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Cannes 2017 – Critique : Passage par le futur de Li Ruijun

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2.5

Cette année la délégation chinoise se résume à deux films dont, Le Passage par le futur de Li Rujuin en compétition dans Un certain regard. C’est le quatrième long-métrage du jeune cinéaste. Une œuvre représentative du nouveau cinéma chinois qui peine à trouver sa voix à l’intérieur du mouvement.

Nous suivons Yaoting et sa famille qui doivent déménager de la grande ville de Shenzhen pour retourner vivre dans leur province de Gansu à cause de l’état de santé du père de famille. Il souffre d’une maladie du foie qui touche également sa plus grande fille, Yaoting, autour duquel le film gravite. Entre la maladie, le logement, le travail, les soucis d’argents, familiaux et l’amour le film se construit comme une sorte de chronique sur la vie de cette jeunesse chinoise qui est tiraillée entre ses racines rurales et les lumières de la ville. Le film propose avant tout un regard social, la ville est dépeinte comme un bruit permanent et un état de fatigue pour ses habitants qui tentent de trouver leur bonheur à travers des objectifs matérialistes mais accessibles. La caméra effectue des légers travellings pour dévoiler les espaces que le cinéaste veut montrer à travers une esthétique proche d’un Jia Zhangke. Les corps sont toujours inscrits dans des décors qui les définissent bien plus que leur action ou leur mouvement. Le souci que porte le cinéaste à composer de la sorte dans des espaces restreints (un restaurant, une chambre d’hôpital, un couloir…) révèle une certaine distance voire une mécanique qui suivrait un programme sans implication, sans vie. Nous ne sommes pas confrontés à la plasticité des cinéastes chinois de la génération précédentes qui cherchaient dans l’épure le moyen de faire exister la fragilité des corps et des émotions dans un système qui les rejette ou les écrase comme c’est le cas chez Lou Ye ou Li Yu, mais à une sorte de soin maniériste qui s’inscrirait dans un mouvement plus grand, impersonnel (celui du renouveau du cinéma chinois). Néanmoins, on ne peut reprocher au cinéaste de nous offrir un beau film, surtout dans sa deuxième partie. il délaisse le côté social et froid pour s’autoriser une romance avec un personnage de faux voyou qui rappelle les jeunes hommes débrouillards des films de Hou Hsiao-Hsien, le film laisse enfin le spectateur pénétrer ces tableaux. Une fois que Yaoting ne porte plus le poids du monde sur ses épaules, et doit se concentrer sur sa survie après un enchainement de tragédies qui sont trop proches et soudaines pour être efficaces, le film trouve un nouveau souffle.

Le cinéaste se débarrasse alors des automatismes formels de sa génération, ou du moins leur donnent une raison d’exister pour capter l’évaporation du couple. La picturalité du film et ses mouvements doux embrassent la relation amoureuse presque ratée des jeunes protagonistes. Les deux jeunes acteurs ont alors la possibilité d’exister comme des corps qui se désirent où se meurent. Cette espèce de vide que portait la première partie devient le symptôme du malaise réelle d’une génération virtuelle. Les réseaux sociaux prennent une importance considérable dans le film, et sont même le nœud dramatique du métrage. On comprend que le cinéaste chinois tente de capter ce flux invisible qui a lié les deux corps par l’esprit à travers leur relation sur les réseaux alors qu’ils s’ignoraient physiquement. Le film va pousser l’abstraction de cette relation jusqu’à une scène finale magnifique qui est une saisissante contemplation onirique. On regrette alors que cette audace n’ait pas eu lieu avant, et que le cinéaste n’ait pas proposé de tels moments lors des drames qui ponctuent sa narration. Le film s’arrête là ou une œuvre qui assume l’onirisme et la virtualité du monde contemporain comme Kaili Blues aurait démarré. Ainsi, Passage par le futur aurait gagné à nous donner à voir ledit futur, mais malgré de beaux moments, ils se butent à sa vision du présent

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