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Critique Kdrama : Designated Survivor : 60 Days de Yoo Jong-seon

Soixante jours pour sauver la Corée au lendemain d'une catastrophe sans précédent.

Dernier mis à jour:
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Réalisateur
Yoo Jong-seon
Scénariste
Kim Tae-hee
Pays
Corée du Sud
Diffusion
tvN /
Notre score
4.2

Série télévisée américaine de ABC puis reprise par Netflix, Designated Survivor racontait le cas presque apocalyptique où le Président américain et la quasi-totalité du gouvernement et du Congrès auraient perdu la vie dans un attentat. Porté par Kiefer Sutherland à l’écran, il incarnait le « survivant désigné », un membre du protocole qui est supposé prendre la succession du Président en cas de catastrophe. Mais ce qui nous intéresse ici c’est son remake coréen, titré Designated Survivor : 60 Days pour l’occasion, dont la diffusion vient de se conclure sur Netflix avec un seizième et dernier épisode. Imaginé par Yoo Jong-seon, (co-réalisateur de l’immense succès Descendants of the Sun), le remake de la série américaine mérite franchement le coup d’œil.

L’actuel Président coréen s’adresse à l’Assemblée nationale dans un discours de politique générale, à un moment où la plupart des dirigeants politiques sont réunis au même endroit. Un attentat est commis, le bâtiment explose et tue toutes les personnes présentes. Le seul survivant est Park Moo-jin (interprété par Ji Jin-hee), l’actuel Ministre de l’environnement qui n’assistait pas au discours, « survivant désigné » dans l’ordre de succession au Président alors que tous les autres membres du gouvernement sont morts. Il doit assumer l’intérim avant les élections qui seront organisées soixante jours plus tard.

Designated Survivor : 60 Days reprend les grandes lignes de la série originale américaine, avec un « survivant désigné » qui se retrouve parachuté à un poste qu’il ne convoitait pas vraiment. Ancien professeur, Ministre contesté et peu habitué au grand cirque politique, il n’a aucune ambition particulière, ce qui fait de lui un Président par intérim particulièrement malléable et imprévisible. Malgré les évidentes proximités avec l’original, à commencer par la situation initiale : l’attentat à l’Assemblée qui provoque la mort de la plupart des politiques, les personnages tous directement inspirés de leur version américaine et une histoire de complot, le remake coréen parvient à construire sa propre identité en adaptant l’histoire au contexte de la péninsule. Exit la Russie et le suprémacisme blanc qui a porté la série américaine, et place au difficile conflit qui oppose les deux Corée. Le drama commence au moment où elles semblent sur le point de trouver un accord de paix, une entente remise en cause alors que le Nord devient le suspect évident dans l’affaire de l’attentat.

Il faut bien l’avouer : le réalisateur Yoo Jong-seon et sa scénariste Kim Tae-hee avaient fort à faire. Il était important de reprendre des éléments d’intrigue de la série originale, d’ailleurs les fans ne seront pas surpris(es) à l’occasion de quelques révélations, mais aussi de s’en détacher alors que Designated Survivor a toujours su se servir de l’actualité politique. Et c’est plutôt réussi, en évitant la caricature politique vis-à-vis du Nord, et en se concentrant plutôt sur des conflits internes propres à la politique sud-coréenne. On pense par exemple à l’influence très importante des partis conservateurs alors que le Président par intérim, qui est joué par un Ji Jin-hee formidable de nuance, a tendance à vouloir écouter ce que le peuple souhaite lui dire, quitte à entrer en conflit avec ses équipes qui sont habituées à la « realpolitik ». On peut quand même regretter que le drama peine à entrer dans le vif du sujet sociétal. L’enquête menée par l’agente incarnée par Kang Han-na, la recherche des responsables et les petits jeux de pouvoirs occupent une place énorme au cours des seize épisodes, délaissant tout un volet qui aurait pu être très intéressant. On en parlera en fin de cette critique, mais on a pu voir le drama aborder dans ses derniers épisodes des faits de société quitte à tacler la politique coréenne actuelle, mais cela arrive bien trop tard.

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Le drama a clairement pour lui son casting, le Président incarné par Ji Jin-hee évidemment, un acteur qui a su capter les hésitations d’un homme devenu politique un peu malgré lui, jugé « trop bon » pour posséder le pouvoir, ou même l’influence de sa femme qu’incarne avec force Kim Gyu-ri. Mais on remarque surtout des personnages secondaires plutôt bien écrits, à l’image de la leader du parti conservateur, véritablement incarné par l’excellente Bae Jong-ok, toute en subtilité. On pourrait citer aussi le duo de conseillers formé l’actrice Choi Yoon-young et Son Seok-koo, reprenant pour l’essentiel les personnalités de leurs pendants américains. Mais on regrette tout de même que Choi Yoon-young, dont le personnage est incarné par Italia Ricci dans la version américaine, apparaît bien trop en retrait. Un choix très discutable, d’autant plus que l’actrice se révèle convaincante, mais finalement peu étonnant : la politique est un monde ultra-masculin, et même un drama peine à sortir de ce carcan.

Dans l’ensemble, le drama a un ton résolument plus dramatique que son modèle. Moins de « bons mots » et de petites vannes sur le quotidien de la « Maison Bleue », et plus de sérieux dans une situation quasiment apocalyptique. Cela donne l’occasion au réalisateur de proposer de vraies situations de tension, notamment ce qui se passe dans les sous-sols où l’on prend des décisions militaires stratégiques. Mais aussi les nombreuses confrontations dans le bureau du Président avec ses conseillers et ses adversaires politiques, chacun venant mettre son grain de sel pour l’influencer. Et le réalisateur peut s’appuyer sur une photographie plutôt réussie qui profite du somptueux qui caractérise la « Maison Bleue », l’immense bureau du chef d’État ou au contraire les interminables couleurs et bureaux exigus. On est dans les coulisses du pouvoir, où des décisions terribles sont prises dans une apparente décontraction qui tente de cacher les incertitudes des uns et des autres. Le genre du drama politique est toujours un exercice difficile, car il peut amener à des sujets qui provoquent de profonds désaccords, mais le réalisateur parvient à proposer quelque chose de très solide et de passionnant à suivre.

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En parlant de sujets polémiques, on est surpris de voir le drama mettre les pieds dans le plat et aborder une question qui peine à s’installer dans le débat politique coréen. Dans ses derniers épisodes, le Président se retrouve en effet confronté à une réalité déconcertante : la Corée ne possède aucune loi contre les discriminations. Alors il tente de porter ce projet de loi après avoir rencontré une réalisatrice qui a révélé son homosexualité. Un choix scénaristique qui fait directement écho à un événement survenu en Corée du Sud fin 2018, à l’occasion d’une Pride organisée dans la ville d’Incheon où des groupes anti-LGBT s’en sont violemment pris aux manifestants. Et c’est probablement là que le drama brille le plus puisque une fois dépassé le complot un peu facile autour de l’attentat, même si sa conclusion est bien menée, Designated Survivor : 60 Days fait le bilan de ce qui ne va pas dans la politique et société coréenne. On voit un Président affaibli et presque désarmé face à un puissant lobby religieux (chrétien) qui influence encore la politique conservatrice coréenne, des conseillers dont le rôle de protection les pousse à essayer de le convaincre de laisser tomber un tel projet de loi, mais surtout on voit des témoignages de citoyens qui ont beaucoup de choses à dire.

Alors ce remake nous livre une conclusion douce-amère, comme une accusation à l’encontre de l’Homme politique (au sens large) et à son manque de courage face à des sujets qui pourraient lui coûter son poste. Le réalisateur Yoo Jong-seon ne se contente pas d’adapter la série américaine, il va un peu plus loin et livre sa vision des choses au travers d’un Président aussi perdu que courageux. Certes, ce n’est pas parfait et l’essentiel de l’enquête policière peine à surprendre celles et ceux qui ont déjà vu l’original. Mais c’est une vraie surprise dans sa manière de mettre en scène le pouvoir, de dénoncer les forces en présence et de remettre en question une société qui, ici de manière complètement fictive, doit se reconstruire à l’occasion d’un drame.

Note des lecteurs1 Note1.1
4.2
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