l’expliquer. Par exemple, dans Oldboy, dans la scène où je me retrouve avec la langue coupée, à prier de m’épargner, j’ai réussi à jouer tout une partie complètement spontanément. Avec le réalisateur Park Chan-wook, nous avions juste défini le cadre de la scène, où je commence, où je finis, mais pas le détail. C’est ainsi que l’improvisation vient naturellement de la liberté qu’il me laisse pour m’exprimer tout en évoluant dans un espace défini. A la première scène, je ne me rendais pas compte de ce que je disais. D’ailleurs, je continuais même à jouer près de 3 minutes après la fin de l’enregistrement. La deuxième prise était bien sûr moins marrante, car plus répétée – et après plusieurs essais, je pouvais déjà calculer ce que j’allais faire.

8.      Quels rôles préférez-vous ? Le bon ou le méchant ?

J’aime bien les deux. Mais, je préfère un rôle avec beaucoup d’amour… et pas de sang. (Rires)

9.      Avez-vous une méthode de jeu spécifique ? Américaine, européenne, asiatique ?

Je n’ai pas de méthode particulière. Je parle autant que possible avec le réalisateur afin de comprendre son intention et ce qu’il souhaite communiquer. Le réalisateur décide de tout. C’est important et bon d’apprendre à le connaitre, discuter sérieusement de ses attentes, tout en s’amusant aussi un peu. Parler beaucoup avec le concepteur du film est donc le plus important pour moi.

10.  N’êtes vous pas intéressé de jouer dans des comédies romantiques ?

Bien sûr que si. Mais je crains que mes collègues actrices aie encore peur de moi. (Rires) J’essaie autant que possible de les convaincre que je ne suis pas quelqu’un d’effrayant. J’avoue que je souhaite vraiment pouvoir jouer dans une vraie romance. Un peu comme Failan, montrer la dualité des êtres humains, faire du bien comme du mal, et trouver la chance de se racheter. Failan est un véritable film de rédemption. Mais, j’aimerais quelque chose d’encore plus « à l’eau de rose ».

11.  Vous avez plus de vingt ans de carrière en tant qu’acteur. Vous sentez-vous comme un senior, et souhaitez vous encadrer la nouvelle génération ? Y a-t-il un acteur/une actrice en particulier que vous supportez ?

Un senior ? Je pense que je suis encore jeune. (Rires) Je vois les autres acteurs comme ma compétition encore. (Rires) Sérieusement, il y a tellement d’acteurs et actrices talentueux en Corée. La nouvelle génération est d’autant plus consciente de sa responsabilité envers le public, au delà du simple rôle de divertissement. Il y a pas mal d’acteurs que j’admire, et qui me stimulent de par leur talent à un si jeune âge : Ryoo Seung-beom, Yoo Ji-tae, Ha Jung-woo…

12.  Park Chan-wook et Kim Jee-woon ont réalisé leur premier film en langue anglaise. Pensez-vous travailler sur plus de films en anglais ? En avez-vous parlé avec eux ?

Nous n’en avons pas parlé. Ils m’appellent juste pour aller boire un verre. (Rires) Je les applaudis. La transition vers la réalisation en anglais est naturelle pour eux. Je les soutiens, même si The Last Stand et Stalker n’ont pas eu un succès commercial faramineux. Cela ne change rien à notre relation.

13.  Arrivez-vous à vous dissocier de vos personnages lorsque vous les jouer ?

Dans I Saw the Devil, il y avait beaucoup de sang artificiel. J’en avais même la nausée. Ce sang avais une odeur de miel. Après le tournage, je continuais à être un peu inconfortable avec l’odeur et je l’identifiais même avec l’image du sang. La violence dans Oldboy et I Saw the Devil me faisaient monter l’adrénaline, au point d’en devenir assez sensible émotionnellement. A l’image d’un tourniquet qui tourne très vite, en tapant le sol de façon répétée… Ma famille a beaucoup souffert de ça. (Rires) D’ailleurs ma femme est dans le public… Une fois, je prenais l’ascenseur et un jeune homme m’a adressé la parole de façon familière. J’ai mal pris, pensant qu’il était vulgaire. J’étais près à mettre la main sur l’interrupteur pour arrêter l’ascenseur, mais me suis rappelé qu’il y avait une caméra de surveillance. J’étais choqué par l’expérience. Après avoir travaillé comme acteur pendant longtemps, j’essaie de contrôler cette excitation et d’être plus discipliné.

 

Crédits Images: Photos prises avec la Nokia Smart Cam, Lumia 925 (c)

Crédits Texte: Entretien de Groupe retranscrit par Paul Quinn de Hangul Celluloid

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