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Critique : Sayonara de Koji Fukada

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3.5

Dans un futur proche, au Japon, la vie humaine semble avoir déserté le paysage, conséquence d’une catastrophe nucléaire. Tania attend, comme les autres habitants encore présents, d’être évacuée. Malgré sa santé chancelante, elle n’est pas prioritaire, car étrangère. La jeune femme trouve un peu de réconfort auprès de Leona, androïde chargée de lui tenir compagnie depuis qu’elle est enfant.

Sayonara de Koji Fukada (Au revoir l’été) a été présenté en avant première au festival Kinotayo en présence du réalisateur ainsi que la comédienne principale Bryerly Long.

Sayonara nous envoie dans un Japon d’anticipation où une dizaine de centrales nucléaires ont explosées et où toute la population est contrainte d’émigrer à l’étranger. Reste les habitants qui attendent les résultats d’une loterie qui leur permettra de quitter le pays totalement irradié, parmi eux Tanya qui est déjà atteinte d’une maladie incurable depuis l’enfance et son androïde de compagnie, Reona, (interprétée par Geminoid F), dans leur maison à la campagne.

Koji Fukada dépeint un quotidien réaliste dans une société qui disparaît petit à petit, où les services publiques ferment, les denrées alimentaires de plus en plus rares, et les rapports entre les humains sont dictés par un désespoir invisible comme les radiations. Le réalisateur japonais a adapté une pièce de théâtre de Oriza Hirata ayant pour thématique la vie et la mort d’un point de vue philosophique, une discussion entre un être humain et une androïde. Koji Fukada l’adapte dans le contexte du traumatisme post Fukushima, pour nous mener vers une œuvre qui pose beaucoup de questions existentielles. Tour à tour, le réalisateur japonais aborde les thèmes complexes de la séparation, de l’émigration, du terrorisme (les centrales ont explosées suite à de la malveillance), de l’amour, de la transmission culturel entre Hommes puis entre Hommes et machines, de la maladie, de la nature, … A la fois ambitieux, le film se perd dans le traitement parfois succinct, parfois longuet de ces différentes thématiques, car nous n’avons pas l’impression d’un tout unifié, mais de chapitrages involontaires. Le film repose beaucoup sur des discussions et des digressions entre Tanya et Geninoid F, dans le salon de la maison, enfermées, devant une fenêtre évoquant la beauté (perdue) et le danger de l’extérieur. De l’aveu du réalisateur lui-même sous le ton de la boutade, il ne se passe pas grand chose dans le film, excepté à la fin, et en effet il faudra attendre deux heures pour être extirpé d’une certaine monotonie. La fin du film sans la dévoiler est bouleversante car Koji Fukada atteint enfin son but, nous emmener vers quelque chose de métaphysique, et poétique sans plus avoir besoin de citer les poèmes de Rimbaud.

Du point de vue de la mise en scène, Koji Fukada s’inspire essentiellement de la peinture, donc compose des plans fixes, lents, le traitement de la lumière nous donne des impressions de fin de siècle dans la campagne américaine du 19e. Le défi de réaliser un film d’anticipation autour d’un canapé devant une fenêtre apparait troublant car réussi. Bien entendu, la chose la plus troublante reste la partition de l’androïde, qui au passage n’est pas un robot inventé pour le film mais un véritable androïde créé par Hiroshi Ishiguro (Osaka University & ATR Hiroshi Ishiguro Lab), qui donc avec son apparence humaine, et le fait qu’elle ne peut mourir, en tout cas pas à cause des radiations, nous renvoient à des questionnements existentiels. Nous sommes aujourd’hui dans le futur, et l’humanité a des défis présents importants à travers son développement énergétique, le transhumanisme, l’intelligence artificielle, les robots de travail, de compagnie, ou militaires… Et Sayonara reflète peut-être les prémices d’un « au revoir » à la civilisation humaine telle que nous la connaissons, vers la naissance de quelque chose de nouveau.

Sayonara est un conte post apocalyptique ou plutôt post civilisation, qui aurait mérité un traitement plus court et moins de thèmes abordés pour pleinement émouvoir mais qui possède une dimension philosophique rare, permettant aux spectateurs de réfléchir, ce qui est rare au cinéma en ce moment.

Il passe encore actuellement à la 11e édition du festival kinotayo et sera normalement distribué prochainement en France.

http://www.kinotayo.fr/programme.php

 

 

 

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