Critique : Ode to the goose de Zhang Lu

L'oie est quelque part

Critique : Ode to the goose de Zhang LuOdetheGooseode to the goose : l'oie est quelque part
Dernier mis à jour:

Nous sommes le mercredi 30 octobre au Festival du Film Coréen à Paris et je m’apprête à poursuivre ma journée de visionnage avec le film de Zhang Lu, Ode to the goose.

Zhang Lu est née en Chine en 1962 et a la double nationalité coréenne. Il commence sa carrière en tant que romancier avant de se lancer dans le cinéma. Il est connu pour avoir auparavant réalisé La Rivière Tumen en 2010 ou encore The Quiet Dream sorti en 2016.

À la lecture du synopsis de Ode to the goose, j’ai été très intriguée et cela m’a fortement donné envie de découvrir le long métrage mais une fois ce dernier visionné, je me suis dit presque mot pour mot cette phrase : « c’est le genre de film qu’il faut regarder quatre fois pour bien le comprendre mais je vais avoir du mal à me motiver pour le revoir ».

Nous sommes invités à suivre deux personnages sans aucune introduction, on essaie de les comprendre, de capter la nature de leur relation. Le cadre se passe principalement dans la ville de Gunsan ou l’homme, Yoon-young semble vouloir renouer avec un passé et où la femme Song-hyun l’accompagne sans savoir vraiment pourquoi elle est là.

Les protagonistes arrivent dans une auberge qui sélectionne leurs invités, ils sont acceptés et découvrent alors le rythme et la vie du propriétaire et de sa fille avec autisme, Ju-eun.

Le rythme est assez lent tout du long et on ne sait pas trop où veut nous emmener le film. Beaucoup de choses sont dites, beaucoup sont simplement suggérées. Les peintures respectives des personnages ne les rendent pas foncièrement attachant et la morale respective des protagonistes principaux laisse a désirer bien qu’elle ne soit que le reflet de traits humains assumés.

La lumière est plutôt belle, le cadre sympathique, les bribes que l’on assemble au fil du film laissent place a des théories poussées mais les réponses ne sont pas vraiment données. Si bien que le film se passe et même si je ne me suis pas ennuyée, je n’ai a aucun moment été transcendée. L’histoire de Song-hyun est facile à comprendre et à la fin du film on en a un portrait achevé, c’est tout autre chose pour son compagnon de voyage.

Tout au long du film, l’accent est beaucoup mis sur les difficultés d’être sino-coréen, le réalisateur l’étant lui-même, un message a peut-être essayé d’être passé.

Le film parle de beaucoup de chose, de famille, d’histoire, de chômage, de pauvreté… il part dans tous les sens pour ne pas vraiment conclure sur quoi que ce soit, la vie continue, tout simplement.

Petit passage qui spoile beaucoup :

Quand on comprend que le film commence à la moitié et que l’on met ensemble tous les éléments tout s’accélère. Est-ce que Yoon-Young serait en fait le frère caché de Ju-eun, leurs mères respectives étant mortes à peu près à la même période ? Cela expliquerait pourquoi elle a autant accepté le jeune homme. Cela dit, l’ambiguïté est de mise entre les deux personnages, ce qui pourrait laisser entendre qu’elle serait tombé amoureuse de lui et dans ce cas, le sens change drastiquement. Mais n’est-ce pas que le cerveau crée cette ambiguïté qui serait en fait une sorte d’admiration ?

Il y a une photo d’oie chez l’aubergiste et il y a une oie chez le père de Yoon-Young, est-ce la même oie ? Et si oui le lien supposé précédemment peut-il être réel ? Si oui cela donnerait également du sens au titre.

Le fait que Ju-eun ait accepté aussi facilement le visiteur masculin en tolérant son accompagnante peut montrer que quelque chose fait qu’elle le connaît déjà.

On apprend par la suite que Yoon-Young a en réalité vécu à Gunsan et qu’il a déménagé quand il était enfant. Toutes ces pièces de puzzle ne s’emboîtent pas parfaitement mais laissent supposer maintes hypothèses plus ou moins plausibles.

Le film terminé, j’ai regardé les gens autour de moi, beaucoup n’avaient pas aimé, quant à moi, c’était plus mitigé. Je n’ai pas adoré mais je n’ai pas non plus passé un mauvais moment.

En toute honnêteté, quand le film s’est arrêté, je n’avais pas la moindre idée de quoi écrire dessus tant le manque d’éléments était marquant. Et par la suite, à force de réfléchir à chaque passage, chaque scène visionnée, je me suis dit qu’il avait tout de même réussi quelque chose car c’est le seul film du festival qui m’a demandé un tel effort de réflexion.

Dans tous les cas je vous invite à vous forger votre propre avis et à le visionner dès que vous le pourrez, peut-être trouverez vous les clés manquantes aux portes qui ne demandent qu’à être déverrouillées.