Critique : Le chinois se déchaîne de Woo-Ping Yuen
3.5Note Finale
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Pour mieux comprendre pourquoi Snake in the Eagle’s Shadow (« Le Chinois se déchaîne » en VF… no comment) est un classique incontournable, il faut d’abord avoir en main les quelques bases historiques qui entourent son tournage et les gens qui ont bossé dessus. On peut faire remonter l’histoire à 1973, au moment où Bruce Lee meurt en laissant derrière lui un énorme public de fans sur leur faim. Et pour les producteurs, c’est la poule aux œufs d’or qui vient de s’envoler. Ils se lancent alors tous, plus ou moins officieusement, dans une course effrénée aux enjeux commerciaux énormes : trouver le « nouveau dragon ». Le gagnant aura décroché le jackpot. Évidemment personne ne l’a trouvé (il aurait fallu qu’il existe), mais ça ne les a pas empêché de chercher. Lo Wei, qui avait lancé la carrière de Lee, avait déjà remarqué sur les tournages un jeune cascadeur dont il pressent le potentiel, et passe plusieurs films à essayer de faire de lui la nouvelle superstar de Hong-Kong. Son nom ? Jackie Chan.

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Kun-Fu+Comédie

Mais voilà : Wei a beau être un réalisateur talentueux, et Chan un artiste martial très compétent, ils n’ont pas la même idée de ce que doit être un bon film, et la tension monte de plus en plus. C’est dans ce contexte que débarque Yuen Woo-Ping, chorégraphe de scènes d’action (vous le connaissez forcément pour Matrix, Tigre & Dragon ou Kill Bill), sur le point de réaliser son premier film en mélangeant le kung-fu et la comédie. Un truc que personne n’avait jamais fait : du comedic kun-fu. La suite de la carrière de Jackie Chan, vous la connaissez. C’est avec ce film que naît le genre nouveau qui a fait son succès.

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On peut d’ailleurs signaler que le reste du casting n’est pas non plus anodin : on retrouve Yuen Tiu-Sien, le père de Woo-Ping, casté presque par hasard et dont les cheveux de paille grise et les pommettes rougeaudes étaient pourtant indispensables, ainsi que Dean Shek et sa tête de fouine en prof de kung-fu sadique ; deux acteurs qui n’attendaient que la comédie pour se révéler.

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Le film s’ouvre sur une scène de combat entre deux moustachus, et déroule à partir de là un scénario assez classique qui mixe parcours initiatique et rivalités claniques : Pai enseigne à son jeune ami Chien le style du serpent pour que celui-ci puisse se défendre contre ceux qui l’oppressent, mais il l’expose en même temps à un redoutable maître qui tue tous les dépositaires de cette technique… tout ou presque est prétexte à enclencher des duels entre les personnages, au risque parfois de créer des passages profondément inutiles (le magistrat qui cherche une école pour son fils porcinet), mais c’est déplacé de faire la fine bouche devant un film de kung-fu : on a vu bien pire. Et de toute manière, les faiblesses du scénario sont compensées par l’originalité inédite des chorégraphies martiales.

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Tout le monde connaissait les combats à l’épée, au bâton, à mains nues, mais Yuen Woo-Ping va plus loin : avec lui, chaque élément du décor devient potentiellement utilisable par les combattants : les baguettes, les bols et les serpillères deviennent des armes d’un nouveau genre, dont on n’aurait pas soupçonné l’existence. Et en soulignant l’inspiration animale du kung-fu (le style du serpent, du singe, de la grue, de l’aigle, etc.), il achève de donner une dimension ludique à l’art martial. Tout était là, à portée de main, seulement personne n’avait songé à l’utiliser. Yuen propose, Chan agit, les deux sont visiblement sur la même longueur d’onde, et de ce ping-pong créatif naît l’alchimie qui fera le succès de Snake in the Eagle’s Shadow.

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Conclusion:

Malgré l’audace visuelle (flashbacks rouge, plans à la première personne, plongées psychés) dont on ne parle pas assez, le kitsch joyeux de la BO (Jean-Michelle Jarre) et son caractère novateur, Snake in the Eagle’s Shadow reste un protoype, et il n’est donc pas parfait : de nombreuses scènes, qui relèvent du comique gestuel burlesque pur et dur (Dean Shek martyrisant le pauvre balayeur), tombent complètement à l’eau et ralentissent la dynamique du film ; pire, la scène de combat final est décevante.

Mais qu’importe, car il n’est en fait qu’un coup d’essai pour ce qui deviendra un succès encore plus énorme quelques mois plus tard : Drunken Master. Même casting, même réalisateur, même genre de film, mais encore mieux, à ceci près qu’il n’a pas le prestige du précurseur. L’un ne va pas sans l’autre, et les deux sont des indispensables absolus pour comprendre pleinement l’histoire du film de kung-fu et de son pendant comique. Comme en plus ce sont de très bons films, il n’y a pas de raison de se priver.

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