Critique : I Wish de Kore-eda

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I Wish de Kore-eda
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Alors que le film sort au cinéma au Royaume-Uni, ce vendredi 8 février 2013, après une première au festival de Toronto qui date de septembre 2011 (au Japon le 11 juin de la même année), c’est le bon moment pour écrire une critique du film.

I Wish est une histoire très touchante de par l’honnêteté et la délicatesse avec laquelle Kore-eda raconte l’histoire au travers du regard des deux frères (dans le film et dans la vie de tous les jours, d’ailleurs). Si les personnages principaux sont des enfants, le public lui est de tous les âges tant ces derniers font preuve d’une maturité impressionante.

L’histoire est centrée autour de la quête de Koichi (Koki Maeda) et Ryunosuke (Oshirô Maeda) pour réunir leur famille et retrouver ces moments uniques de fraternité qu’ils ont vécus étant plus jeunes. En plus du jeu excellent des deux acteurs, l’écriture et la direction de Kore’eda sont pleines de dextérité, amenant le jeune et naïf Koichi à accepter la réalité du divorce de ses parents et recréer cette proximité avec son frère adoré qu’il pensait perdre.

L’ambiance générale du film est extrêmement positive, et ce malgré toutes les difficultés et la dure réalité auxquels font face les personnages. Alors que les enfants se posent des questions quant à leur avenir professionnel (étonnant de voir d’ailleurs le professeur leur demander déjà ce qu’ils veulent faire comme travail à un tel jeune âge, personnellement je ne me rappelle pas avoir été embêté à ce propos, à leur âge), ils se découvrent des passions qui les poussent à se surpasser : Koichi et Ryunosuke vont prendre le Shinkansen tous seuls (avec leurs amis) pour pouvoir se retrouver et vivre leur fraternité… et Megumi (Kyara Uchida), à la fin du film, partir à Tokyo pour réaliser une carrière d’actrice…

La conclusion de ce film très pragmatique passe de manière tout à fait adroite. Chaque personnage est amené à émettre des vœux sur leur avenir, et la plupart, voir aucun ne se réalise concrètement. La mère de Megumi (Cara Uchida), souhaiterait avoir plus étudié et ne pas avoir à tenir un bar pour s’en sortir ; les amis de Ryunosuke et Koichi souhaitent mieux dessiner, devenir la meilleure du monde à Beyblade, que le lapin ressuscite, … mais tous au final comprennent que les souhaits ne se réalisent pas toujours, et que c’est peut-être mieux ainsi.

Lorsque les deux TGV du Shinkansen se croisent près de Kumamoto, endroit où tout vœu est censé se réaliser, ni Ryunosuke ni Koichi ne souhaitent finalement voir leurs parents réunis. Au contraire, aussi réalistes qu’ils soient, ils privilégient des vœux plus immédiats et dont ils ont plus confiance dans la possibilité de leur réalisation. Ils savent que leurs parents ont essayé de se remettre ensemble, mais leur père a choisi une carrière de musicien sans désir de responsabilité, ce qui, ils se rendent compte, ne pourra jamais satisfaire leur mère qui a besoin de nourrir ses enfants. Le film accompagne les deux enfants dans leur croissance, pour devenir des adultes. Il serait même possible de dire que les deux, de par le niveau de conscience et de responsabilité, sont devenus les nouveaux chefs de famille, s’assurant de la santé de leurs parents (cela est surtout le cas, pour Ryunosuke prenant soin de son père Kenji – joué par Joe Odagiri). Pour autant les deux parents ne sont pas dépeints négativement, attachant de l’importance pour leurs fils.

En bref, I Wish est un film plein de légéreté, avec un jeu d’acteurs brillant, plein d’émotions et de joie. Le réalisateur de Nobody Knows prouve à nouveau sa fine compréhension des enfants pour leur faire exprimer des émotions les plus naturelles possibles. La maturité des actions et dialogues est tout aussi impressionnante et pourtant réaliste – cet aspect est souvent sous-estimé lors qu’il s’agit de faire passer la compréhension qu’ont les enfants de ce qui se passe.