Critique : L’ivresse de l’argent de Im Sang-soo

Critique : L’ivresse de l’argent de Im Sang-soothe taste of money 2L'ivresse de l'argent
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Le film démarre sur les chapeaux de roues avec une séquence d’ouverture explicite et bien filmée, très adaptée au titre du film et par la même à la thématique a priori visée. Youngjak, le secrétaire des Baek, une riche et puissante famille coréenne, ouvre le coffre de ses employeurs et semble submergé par cet étalage si ostentatoire de richesse qui se déploie devant lui. Peu habitué, il s’y introduit timidement et n’ose se servir.

Malheureusement, ce qui semblait être une entrée prometteuse dans le vif du sujet s’efface dès les minutes suivantes, pour ne jamais (ou uniquement partiellement) refaire surface.

A mon sens, le film se perd dans une confusion problématique entre « ivressse de l’argent » et « ivresse du pouvoir ». Certes, les deux peuvent être directement connectés mais ils ne sont pas égaux pour autant.

Ainsi, la puissante famille se déchire en son sein, non pas réellement pour des raisons purement pécuniaires, mais davantage pour des luttes de pouvoir, je dirais même des luttes d’égo.

La mère, interprétée à merveille par Yun Yeo-Jung, ne cherche pas seulement à garder le contrôle sur l’empire qu’elle a certainement bâti en partie, elle cherche avant tout à punir son mari de son infidélité et à se rehausser sur un piédestal non pas financier mais symbolique. Rugissante de froideur, elle ira même jusqu’à (faire) commettre l’irréparable…

Les séquences qui mettent la famille à l’épreuve de l’opinion publique et des journalistes témoignent là encore davantage de jeux de pouvoir que de jeux d’argent. Pour l’extérieur, la famille adopte une posture intraitable et sûre d’elle : sûre de sa puissance évidemment, de son pouvoir très certainement, de sa fortune implicitement. Finalement, l’ivresse de ce film renvoie à la domination économique, ce qui dépasse la seule dimension d’argent, puisqu’elle y comprend également le statut symbolique associé à la position économique.

J’ajoute que le personnage de Youngjak n’est pas abouti. Il incarne l’individu lambda qui se retrouve intégré dans un univers complexe de privilégiés dans lequel il ne sait comment se comporter. Tour à tour fidèle à ses valeurs (ne pas voler, ne pas coucher avec la fille de sa boss), puis attiré irrémédiablement par les billets coulant à flot, le personnage finit par rejeter ce monde « V-I-P », pour rester en harmonie avec lui-même. Mouai pourquoi pas… Etant donné que le film est assez long à se mettre en jambe (la première demi-heure est interminable), l’évolution du personnage parait cousue de fil blanc et quelque peu stéréotypée.