Critique : Les funérailles des roses de Toshio Matsumoto

Restauration 4k de l'œuvre majeure de Toshio Matsumoto, enfin disponible en DVD et Blu-ray.

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Date de sortie
13/09/1969
Date de sortie DVD/Blu-ray
16/10/2019
Réalisateur
Toshio Matsumoto
Notre score
5

Inédit en France, Les Funérailles des roses profitait enfin début d’année d’une sortie au cinéma dans une version restaurée en 4k. Quelques mois plus tard, l’œuvre majeure de Toshio Matsumoto nous arrive entre les mains avec une version Blu-ray édité par Carlotta Films (une version DVD est également disponible), l’occasion de découvrir un film de la nouvelle vague japonaise des années 60. Sorti en 1969, Les Funérailles des roses ont encore beaucoup de choses à nous dire.

Le film nous raconte Eddie dans le quartier de Shinjuku, travesti, homosexuel qui symbolise une jeunesse en quête d’identité et de renouveau. Les pistes de danse sont nombreuses, les rencontres aussi, le quartier s’enflamme chaque jour grâce à la créativité de sa population alors que l’année 1969 marque l’heure de la libération des consciences.

Pour cette édition inédite en 4k, Carlotta Films a fait les choses en grand en allant chercher Bertrand Mandico, le réalisateur français. Il y raconte l’importance de Toshio Matsumoto en 1969, mais surtout son rapport au film et à ce cinéma qu’il symbolise, un film dont il s’est inspiré pour Les garçons sauvages l’année dernière. Cette préface est d’ailleurs un bon point d’entrée et de contexte pour les néophytes qui n’auraient pas encore eu l’occasion de découvrir Les Funérailles des roses. Film en noir et blanc, filmé en 35mm, Les Funérailles des roses compte parmi les classiques du cinéma japonais. Irrévérencieuse, cette réinterprétation de la tragédie Œdipe roi nous plonge dans le Shinjuku de 1969 en plein avènement de la pop, en pleine libération sexuelle, une forme de liberté d’être que raconte Matsumoto dans un film qui ne cesse de briser le 4ème mur. Entre fiction et interviews qui y sont distillées indifféremment, le film est fondamentalement expérimental, comme une excuse à sa manière de toucher à des sujets qui auraient pu être tabous à l’époque. Il y aborde l’univers des drag-queens, mais aussi l’homosexualité qui s’affirme dans une société foncièrement conservatrice. Il y a d’ailleurs quelque chose d’avant-gardiste dans ce film, qui date de 1969 mais qui pourtant aborde déjà en pointillés le sujet de la transidentité (la distinction entre l’identité de genre et le sexe assigné à la naissance), en racontant cette crise d’identité d’Eddie, drag-queen et homosexuel, qui éloigne peu à peu sa masculinité pour affirmer son identité de femme. Une idée que l’on retrouve d’ailleurs dans les formidables scènes d’amour où la lumière presque négative cache la masculinité d’Eddie pour n’en laisser que la femme.

En parlant de lumière, le film doit d’ailleurs beaucoup au travail sur les éclairages du chef opérateur Tatsuo Suzuki. Constamment tiraillé entre les commerces éblouissants des ruelles de Shinjuku et le côté chaleureux de ces réunions de quelques amis qui essaient de faire du cinéma, comme un symbole de cet élan créatif de la fin des années 60, Suzuki saisit chaque idée de Matsumoto et les bonifie grâce à sa maîtrise du sujet. Il apporte par son travail une certaine constance à un film qui pourtant, par ailleurs, se révèle décousu avec un montage surprenant. Mais ces confrontations d’idées entre le chef opérateur et le réalisateur donnent quelque chose d’hypnotique, faisant des Funérailles des roses une œuvre unique. Il y a d’ailleurs quelque chose de poétique dans la transgression que raconte le film, dans cette manière de bouleverser les codes du Japon de 1969, qui se balade péniblement entre un esprit foncièrement conservateur et la volonté de sa jeunesse de s’extirper des codes instaurés par la société. Le chef opérateur met en lumière cette ode à la liberté, il prend les plans imaginés par son réalisateur et leur donne une saveur toute particulière. Un plaisir à regarder, décuplé par l’interprétation de ses acteurs et actrices, parmi lesquelles Peter. Dans la peau d’Eddie, l’acteur qui a par la suite joué dans Ran d’Akira Kurosawa interprète ici avec justesse cette drag-queen qui tente de trouver un sens à sa vie et ses actes jusqu’à la terrible révélation finale et ses conséquences dramatiques.

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Enfin et pour conclure sur cette édition, Carlotta Films propose de découvrir après le film une entrevue d’une vingtaine de minutes, titrée « Eddie Roi ». Il s’agit d’un décryptage du film et de son contexte, un échange à propos du réalisateur Toshio Matsumoto et de la carrière de Peter (aussi connu sous le nom de Shinnosuke Ikehata). Ce décryptage est réalisé par Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant qui a réalisé le documentaire « Miwa : à la recherche du Lézard noir » revenant sur la carrière de l’artiste travesti Akihiro Miwa, et Stéphane du Mesnildot, critique aux Cahiers du cinéma. Les deux proposent un échange particulièrement intéressant qui vient apporter un peu de contexte et de profondeur au premier visionnage du film.

Les Funérailles des roses est un grand film, une de ces œuvres majeures du cinéma japonais qui symbolisent à elles seules une attitude, une époque ou un esprit. Le Shinjuku de 1969 est passionnant à découvrir au travers du film de Toshio Matsumoto qui raconte, en avance sur son temps, ces jeunes gens qui se sont affranchis des codes d’une société qui ne les comprenait pas vraiment. Encore d’actualité, le film offre un regard d’une douceur et d’une grande pertinence grâce, entre autre, à la splendide interprétation de Peter.

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