Critique : The Shameless de Oh Seung-Uk
3.5Note Finale
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Présenté dans la section « Un Certain Regard » au Festival de Cannes 2015, The Shameless est le deuxième film de Oh Seung-Uk, scénariste vétéran de l’industrie coréenne et aussi réalisateur il y a 15 ans de Kilimanjaro, un thriller passé relativement inaperçu.

S’il est un film de scénariste expérimenté, il est étonnant de voir à quel point The Shameless arrive à exceller tour à tour à peu près partout, sauf dans ce domaine. Cette histoire de flic qui tombe amoureux de la fille qu’il suit pour retrouver un meurtrier sent méchamment le réchauffé; pire encore, l’histoire s’égare souvent dans un manque de crédibilité assez gênant qui pourra même faire pouffer (comme la salle l’a fait à plusieurs reprises).

Et pourtant sur cette base très convenue, le film arrive de ci de là, par des fulgurances, à nous faire ressentir de l’émotion.

Fulgurances de mise en scène, d’abord, car le film arrive parfois à parfaitement capter les émotions des personnages et à magnifier ses scènes par de vraies idées et de vraies intentions de réalisation.

Fulgurances aussi et bien sûr dans le jeu des acteurs, car si Kim Nam-Gil (acteur de drama avant tout et aperçu dans le blockbuster local The Pirates » en 2014) s’avère tout juste suffisamment convaincant, Jeon Do-Yeon est encore une fois exceptionnelle. Auréolée du prix d’interprétation à Cannes en 2007 avec Secret Sunshine, l’actrice a depuis maintenu une constance dans l’exception à travers ses différents rôles et ce malgré des films pas toujours réussis (le raté The Housemaid, ou le moyen Countdown pour ne citer qu’eux). Quoi qu’il en soit elle incarne ici parfaitement la tentation – qui reste le sujet principal du film – et le couple fonctionne suffisamment pour qu’on y croit.

Le plus étrange avec The Shameless, c’est qu’on a l’impression d’avoir affaire à un film commercial déguisé en film d’auteur. Scénario de mélo-thriller de base à la coréenne, le film n’hésite pas à faire durer ses plans et ses scènes, à poser son rythme et à nous faire profiter de sa photo, souvent superbe. Pas étonnant d’ailleurs, qu’il soit financé par le fond CGV Arthouse, mise en place par le plus gros distributeur coréen pour encourager la production de nouveaux films d’auteurs bien budgétés, le même fond qui avait financé Coin Locker Girl sorti il y a quelques semaines, qui souffre un peu, si ce n’est tout à fait, du même syndrome.

Si le film n’échappe pas à des problèmes de rythme et d’un cruel manque de corps à l’intrigue due au manque de rebondissements dans sa partie centrale, et si les fulgurances évoquées ne restent au final que des fulgurances, le tout arrive cependant à convaincre, hissé par le haut par le jeu de Jeon Do-Yeon et une mise en scène qui prend son temps.

Votre appréciation de ce The Shameless dépendra donc principalement de la distance avec laquelle vous décidez de le regarder. Un dimanche soir, de loin et avec des chips, ne vous attendez pas à être captivé.. Mais si vous décidez de donner une chance au film et à regarder dans le détail, vous pourrez bien vous laisser emporter, tenté, comme le héros, par l’envoûtante Jeon Do-Yeon.

Une réponse

  1. Sergent cinéma

    Votre conclusion est valable pour beaucoup de films.
    Si l’on considère le cinéma comme un objet de consommation, bien des œuvres nous échapperons, et seul les films standardisés nous capterons un minimum.
    Si l’on considère le cinéma comme une curiosité à laquelle on accorde toute notre attention, alors certaines créations se révéleront à nous.

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