Critique : Fires on the plain de Shinya Tsukamoto
4.5Note Finale
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L’histoire :

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’armée impériale japonaise aux Philippines est en déroute face à la résistance locale et aux troupes américaines. Les quelques soldats restants errent, luttant pour leur survie, dans un univers sans ami, sans ennemi, sans Dieu…

 

Fires on the plain marque le retour au cinéma de Shinya Tsukamoto, réalisateur de la trilogie Tetsuo. Le réalisateur est venu présenter son film au festival kinotayo 2015 après avoir été en compétition à la dernière Mostra de Venise.

Adaptation du roman de Shohei Ooka, qui avait déjà été porté à l’écran par Kon Ichikawa en 1959, cette nouvelle version de Fires on the plain porte bien le style de Tuskamoto, nous embarquant sans concession dans son voyage vers l’enfer.

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Tamura, un soldat japonais, souffrant des poumons, se perd entre son camp et l’hôpital de fortune, le faisant entrer alors dans un véritable cauchemar, entre la faim dévorante, les soldats fous qui se mangent entre eux, les cadavres qui jonchent les rivières, …

Fires on the plain version Tsukamoto nous plonge dans l’univers de la guerre dans tout ce qu’elle a de plus sale, ici aucune sublimation de soldats, aucun affrontement, aucune bataille héroïque, on arrive après, on assiste au résultat, c’est à dire la dévastation et la mort.

Le spectateur se retrouve plonger dans la tête de Tamura, l’accompagnant dans sa déchéance psychologique, alternant scène de psychose générale (le bataillon abattu) et scène de folie personnelle (celle de l’église).

Ce glissement de terrain psychologique déstabilisera le spectateur qui ne saura plus tout à fait si il est témoin du drame ou si il participe. Shinya Tsukamoto parvient avec une économie de moyen (caméra numérique, lumière naturelle, nombre limité d’acteurs,…) à nous faire assister à cette fin de guerre aux philippines et la rendre quasiment palpable, tant c’est réaliste sur certains aspects.

Choc psychologique avant tout, Tsukamoto décide de marquer les esprits à travers un choc visuel également, aucune concession donc dans le traitement esthétique d’un réalisme documentaire, et dans ce qui sera montré. Un visage qui éclate, des membres déchiquetés, des cadavres en décomposition, rien n’est épargné au spectateur. On ne sortira pas du film totalement indemne, car si nombre de films se sont penchés sur la guerre et ses atrocités, Fires on the plain marque au fer rouge.

 

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En conclusion, Fires on the plain de Shinya Tsukamoto est une œuvre entière, sans concession, qui pourra choquer par son aspect esthétique, mais qui pose de réelles questions sur la représentation de la guerre. La représentation des massacres et de la mort restant « tabou » dans nos sociétés occidentales, et le traitement de l’information étant orienté selon les enjeux politiques ou financiers, le film de Tsukamoto a le mérite de nous rappeler ce qu’est une guerre, à savoir, l’exercice de la folie des hommes, dans une horreur absolue. Un nouveau film coup de poing de l’auteur de Tetsuo à découvrir absolument.

 

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