Critique : Tel père, tel fils de Kore Eda

Critique : Tel père, tel fils de Kore EdaLike Father Like Son unetel père, tel fils
Tel père, tel fils de Kore Eda
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Like Father, Like Son est le nouveau film du réalisateur japonais Hirokazu Kore’eda. Il avait beaucoup fait parler de lui lors du festival de Cannes 2013 où il a remporté le prix du Jury. Avec l’arrivée du trailer complet le 3 août il est donc temps de donner notre avis alors que le film est au cœur de sa tournée des festivals et s’apprête à faire sa sortie en salles, d’ici la fin de l’année.

Like Father, Like Son s’inscrit dans une tendance récente du réalisateur à s’intéresser plus particulièrement aux enfants, et aux relations interpersonnelles entre eux et les adultes. C’était déjà le cas avec Nobody Knows (2004) et I Wish (2011). D’ailleurs, tous ces films, LFLS y compris s’attachent plus particulièrement à un thème général de séparation – qui semble tenir au réalisateur : une mère partie (Nobody Knows), un père et un frère éloignés (I Wish) ou tout simplement une séparation involontaire des parents biologiques suite à une erreur médicale (LFLS). Like Father, Like Son s’inscrit cependant dans un contexte particulier : un couple financièrement aisé est informé par des médecins que l’enfant qu’ils ont élevé n’est pas le leur, mais que leur enfant biologique a grandit dans une autre famille, de conditions plus modestes. Par ce biais, Kore’eda en vient habilement à poser la question de ce qu’est un bon père, et dans quelle mesure une condition sociale confortable et une attitude focalisée sur la réussite permettent à l’enfant d’être heureux. C’est d’ailleurs la situation de départ, du jeune Keita Ninomiya qui raconte un mensonge pour réussir son entretien d’entrée en primaire – disant être allé faire du cerf-volant avec son père, qui en réalité ne passe pas beaucoup de temps avec lui, même s’il planifie son avenir avec précision. Le mensonge traduit ce désir de bonheur avec sa famille, et le film va permettre de mettre en relief l’adaptabilité dont doit faire preuve un père pour qu’il réussisse et soit heureux.

D’autre part, comme dans tous ses films, Kore’eda manie avec subtilité les rapports entre innocence et maturité, ne versant donc ni dans le superficiel ni dans le mélodrame sombre. Il ne pousse aucune situation à l’extrême et reste bien dans une situation réelle, qui touche autant qu’enseigne. Les enfants font preuve d’un enthousiasme adorable, mais aussi d’une capacité d’adaptation pleine d’intelligence: Keita se fond donc très rapidement au sein de la famille de ses parents biologiques. Ce mélange très bien dosé est permis par la qualité du jeu des acteurs, y compris et notamment des enfants. La complexité des sentiments entre chacun des membres de la famille, et notamment la relation amour-haine entre le fils et le père, sont rendus de façon très authentique. L’expérience propre de Kore’eda qui a perdu son père il y a 10 ans, puis est devenu père lui-même il y a 5 ans, doit forcément l’avoir aidé dans sa démarche.

Le thème « des enfants échangés » tout comme la question de « comment être un bon père » sont des classiques. Mais, la façon dont Kore’eda les mêle et amène tout en subtilité la relation « sucrée-amer » entre les familles faites d’entre-aide, mais aussi d’apprentissage mutuel par leurs erreurs, est tout à fait bien pensée.

Le rôle secondaire que tiennent les épouses, typique de la société japonaise, peut cependant paraître macho pour une audience occidentale, car en effet, les actrices ont relativement peu d’occasions de montrer diverses facettes de leur jeu. Par ailleurs, la famille des Saikis semble un caricature de « babacool », qui peut paraitre ridicule mais aussi comique.

Mais, le film se distingue surtout par l’habileté de Kore’eda à investir les enfants d’un message, que les parents vont finalement saisir, et surtout amener à poser des questions à la société japonaise sur la façon dont les parents élèvent leurs enfants et ébranler un peu le carcan d’une filiation qui se veut nette : le bonheur d’un enfant et sa réussite future sont au-delà de conditions pré-existantes. De manière plus large, on peut même voir un message sur le bonheur personnel via sa carrière : travailler dur pour une carrière de prestige sans avoir d’affection ne permettra pas d’être plus heureux que de se dédier à ce à quoi nous aspirons vraiment.