Saya Zamuraï
Big Man Japan
Symbol
Note des lecteurs1 Note2.4
3.7

C’est un peu audacieux, quand même, de sortir un coffret réunissant les trois films d’Hitoshi Matsumoto alors que personne ici ne sait qui est Hitoshi Matsumoto. Au Japon, bien sûr, ça doit être une autre histoire, puisqu’il paraît que le bonhomme y était déjà célèbre en tant qu’humoriste avant de se lancer dans la réalisation, en France, c’est une autre paire de manches. On peut bien dire que son premier film, Big Man Japan, avait été projeté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes il y a quelques années, ça ne va pas parler pour autant à grand-monde. C’est un peu comme si je vous disais que son petit dernier, Saya Zamurai, était le meilleur film du Festival de Deauville de 2012 : ça aura beau être vrai, les gens continueront de ne rien en avoir à foutre.

Et c’est dommage, parce que Matsumoto est un chouette réalisateur dont le travail vaut la peine d’être creusé, et dont les films s’enrichissent les uns les autres, à leur manière. S’ils ne partageant pas à proprement parler le même univers, ils ont pour point commun de tous refléter à merveille l’amour de leur auteur pour le burlesque et l’improvisation. Visionnés dans l’ordre chronologique, ils permettent d’ailleurs de bien mesurer le chemin parcouru par Matsumoto dans l’usage de ces tendances et dans la maîtrise de ses pulsions fantasques.

Ainsi, Big Man Japan déborde d’imagination, mais se ressent également comme le produit d’un mec qui veut dire et faire trop de choses à la fois. Le making-of, bien bordellique mais tout de même instructif, nous révèle notamment que la production s’est étalée sur 5 ans, et qu’au début du tournage le réalisateur lui-même n’était parvenu à cerne que « 70% » (selon ses dires) de ce à quoi ressemblerait le film une fois fini. Du coup, le résultat est un objet bizarroïde qui est tout à la fois un hommage et une parodie du film de monstre nippon, une satire de la culture de l’entertainment comme économie gloutonne, et peut-être même un commentaire sur l’abandon des traditions ancestrales par les jeunes générations.

Au bout du compte, c’est le format faux-doc et le talent d’acteur de Hitoshi Matsumoto (qui tient lui-même le rôle principal de ses deux premières réalisations) qui permettent surtout au film de tenir la distance, en jouant la carte du charme et des délicieuses failles humaines de son personnage. C’est également ce qui sauve le film de sa propre fin. Car, c’est flagrant, Matsumoto n’est pas un homme qui aime conclure : il aime trouver et développer des concepts, mais se retrouve bien emmerdé lorsqu’il s’agit de trouver une manière harmonieuse de les refermer. C’est bien pour cette raison, probablement, que les dernières scènes de chacun de ses films donnent le sentiment d’être des entités détachées du reste, presqu’autonomes. Dans Big Man Japan, la fin est scepticisante, dans Symbol elle est transcendo-what-the-fuckante, et dans Saya Zamurai elle est miraculeusement sublime. Belle progression dont on attend avec impatience de connaître la suite. Et c’est bien ce point-ci qui ressort de manière la plus flagrante de la filmo de Matsumoto jusqu’à présent : le mec a commencé novice, et avance à pas de géants, film après film, gagnant en concision, en structure et en professionnalisme tout en parvenant à ne pas perdre pour autant la spontanéité qui fait tout son intérêt.

Dans la vie, il y a deux types de réalisateurs inconnus : ceux qui le « méritent » parce qu’ils n’ont ni talent ni originalité, et ceux qui gagnent à être explorés. Vous l’aurez compris, Matsumoto fait partie de la seconde catégorie ; après seulement trois films, on pourrait déjà écrire des bouquins sur son cinéma et les spécificités de son style. Et en tout cas, plus modestement, vous pourrez toujours passer quelques bonnes heures à débattre pour savoir comment interpréter les fins de Big Man Japan et de Symbol (après avoir bien profité de leurs débuts et milieux respectifs) et s’il faut ou non considérer que Saya Zamurai est un vrai film de samouraï.

Le film est disponible en coffret 3 DVD

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Saya Zamuraï
Big Man Japan
Symbol
Note finale