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Critique : La Femme des Sables d’Hiroshi Teshigahara

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Synopsis
Un homme marche dans le désert. Il observe les insectes, les photographie, les ramasse. S'étant arrêté pour se reposer, il est accosté par trois villageois qui lui proposent de passer la nuit dans leur village. L'homme est escorté jusqu'à une fosse au fond de laquelle une femme l'accueille et lui offre repas et couche. Pendant la nuit, la femme sort et ramasse le sable qui s'écoule des parois. Au petit matin, l'échelle de corde a disparu et l'homme se rend compte qu'il a été fait prisonnier.
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L’histoire : Un professeur de biologie habitant à Tokyo, Niki (Eiji Okada) s’aventure dans une région côtière afin de trouver des insectes, qu’il collectionne. Manquant de peu son bus, un homme lui propose de passer la nuit dans son village, en particulier aux côtés d’une femme habitant dans un large trou dans le sable. Ce n’est que le lendemain matin que Niki se rend compte qu’il ne pourra plus remonter, condamné à aider la « femme des sables », (Kyôko Kishida) à recueillir du sable de jour en jour.

Sorti en 1964,  La Femme des Sables est considéré comme l’unique chef d’œuvre d’Hiroshi Teshigahara, récompensé du prix spécial du jury à Cannes la même année. Adapté d’un roman de Kobo Abe, le film développe une atmosphère et une intrigue très particulières. On peut considérer que ce film mêle a la fois des élément de film de prison (à la fois évasion et survival en lieu clos), de thriller et de romance.

 

On pourrait d’abord parler du film « de prison » qui constitue la majeure partie du film. En effet, au bout d’une vingtaine de minutes, Niki se retrouve donc coincé dans ce trou de sable et va tout faire pour s’en échapper. Les premières minutes sont particulières, remémorant sans cesse au spectateur l’étau qui se resserre autour du personnage. De nombreux plans d’insectes pris au piège se succèdent, capturés par Niki lui-même, indiquant évidemment sa propre situation future.  On le voit ensuite accepter de descendre rejoindre la femme dans sa maison, encore une fois comme l’insecte qui rentre dans le tube sans se douter de quelque chose.

Le film devient ensuite un film d’évasion, Niki n’ayant cesse de trouver un moyen de quitter son trou, en prenant en otage la femme, en se construisant un grappin… Le désespoir de « ne pas mourir comme un chien » est partagé avec le spectateur et permet de construire une ambiance très angoissante. De plus la musique renforce l’ambiance horrifique du film par l’utilisation de cordes stridentes, à la manière de Psychose. Mais les tentatives de fuite les plus impressionnantes et cruelles à regarder sont tout bêtement les scènes d’escalade de la dune. Le réalisateur prend un malin plaisir a filmer Niki essayant de s’agripper au sable, tentant parfois de creuser des prises vaines pour ses pieds. Les nombreux plans des dunes s’écoulant et s’écroulant personnifient le sable, devenant un véritable monstre qui n’a de cesse d’engloutir la maison des personnages et les personnages eux-mêmes. On retrouve cette humanisation du sable sur quelques plans serrés des parties du corps nues des personnages, entrêmelant leur sueur et les grains de sable qu’ils ne peuvent parfaitement enlever. Le montage associe également les sillons formés par les dunes au plis du corps de Niki.

Le sable est donc présenté comme l’ennemi des personnages, il s’infiltre partout, ne les quitte plus mais devient petit à petit leur raison de vivre. D’une part par leur travail qui leur permet de recevoir des vivres mais aussi par l’étrange association entre l’eau et le sable. Association définie comme absurde par Niki au début du film, elle est souvent rappelée, le montage comparant les vagues de sable au vagues de la mer, mer qui se trouve juste à côté de leur trou d’ailleurs. Niki parviendra même à recueillir de l’eau grâce au sable, faisant de celui çi son allié.

Avant d’établir une véritable relation avec « la femme », Niki la voit seulement comme une adversaire, une complice de son emprisonnement. La femme représente de premier abord l’absurdité pure et dure de leur situation, et par la-même de la société que veut représenter le réalisateur : elle n’a pas de nom, ou du moins ne le dis jamais, on l’appelle « la vieille femme ». Elle exécute la tâche absurde de ramasser sans cesse le sable sans véritablement demander pourquoi. Elle invoque elle même deux raisons différentes, économiques et sécuritaires, raisons vraisemblablement dictées par les habitants-geôliers du village. « Enlèves tu le sable pour vivre ou vis-tu pour enlever le sable ? » lui demande Niki au milieu du film, constatant l’absurdité de son travail. La relation entre les personnages évolue tout au long du film, passant d’une relation geôlière-prisonnier à une relation de respect et d’amour. Le personnage de Niki est sans cesse humilié, déshumanisé par les villageois tout au long du film, en particulier avec « la femme » dans une scène très cruelle, mais parallèlement il développe son amour pour elle et semble quitter son passé au fur et à mesure du film.

On pourrait également discerner dans l’attrait du trou où l’attend une femme une allégorie de la maternité retrouvée.

La Femme des Sables est donc une oeuvre très intéressante, développant une grande quantité de thèmes, de regards sur la société, sur l’humanité. La mise en scène est également très novatrice pour l’époque, alternant plans serrés de corps, plans large des dunes, plan à l’envers très surprenants, montage marqué à la manière de la Nouvelle Vague, scènes de huis clos mais également de course poursuite haletante… Je pense qu’il faudrait revoir ce film de nombreuses fois pour en saisir tous les aboutissants et les intentions du réalisateur tant l’oeuvre est large et foisonnante d’idées. On peut néanmoins regretter les quelques voix off qui ont tendance a trop vouloir expliquer ce qui est déjà à l’écran, et la longueur parfois ennuyeuse du director’s cut (2h30).

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