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Critique : Hitokiri Le Châtiment de Hideo Gosha

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En 1969, en collaboration avec Katsu Prod., société de Shintaro Katsu, célèbre interprète des meilleurs épisodes de la série Zatoichi, qu’un certain Takeshi Kitano réactualisera piètrement en 2003, Hideo Gosha réalise Hitokiri Le Châtiment, œuvre crépusculaire et glaciale, tirée d’une nouvelle de Ryotaro Shiba.

Quelques mois avant le choc Goyokin, L’Or du Shogun (1969) et armé d’un casting ‘coup de poing américain dans une mâchoire de lépreux’ (Shintaro Katsu, Tatsuya Nakadai, Yûjirô Ishihara, Yukio Mishima), Hideo Gosha plonge à pleines mains dans les arcanes d’un pouvoir tentaculaire, expression morbide d’un système politique se servant des classes sociales les plus basses à des fins criminelles.

Chien de guerre endetté et en quête de reconnaissance, le suintant Izo Okada interprété par Shintaro Katsu, habitué aux rôles de sans grades grossier et gras, faisant couler le sang comme personne, se jette la tête la première dans les manipulations de ses chefs. Incarnation du prolétaire aveugle, malgré un surdimensionnement de force, Okada constitue l’élément le plus fragile d’un sinistre édifice, contrôlé par de hautes instances faisant souffler terreur et chaos sur la province de Tosa.

Les premiers assauts agissent comme des révélations pour Okada et font basculer le spectateur dans un climat désespéré et apocalyptique, baroque et sanguin, fruit de multiples audaces de mise en scène. Les cadres segmentent l’action comme la peau cloisonne les boyaux, mettent en relief la profonde frustration du personnage d’Izo Okada, similaire à l’état mental des bandits fatigués de La Horde Sauvage (1969), à bout de souffle, aux prises d’un système dont ils sortiront crucifiés.

Sur le scénario tortueux de Shinobu Hashimoto, Hideo Gosha fait progresser les points de vue dans un jeu de chat et de souris, sans issue possible. Parfaite antinomie, le héros de la bouleversante trilogie de Masaki Kobayashi, La Condition de l’Homme (1959-1961), interprète de Kaji l’idéaliste, Tatsuya Nakadai incarne Hampei, chef ‘marionnettiste’ fomentant derrière des paravents d’abomination. Absorbé par d’étranges méditations, Hampei s’associe inextricablement aux forces de la désolation et de l’agonie.

Peintre du Grand Chaos Social, architecte halluciné du sang et de la violence, Hideo Gosha a adroitement illustré les mécanismes d’un système manipulateur et corrompu. Quarante ans après son élaboration, Hitokiri Le Châtiment reste un somptueux manifeste sur la quête du pouvoir et ses effets sur l’enlaidissement du genre humain.

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