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L’insuccès de God of War* en Chine laisse à penser que le film épique chinois va continuer de se raréfier ; et pourtant le film de Gordon Chan est l’un des plus beaux exemples du genre.

Au XVIe siècle, le général Qi Jiguang (Vincent Zhao) et le commandant Yu Dayou (Sammo Hung), au service de la dynastie Ming, tentent de contrer une armée de pirates japonais et de rônins, menée par Kumasawa (Yasuaki Kurata), qui pille depuis des mois la côté chinoise pour le compte d’un puissant Shogun. Le général Qi enrôle des paysans locaux et les entraine en une nouvelle armée mieux équipée.

Gordon Chan est capable du pire (King of Fighters), du moyen (The Four), comme du meilleur (Fist of Legend), mais God of War appartient à cette dernière catégorie. C’est une superbe épopée à l’ancienne, dont l’ambition et le degré de détail n’ont pas à rougir de la comparaison avec Les Trois Royaumes de John Woo, et ce en un tiers de la durée. Car en tout juste deux heures, c’est un tableau remarquablement complet de la guerre que Chan réussit à peindre, dans la splendide photographie rouge et or du chef-opérateur Takuro Ishizaka (de la trilogie Kenshin le Vagabond). La stratégie est bien sûr à l’honneur, comme souvent dans les films épiques chinois, mais une attention particulière est aussi portée à l’entrainement et les armes : une belle séquence d’entrainement sur une plage rappelle le célèbre générique d’Il était une fois en Chine de Tsui Hark, tandis que la métallurgie des épées, la résistance des bouclier et l’élaboration d’instruments de guerre, ainsi que la bureaucratie et la politique en temps de guerre, sont autant de détails que Gordon Chan et son équipe de scénaristes ont su aborder avec précision mais concision. Nous ne pouvons pas juger de l’exactitude historique du film, mais la vraisemblance en est irréprochable, et le film jongle avec cette foule de détails sans jamais tomber dans la digression ou perdre de son élan.

Le film brille aussi par son absence de manichéisme. Les Japonais sont bien sûr les « méchants » traditionnels du cinéma chinois (une tendance qui s’explique, voire se justifie historiquement), mais tout comme dans son classique Fist of Legend, Gordon Chan ne les décrit pas comme une caricaturale force du mal. On trouve ici dans le camp japonais toutes sortes de nuances, des ronins brutaux et tapageurs, aux samouraïs plus honorables. Et Kumasawa, joué avec une classe folle par Yasuaki Kurata, est un adversaire rusé mais respectable, dont le sens du devoir et de l’honneur lui fait faire le « sale boulot » de son seigneur : il y a là un paradoxe fascinant. Ainsi, il laisse ses troupes piller et violer, afin que son seigneur ne soit pas soupçonné d’être à l’origine cette invasion.

Mais God of War parvient aussi à des moments de légèreté bienvenue, surtout dans la relation entre le général Qi et sa femme (un personnage historique passionnant qui mériterait son propre film : poétesse, peintre, et artiste martiale) : dans un couple, la stratégie est tout aussi utile que sur le champ de bataille. Et en parlant de batailles, les scènes de guerres orchestrées par Kenji Tanigaki (collaborateur de longue date de Donnie Yen) tiennent un superbe équilibre entre la mêlée brutale et des moments de combat plus proches du ballet, même si elles sont parfois un peu trop elliptiques (une escarmouche prometteuse est coupée courte par un intertitre maladroit, par exemple). Et si le grand Sammo Hung n’apparaît malheureusement que dans le premier quart du film, il n’en a pas moins le temps de partager un beau duel au bâton avec Vincent Zhao. Ce dernier a gagné un peu en charisme depuis ses débuts insipides, mais il reste un peu trop lisse pour le rôle : car le grand défaut du film est de dépeindre le général Qi comme un saint (un dieu de la guerre, en fait), et de ne lui donner aucune zone d’ombre, et aucun défaut si ce n’est une certaine naïveté en matière de politique. Un acteur de la carrure de Tony Leung Chiu Wai aurait su apporter au rôle la subtilité que les scénaristes n’ont pas su – ou pas voulu – lui insuffler. Mais la vraie star du film est bien Yasuaki Kurata, dont le personnage est le plus contrasté, et qui – ressemblant à un vieux loup sous forme humaine – est d’un charisme impressionnant, surtout dans son duel final avec Vincent Zhao, le clou d’un spectacle épique et maîtrisé.

* Selon les données entgroup, le film a réalisé en 16 jours seulement 16 M$ de recette, très loin des 25M$ de budget.

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God of War de Gordon Chan
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