Les courts métrages asiatiques du Festival d’Annecy 2020 passés à la loupe

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© Marmitafilms

Nombreux étaient cette année les cinéastes asiatiques, souvent très jeunes, qui ont été retenus pour le Festival d’Annecy. Exclusivement en ligne, le festival 2020 a pu donner une belle visibilité à une multitude de réalisateurs et réalisatrices venus des quatre coins de l’Asie. Avec des thèmes très variés, des techniques d’animation toujours pleines d’idées et de très belles intentions, on a vu passer quelques pépites.

Afin de leur donner un peu plus de visibilité, on a décidé de poser quelques mots sur de nombre d’entre eux, qu’ils aient ou non su nous séduire. Parmi eux on retiendra évidemment les quelques vainqueurs de différents prix, mais aussi d’autres qui ont su nous envoûter avec un univers bien à eux, faisant passer de beaux messages sur leurs pays, leurs convictions mais aussi leurs idées neuves pour le monde de l’animation.

Courts métrages Off-Limits en compétition

Black : Ao Chen, Chine, Royaume-Uni
Décrit comme « une représentation du problème de société causé par la multiplication de vaccins à effets nocifs en Chine », le court de Ao Chen nous plonge dans un enfer visuel où quelques dessins posés sur un bout de papier blanc déclament une rage enfouie. Face à un pistolet aux couleurs du drapeau Chinois dont l’embout est celui d’une seringue, on s’interroge sur le message que tente de faire passer son créateur, qui pousse le spectateur dans ses retranchements en sur-abusant de flashs qui rendent le visionnage particulièrement inconfortable.

Courts métrages Perspectives en compétition

Annah la Javanaise : Fatimah Tobing Rony, Indonésie
Le court métrage raconte l’histoire de la toile de la Javanaise de Paul Gauguin, en se plaçant au travers des yeux de la jeune fille de 13 ans. Un court très ancré dans notre époque alors que la pédophilie de Paul Gauguin a fait l’actualité ces dernières années. Une question qui est bien trop souvent éludée au profit de l’artiste, en ignorant les jeunes filles qui l’ont vécu, mais que la réalisatrice tente d’explorer avec son oeuvre. Créé à Jakarta, le court métrage doté d’une vraie identité visuelle bouleverse dès ses premiers instants : la vie de la jeune fille n’a pas commencé auprès de Gauguin, mais lorsqu’elle fait ses adieux à sa famille en Indonésie, avant d’être emmenée par celui qui allait la vendre à un artiste français. Désignée comme un colis, un objet, la jeune fille atterrit dans un pays qu’elle ne connaît pas, où on la désigne comme « Annah la Javanaise », reniant sa véritable identité. Domestique, soumise à « l’artiste », elle est exploitée et violée par Gauguin. Très dur et parfaitement maîtrisé, le court métrage explore les limites de l’humanité, dont la réalisatrice Fatimah Tobing Rony espère pouvoir raconter la suite dans un futur long métrage. On espère que cela sera possible, car c’est une vraie réussite.

Jù rén : Henry Zhuang et Harry Zhuang, Singapour
Une graine s’échoue, des poissons sont représentés par des boules de papier, comme si les créations de l’Homme avaient déjà remplacé la nature. Le poisson tente de s’enfuir et suffoque : les deux singapouriens racontent une fuite en avant d’un personnage sans issue, écrasé par un environnement qui l’empêche de vivre et de retrouver sa place. Inspiré par un poème de Tan Swie Han, le court en stop-motion offre joli moment qui rend honneur à l’art poétique dont il s’inspire.

La Noyade / Wade : Upamanyu Bhattacharyya et Kalp Sanghvi, Inde, Prix de la Ville d’Annecy
Le court du duo Indien raconte la ville de Calcutta, inondée par la montée des eaux. Sales, elles propagent insalubrité et maladies alors que la population tente de survivre en se nourrissant des quelques poissons qu’on y trouve encore. Le court métrage aborde évidemment la question du dérèglement climatique, son impact déjà bien réel dans un pays où la pollution est dévastatrice. Les couleurs chaudes donnent le ton à un court métrage qui dévoile tout le savoir-faire d’une équipe capable de donner vie à des quartiers où il n’y en a pourtant plus beaucoup, où la nature reprend ses droits au travers de tigres qui se baladent dans les rues. L’univers aux allures presque post-apocalyptique impressionne pour la qualité de ses dessins et la cohérence de sa direction artistique, où la dénonciation passe par une technique impeccable.

Courts métrages Fin d’études en compétition

Catgot : Tsz Wing Ho, Hong Kong, Prix du jury junior pour un film de fin d’études
Les ondes musicales prennent vie dans l’imagination de la réalisatrice de ce court métrage, où les couleurs tranchent avec le noir d’un fond mis à rude épreuve par une multitude d’objets qui se matérialisent à l’image. Charmant et au rythme de la musique, l’explosion de couleurs de Tsz Wing Ho donne le sentiment de voyager et de s’échapper. On comprend aisément pourquoi il a tant séduit le jury.

Nausea : Han Subien, Corée du Sud
Techniquement solide et particulièrement réussi dans sa manière d’allier son et image, en animant ses images au rythme de la musique, le court métrage de Han Subien est aussi difficile à aborder. Conceptuel, Nausea nous embarque dans un univers où l’inconfort est maître-mot, à l’image de cette représentation d’un poupon tordu dans tous les sens.

Puppy Love : I-Wen Chen, Taiwan
Des dessins au coloriage enfantin racontent une curieuse histoire à base de sexe et de chien. On doit bien avouer qu’on a eu du mal à en retirer quoique ce soit de bien intéressant.

Sura : Jeong Hae-ji, Corée du Sud, Mention du jury pour un film de fin d’études
Tendre et pourtant intense, le court métrage de Jeong Hae-ji mérite assez largement cette mention du jury pour son film de fin d’études. Cette histoire de grossesse adolescente pointe du doigt l’opprobre jetée sur la jeune femme alors qu’elle est confrontée à la violence du milieu médical : un médecin peu accueillant, la froideur de la question financière et le sentiment que son corps ne devient que l’objet de regards indiscrets. C’est très clairement l’un de nos courts métrages préférés cette année.

The Balloon Catcher :  Isaku Kaneko, Japon
Dessiné à la main, The Balloon Catcher fascine par sa beauté. Ce personnage doté d’une hache à la place de la tête, vivant au milieu de ceux qui ont un ballon en guise de crâne, incarne la solitude et les préjugés qui s’installent face à un être si différent des autres. Vu comme une menace, il se dépasse pourtant pour essayer de sauver ceux qui avaient peur de lui. Un court métrage d’une tendresse assez folle, autant pour sa qualité visuelle que sonore et une histoire qui n’inspire que de bonnes choses. Une très belle découverte.

Courts métrages Jeune Public en competition

Boriya : Min Sung-ah, France, Corée du Sud
Cette production franco-coréenne raconte la petite histoire d’une fillette dans la campagne coréenne. Elle s’ennuie et part à l’aventure : l’occasion pour Min Sung-ah de montrer tous ses talents en matière de réalisation avec un court capable de prendre son temps pour raconter ces gigantesques espaces paisibles, où la fillette évolue librement au rythme de ses envies. Très beau, le court offre quelques tableaux d’une douceur infinie et une somptueuse musique originale de Joo June-young.