Critique Kdrama : Arthdal Chronicles de Kim Won-suk

L'heroic fantasy à la coréenne, disponible sur Netflix.

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Date de sortie
01/06/2019
Réalisateur
Kim Won-suk
Scénaristes
Kim Young-hyun ; Park Sang-yeon
Diffuseurs
tvN /
Notre score
3.8

L’« Heroic fantasy » est un genre particulièrement présent dans nos contrées, il suffit de voir ce bien-aimé Game of Thrones. Pourtant le genre s’exporte assez mal à la télévision coréenne, qui préfère souvent des drames historiques ou des romances contemporaines. Alors voir débarquer une série coréenne d’heroic fantasy c’est l’assurance de susciter notre curiosité. D’autant plus que le genre a été usé jusqu’à la moelle par les jeux vidéo massivement multijoueurs dont le pays a, pendant longtemps, été le principal producteur. Arthdal Chronicles prend place dans un univers fictif très référencé et disons-le de suite ; ça marche plutôt bien.

Dans le pays d’Arthdal, Eunseom (Song Joong-ki) est né sous une malédiction qui ferait de lui un jour la source d’un désastre à Arthdal. Plus loin, Tagon (Jang Dong-geon) est un héros de guerre, il a sauvé plusieurs fois la grande cité d’Arthdal. Enfin, Tanya (Kim Ji-won) est destinée à diriger le peuple Wahan, mis en captivité par les puissants.
Les trois voient leurs destins se croiser dans un monde en proie à de terribles conflits.

Un récit initiatique face à l’oppression

L’idée de retrouver de l’heroic fantasy en Corée est évidemment alléchante. Et ces petits chenapans ont démultiplié notre intérêt en annonçant Kim Won-suk à la réalisation, l’homme derrière le succès télévisuel Sungkyunkwan Scandal en 2010, ou plus récemment Signal et Misaeng (tous deux actuellement disponibles sur Netflix). A l’affiche, un casting formidable avec Song Joong-ki (Battleship Island, Descendants of the Sun), Jang Dong-gun (My Way, Rampant) et Kim Ji-won (Descendants of the Sun). Les rôles secondaires sont également campés par des acteurs et actrices que l’on a l’habitude de voir au cinéma ou à la télé, notamment Kim Ok-vin qu’on était bien contents de retrouver après The Villainess ou encore l’apparition pendant quelques épisodes de Erika Karata (Asako I&II). Tout ce beau monde s’est mis au service, pendant dix-huit épisodes, d’un monde de fantasy étonnamment accrocheur.

Classique dans sa forme, Arthdal Chronicles nous parle d’une aventure initiatique pour ses trois personnages. Des destins croisés qui tentent de trouver leur place dans un monde où la religion et la guerre sévissent sur les plaines qui entourent la ville d’Arthdal. Il y a l’enfant né d’une malédiction, le héros de guerre et l’élue religieuse, trois points de vue sur une situation et une crise politique où se révèle peu à peu l’emprise du pouvoir sur un peuple qui peine à avancer. Les intrigues politiques sont nombreuses, à tel point que parfois la série perd en clarté : on nous balance bon nombre de termes inventés pour diverses cérémonies, titres honorifiques et autres joyeusetés, qui ne sont pas toujours traduits de manière très habile par Netflix, son diffuseur international. Traduits à l’écran en coréen par le diffuseur originel, les sous-titres français peinent parfois en effet à expliquer des termes utilisés dans les dialogues. Et quand c’est fait, c’est parfois oublié par la suite, alors on finit par se demander de quoi ils parlent. Heureusement les circonstances permettent de vite se raccrocher, car Arthdal Chronicles repose finalement sur une intrigue assez simple et déjà éprouvée par bon nombre d’autres œuvres d’heroic fantasy.

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Les manipulations de l’ombre

Pourtant le drama tire son épingle du jeu en évitant l’éternelle conquête héroïque, préférant plutôt jeter un coup d’œil du côté de la religion. Manipulations, croyances erronées et utilisées à desseins funestes, la religion fictive du drama -qui mélange des influences chrétiennes, confucianistes et bouddhistes- en prend pour son grade et devient l’objet de toutes les convoitises. L’élue, incarnée par Kim Ji-won, est d’ailleurs un élément central de l’intrigue, alors que les manipulations sont nombreuses en arrière plan au travers du personnage de Kim Ok-vin. Actrice au charisme génial, celle-ci incarne une femme de l’ombre qui s’amuse des péripéties des héros. C’est d’ailleurs probablement le rôle le plus intéressant du drama, tant il concentre tous les maux du monde tel qu’imaginé par Kim Won-suk et ses scénaristes. Un monde dévasté, un monde d’esclavage en guerre perpétuelle, un monde qui ne peut que subir et se laisser manipuler par une femme particulièrement intelligente et avide de pouvoir.

Mais Arthdal Chronicles ne réussit pas tout, le drama peinant à trouver son rythme. Divisé en trois parties, le drama a du mal à se lancer et installer ses trois héros. Plus tard, le rythme s’intensifie pour finalement arriver dans une troisième partie où les révélations s’enchaînent. Il y a entre temps un vrai temps mort où le drama se perd dans des sous-intrigues qui ne sont pas toujours très réussies. Malgré tout, on en retient un final surprenant, et surtout un univers enchanteur qui fonctionne bien. Et ce malgré une réalisation qui oscille entre le très bon et le mauvais, avec des éclairages parfois crados et des plans mal foutus dans les quelques scènes d’action. A côté le réalisateur joue avec beaucoup de justesse sur la stature de ses personnages et le mystique qui les entoure, il profite aussi de décors et costumes réussis. On peste un peu sur le montage et des plans pas bien heureux, mais il faut bien avouer que Arthdal Chronicles est le plus souvent un plaisir visuel.

Surprenant par son univers, Arthdal Chronicles est un drama inattendu. Le genre de l’heroic fantasy se mêle parfaitement bien à un univers foncièrement est-asiatique qui mélange autant d’influences confucianistes que chrétiennes. Ses intrigues politiques et religieuses fonctionnent jusqu’au bout, tandis que le destin croisé de ses personnages est le point central de son intrigue. Sa réalisation est loin d’être parfaite, mais son univers enchanteur, l’écriture de ses personnages et la qualité de l’interprétation de ses acteurs et actrices, notamment Kim Ok-vin, suffisent à nous tenir en haleine. Une curiosité que l’on ne peut que vous recommander.

3.8
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