Critique : Shanghai Fortress de Teng Hua-tao

Une romance sur fond d'invasion alien dans un blockbuster décevant.

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Dernier mis à jour:
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Date de sortie
13/09/2019
Réalisateur
Teng Hua-tao
Notre score
2

Sorti cet été en Chine avant d’atterrir sur le catalogue à l’international, Shanghai Fortress est le dernier blockbuster en date venu des studios chinois. A l’image de The Wandering Earth il y a quelques mois, le film tente de se faire une place dans le marché de la science-fiction qui reste encore trusté par les studios hollywoodiens. Mais force est de constater que Shanghai Fortress a déçu en Chine, tant au box-office que du côté de la critique, poussant même Jiang Nan, le scénariste et auteur du roman adapté par le film, à s’excuser sur les réseaux sociaux. Mais qu’en est-il vraiment ?

En 2042, la Terre est assiégée par des envahisseurs venus de l’Espace. Dernier bastion de l’humanité, Shanghai porte les espoirs de la Terre pour repousser les extraterrestres venus piller une énergie découverte quelques années plus tôt sous terre. Parmi ceux qui vont devoir défendre le monde on trouve Jiang Yang, tombé amoureux de Lin Lan, qu’il va suivre dans la forteresse de Shanghai pour rejoindre les forces de défense.

Avec Lu Han (acteur, chanteur, autrefois star de K-pop) et Shu Qi (vue dans The Assassin il y a quelques années) à l’affiche et un budget conséquent, la production avait de grandes ambitions pour cette romance teintée de science-fiction. Un mélange des genres pas si inintéressant que ça, car si le film assume ses influences occidentales avec une proximité curieuse à Independence Day, tant visuellement que du côté de l’intrigue, Shanghai Fortress se démarque par sa manière de mettre en scène une histoire d’amour somme toute classique et mielleuse, néanmoins mignonne, au milieu d’une catastrophe planétaire. Car si l’action est bien présente, le fond de l’histoire tourne autour de cette histoire d’amour qui va unir les deux têtes d’affiche, et de l’amitié et la loyauté prônée par leur petit groupe de soldats. L’innocence qui caractérise ces relations apporte une réelle fraîcheur au genre de la science-fiction d’action, alors même que le film ne fait rien de très original du côté de son univers et de son intrigue. Pire, il remplit toutes les cases du cinéma d’action hollywoodien tel qu’on le connaît depuis des années, laissant assez peu de place à l’innovation et la surprise.

D’autant plus que le film ne parvient pas à proposer des visuels à la hauteur de ses ambitions. Avec des effets spéciaux souvent crades et des images de synthèse qui ne sont pas dignes des investissements de la production, les scènes d’action peuvent se révéler confuses et assez désagréables à suivre, malgré toute la bonne volonté du réalisateur Teng Hua-tao habitué plutôt à diriger des comédies romantiques. Alors le résultat n’est pas flatteur ; la comparaison inévitable avec The Wandering Earth est d’ailleurs assez terrible pour Shanghai Fortress. Si le précédent blockbuster de science-fiction chinoise peinait à séduire sur son écriture, ses effets spéciaux offraient une expérience visuelle plutôt sympathique. Le dernier blockbuster en date ne parvient pas à convaincre, et pourtant, une certaine affection s’en dégage.

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Car il y a quelque chose de séduisant dans ce film ; son histoire d’amour teintée d’innocence ; un quasi-récit initiatique où les héros se révèlent quand tout est perdu ; son action constante ; son rythme maîtrisé, et tant pis si on en arrive à un capharnaüm improbable qui mêle des influences (trop) diverses sans trop savoir où aller. Sa direction artistique va d’ailleurs du classique à l’absurde, on pense au design des robots-aliens ou des vaisseaux qui est parfois plutôt moche, ou l’ensemble de la ville, des costumes et de la technologie qui correspond à ce qu’on a déjà vu des centaines de fois ici et là. Et c’est bien dommage, car l’idée que la Chine soit désormais capable de développer de tels blockbusters est une excellente chose qui peut apporter une vraie diversité dans l’offre cinématographique, à condition de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’Hollywood. Malheureusement, avec sa direction artistique compliquée, Shanghai Fortress est un film finalement assez froid visuellement, et ses ressorts scénaristiques évidents ne sont pas aidés par la réalisation. Les acteurs font ce qu’ils peuvent, mais on sent qu’il manque quelque chose : Shu Qi est notamment très oubliable alors qu’elle a déjà démontré de belles qualités dans d’autres films, mais elle ne semble pas très intéressée par ce qu’elle fait là, comme Lu Han dont la présence à l’écran est extrêmement fade. Quant aux acteurs secondaires, on n’en retiendra rien de plus et pour la plupart, ils ne servent que de faire-valoir aux têtes d’affiche.

On garde de Shanghai Fortress le sentiment d’avoir vu un film « mignon », son histoire d’amour et ses aliens font un mélange des genres sympathique qui fait passer le temps lors d’un dimanche après-midi pluvieux. Et c’est bien là que le film a sa place : sous la forme d’un téléfilm de l’après-midi, perdu dans un catalogue cinématographique de Netflix qui peine à convaincre avec les années. Et ça fait le job, le film de Teng Hua-tao est divertissant, il ne nous a jamais ennuyé. Mais on n’en voudra à personne de préférer regarder autre chose et on n’a aucune peine à comprendre pourquoi le film a fait un four au box-office chinois.

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