Suite a la projection de son film Eungyo, sorti en 2011 en Corée du Sud et sélectionné a de nombreux festivals, le réalisateur  a accorde une heure pour répondre aux questions du public, avec la participation de Chan-il Jeon, l’un des programmateurs du festival international de Busan où le film était présenté en octobre. Voici donc  un condense des questions qui ont été posées.
1) D’ou vous est venue l’idée de faire un film a partir du roman du même nom (Eungyo)?

Jung Ji-woo: J’approche maintenant de la quarantaine, et j’ai commencé à me poser des questions sur ce qu’est que devenir vieux. Ces questionnements ont coïncidé avec l’histoire du livre que j’ai lu à ce moment là, et c’est ce qui m’a donné l’idée d’adapter le roman en film.

2) Dans quelle mesure êtes-vous resté fidèle à l’histoire originale ?

JJW: Le film et le roman ont des développements qui sont au final bien différents. Dans le film, le personnage de Jeok-yo Lee (Hae-il Park 박해일) est beaucoup plus contraint, introverti que dans le roman – où il est vraiment ouvert. De plus,  le film retranscrit une plus longue période de croissance de la jeune fille, Eun-gyo Han (Go-eun Kim 김고은), que le livre ne fait pas apparaitre.

Chan-il Jeon: J’ajouterais que, dans le roman, Eun-gyo n’est qu’un élément de l’histoire qui est plutôt centrée sur la relation entre le vieil homme et son étudiant, Ji-woo Seo (Mu-yeol Kim 김무열). Dans le film, la muse est centrale, objet de désir des deux hommes. L’auteur du roman, Beom-shin Park (박범신), qui a la soixantaine, s’est d’ailleurs opposé à une adaptation si érotique. Mais, c’est aussi de sa faute, il aurait du se rendre compte avant de la réalité de cette différence d’âge considérable entre Jeok-yo (70 ans) et Eun-gyo (17 ans). Par ailleurs, dans le roman la jeune fille n’est ni belle ni attirante. Au contraire, dans le film sa beauté pure est mise à l’honneur.  La jeune actrice Go-eun Kim, qui est encore lycéenne, a d’ailleurs récolté nombre de prix dans les festivals à travers la Corée du Sud, dont notamment le prix de la meilleure nouvelle actrice aux Grand Bell Awards et aux Korean Association of Film Critics Awards 2012.

3) Comment avez-vous procédé pour le casting des acteurs ?

JJW: Dans la plupart des films en Corée, les réalisateurs ont tendance à choisir des acteurs et actrices plus âgé(e)s que les personnages de l’histoire qu’ils sont sensés interpréter. Or, dans mon film, il y a un moment rêvé ecstasique où Jeok-yo se voit dans la peau d’un jeune homme, et est par la suite déçu  et triste de se réveiller dans son corps réel, vieilli et ridé. Ainsi, j’ai préféré choisir un acteur jeune, et mon choix s’est porté sur Hae-il Park.

4) Qu’est-ce qui explique votre décision de prendre Go-Eun Kim dans votre film ?

JJW: J’ai auditionné environ 300 jeunes actrices, dont certaines étaient entrainées depuis plusieurs années pour devenir de futures stars de la K-pop. Elles avaient un peu trop d’expérience pour le personnage innocent et réel que je voyais pour Eun-gyo. A ce moment là, j’ai rencontré Go-Eun, qui n’avait qu’une expérience limité sur scène au théâtre. Elle m’a tout de suite plût et j’ai voulu lui faire confiance. Je voulais que la première scène du film, lorsqu’on la voit sur la chaise longue, soit le moment de sa révélation aux yeux de tous.

CIJ: Apparemment l’audience britannique n’a pas été trop choquée ce soir. Mais en Corée, les scènes de nudité, et la relation vieil homme-mineure ont généré des remous. Go-Eun, qui ne se sentait au début pas à l’aise avec les scènes érotiques, s’est finalement immergée dans son rôle, avec l’appui de son père qui l’a encouragé à donner son maximum. Elle est maintenant considérée l’équivalente coréenne de Tang Wei湯唯 (actrice chinoise populaire, connue pour ses scènes érotiques et son rôle de traitre dans Lust, Caution).

5) Combien de temps cela vous a-t-il pris pour le maquiller ?

JJW: Au total, il nous fallait près de 8 heures pour le maquiller, et 2 heures pour le démaquiller… Je me sentais vraiment gêné vis-à-vis de l’acteur, mais Hae-il s’est montré très courageux et motivé, ce qui nous a permis de terminer le film dans de bonnes conditions.

6) Combien de temps avez-vous pris pour faire répéter les acteurs ?

JJW: J’ai essayé de faire le moins de répétitions possibles, afin de laisser une certaine spontanéité aux acteurs et liberté d’apporter des idées au niveau du dialogue et des mouvements. J’apprécie beaucoup la spontanéité des premiers mouvements improvisés.

Bien entendu, j’avais préparé les acteurs sur leur personnage bien avant, plusieurs mois avant le tournage, afin de laisser une discussion s’établir pour faire mûrir leurs rôles.

Au cours du film des changements de personnalités des acteurs ont d’ailleurs eu lieu, Hae-il – habituellement bavard – était plutôt discret à cause du maquillage – et Mu-yeol, réputé timide, s’est laissé allé lors des scènes où il devait boire de l’alcool – qu’il buvait pour de vrai – et la situation est presque devenue incontrôlable !

7) Quelle fut la réaction de l’audience coréenne à la sortie du film ?

CIJ: A sa sortie, le film, Eungyo, n’a pas réussi à atteindre l’objectif fixé de 2 millions de tickets de cinéma vendus. Au final, le film n’en a faire vendre  « que » 1 343 916 (à compté du 5 août). En revanche, il a été extrêmement bien accueilli par les critiques de cinéma et le public des festivals. Malgré la présence de Park Hae-il – acteur principal de War of Arrows (présenté au LKFF l’an dernier) – l’audience jeune était plutôt gênée voire irritée par la relation entre un vieil homme et une mineure décrite dans le film.

8) La nudité de la jeune fille qui semble complètement assumer sa sexualité, affirmant qu’elle (et les adolescentes en général) veut faire l’amour parce qu’elle se sent seule, fait penser aux films de la Nouvelle Vague française. Fut-ce une source d’inspiration pour vous ?

JJW: Je n’ai pas spécialement de références dans les films de la nouvelle vague. Mais, c’est plutôt « Lolita » le roman de Vladimir Nabokov qui m’a influencé.

9) Dans le film, vous faites référence au concept de masque, lorsque les deux hommes s’utilisent l’un l’autre, pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie ?

JJW: Les deux personnages masculins partagent une même identité, on peut les voir comme un seul et même personnage, ou encore comme une relation père-fils. En adaptant le roman, j’ai élaboré dans la psychologie. Ce que l’un n’a pas, l’autre l’a : notamment dans cette histoire, le talent pour Jeok-yo et la jeunesse pour Ji-woo. Dans le roman, la relation fusionnelle et complémentaire est poussée à l’extrême : après la mort de l’écrivain, la jeune découvre qu’il l’aimait elle mais aussi son élève.

10) Alors que les films coréens gagnent en reconnaissance auprès des publics étrangers, envisagez-vous vos scénarios différemment en gardant en tête une audience plus large et diverse qu’auparavant ?

JJW: En fait, pas vraiment. Je suis juste plutôt étonné et curieux de savoir cet engouement pour le cinéma coréen de la part des étrangers.

CIJ: En seulement quelques mois, en 2012, deux films ont passé la barre des 10 millions de tickets de cinéma vendus en Corée du Sud. On peut se demander si cette croissance en volume d’audience et quantité de films produits s’accompagne d’un gain en qualité. Je pense que oui, à l’image de Piéta de Kim Ki-duk ayant remporté de Lion d’Or 2012 à Venise. Donc, les films commerciaux et indépendants bénéficient tous deux de cette évolution.

11) Avez-vous des projets en ce moment ? Quel est votre prochain ?

JJW : Je viens en fait tout juste de décider de mon nouveau projet. Ce sera inspiré d’un roman français portant sur l’amour entre familles.

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