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Le pornographe de Shohei Imamura, au cinéma le 14 novembre en version restaurée

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Date de sortie
14/11/2018
Réalisateur
Shohei Imamura

Nouvelle restauration au programme des cinéphile, cette fois c’est le film japonais de 1966, Le pornographe de Shohei Imamura qui arrive au cinéma à partir du 14 novembre 2018.

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Synopsis :

Monsieur Ogata mène une vie compliquée. Sous couvert du commerce d’instruments chirurgicaux, il tourne des films, qu’il vend, avec des gadgets érotiques, à de riches particuliers afin de satisfaire leurs fantasmes les plus secrets. Alors que les demandes de ses clients se font de plus en plus étranges et extrêmes, les yakuzas se mêlent à sa juteuse petite affaire. Pour financer un laboratoire de développement de pellicules de films, il escroque sa compagne, une veuve persuadée que son défunt-mari s’est réincarné en carpe. Bien qu’éperdument amoureux de sa concubine, qui entretient elle-même une relation ambigüe avec son fils, il a de plus en plus de mal à refreiner un désir coupable pour sa belle-fille mineure.

Pour présenter le film quoi de mieux que Bastian Meiresonne : Bien qu’ayant obtenu une relative liberté au sein de la Nikkatsu (Cochons et Cuirassés lui a tout de même valu deux ans d’interdiction de tourner) Shôhei Imamura est épuisé par l’incompréhension que suscite son ton noir et singulier. De moins en moins en phase avec le studio qui privilégie désormais le Pinku Eiga (films érotiques japonais à petit budget), genre dans lequel certains essayent de le pousser ou même de le catégoriser, il décide en
1966 de créer sa propre société de production, Imamura Productions.

Son premier projet sera Le Pornographe, coproduit et distribué, malgré tout, par la Nikkatsu. Imamura, dont l’un des thèmes favoris est la relation de la sexualité avec le corps social y aborde le sujet dans un Japon en voie d’occidentalisation.

L’idée de faire ce film et de confier le rôle à Shôichi Ozawa, lui est soufflée par l’acteur lui-même alors qu’ils discutaient du sulfureux roman qui défraya la chronique en 1963 par la sensibilité de son sujet: Les Pornographes d’Akiyuki Nosaka (auteur du Tombeau des Lucioles).

Peut-être pour aller à l’encontre de sa réputation injustifiée, en tout cas pour se moquer de la mode des films érotiques, le cinéaste décide de s’atteler à cette l’adaptation
à travers laquelle il questionne et met en abîme les déviances que le jeune cinéma « pink » met en place pour attirer le public dans les salles.

Le titre original Erogotoshitachi yori Jinruigaku nyumon (Introduction à l’Anthropologie au travers des Pornographes) reprend de façon plus marquée, la dimension ethnographique qu’Imamura avait initié avec La Femme Insecte (1963).

Comme à son habitude, il entame un long travail d’enquête qui le mènera à Osaka dans le milieu des Yakuza, chez celui qui se faisait appeler « Le Kurozawa du porno».

«À la base de mes films, il y a toujours une solide recherche documentaire. J’essaie toujours de remonter aux faits, et à partir de cette recherche factuelle, j’arrive à dégager une sensibilité, des émotions qui me permettent d’élaborer un drame ». Entretien Avec Shôhei Imamura. Propos recueillis par Claude R. Blouin, Gérard Grugeau et Marcel Jean.

«Ces enquêtes, c’est très intéressant. C’est même passionnant. Ça fait découvrir plein de choses, ça donne  des tas d’éléments qui peuvent être incorporés au film à venir. C’est formidable. Ça aide beaucoup à la réalisation. Une autre préparation indirecte, plus abstraite, peut se faire en bibliothèque universitaire mais rien ne vaut l’expérience directe ». Shôhei Imamura, le libre penseur, Paulo Rocha

Il participera même activement au tournage d’un film, ne pouvant s’empêcher de donner des directives.
« Je venais de Tokyo et ils m’ont pris pour un vieil original un peu cochon. En fait, c’est vrai, je le suis. Alors, avec ma caméra, quand j’ai demandé poliment de filmer leur tournage, ils m’ont accepté (…). Je me suis mis à faire des suggestions : « Ici, un gros plan serait mieux », « Là, il faudrait plus gigoter ». (…) C’était plus fort que moi, mon métier ressortait.» Shôhei Imamura, le libre penseur, Paulo Rocha

Les précédents films présentaient un Japon colonisé, pauvre et encore en reconstruction. Ses héros, en proie à leurs désirs et à leur cupidité, se perdaient dans leur volonté de survivre. Mais en 1964, le Japon a profondément évolué et a connu un redressement économique foudroyant, symbolisé par les Jeux Olympiques de Tokyo et le lancement du Shinkansen (train à grande vitesse) la même année.

Si dans Le Pornographe les personnages s’abandonnent aux mêmes faiblesses, Imamura nous propose de scruter la nouvelle classe aisée. La caméra privilégie le plan fixe sur les personnages, les observe à la loupe, démonte chaque instant de vie dans leurs gestes les plus banals. Il nous met dans la position d’un « voyeur » en obstruant volontairement le champ de la caméra avec toutes sortes d’objets et en allant même jusqu’à rendre le son plus sourd lorsqu’il place la caméra derrière un aquarium. Avec le recul, le cinéaste aurait voulu pousser la provocation plus loin, mais il pensait que les spectateurs n’étaient pas prêts à voir mourir le personnage principal, le sexe en érection.
Source: «Shôhei Imamura, Maître des désirs inassouvis»