Critique : La marque du tueur de Seijun Suzuki
5.0Note Finale
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L’histoire : Goro Hanada, interprété par l’acteur fétiche de Suzuki, Joe Shishido, est le tueur numéro 3 dans la hiérarchie des malfaiteurs japonais. Misako Nakajo, interprétée par Anne Mari, lui propose un « contrat », qu’il rate à cause d’un papillon qui se pose sur son arme. Dès lors, il deviendra la cible du mystérieux et secret numéro 1. Il décide de quitter l’organisation des malfaiteurs professionnels et de trouver le numéro 1.

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La marque du tueur de Seijun Suzuki est sorti pour la première fois en combo Bluray/Dvd dans la collection Cinéma Master class édité par Elephant films.

La marque du tueur, dernière collaboration entre Seijun Suzuki et Joe Shishido après Detective bureau 2-3 et La jeunesse de la bête (également sortis dans la même collection), sera le film le plus culte du duo et pour causes…

Plusieurs raisons à cela, d’abord évoquons l’aura autour de ce film, Suzuki fut licensié du studio Nikkatsu suite à la réalisation de La marque du tueur, et fut éloigné des plateaux de cinéma pendant une dizaine d’années. Ca c’est pour la légende, mais La marque du tueur vaut son statut de film culte surtout pour ses réussites multiples : mise en scène très inspirée, sublime photographie en noir et blanc, montage azimuté, et toutes les audaces scénaristiques et visuelles.

Le film surprendra d’abord par sa narration déstructurée, La marque du tueur débute comme un film noir, le personnage de Hanada, le tueur numéro 3 (Joe Shishido), se voit proposer un contrat qui l’amènera dans un guet apens pour sa première rencontre avec le tueur numéro 1…

« Ne bois pas, ne touche pas aux femmes, ce sont les choses qui perdent un tueur… » cette citation de début de film résume très bien ce qui va se passer. En effet, une femme va le perdre, numéro 3 rencontre Misako, la femme fatale par excellence, qui lui propose un contrat, celui-ci l’emmenant dans une spirale chaotique.

 

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A partir de cette rencontre, le film prend une tournure étonnante entre symbolisme, nouvelle vague japonaise, ré-interprétation des codes du film noir, avec des expérimentations à chaque séquence, voire à chaque plan.

Pour exemple, Misako, est caractérisée par deux éléments, elle est constamment filmée avec de l’eau : la pluie, la douche, une fontaine, et elle finira en prise avec les flammes… Mais aussi les papillons, qu’elle collectionne par centaines sur les murs de chez elle, ou bien qu’elle est capable de maîtriser… Un papillon empêchera numéro 3 d’accomplir son contrat en se posant sur la lunette de son fusil, Misako est-elle une mauvaise fée ?

 

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Le symbolisme des décors fait pencher le film dans une dimension onirique et complétement irréelle, alors que le propos semble basique, une sorte de western urbain, un duel opposant le tueur numéro 1 au tueur numéro 3. Ceux ci finiront leur affrontement dans un autre endroit symbolique mais ici devenant ironique : un ring de boxe.

Ce qui étonne également dans le film de Suzuki, ce sont les fétichismes, et l’exacerbation sexuelle des différents protagonistes. Numéro 3 fait l’amour avec sa femme de façon violente tout en souhaitant absolument sentir du riz chaud après l’acte, pour recommencer une nouvelle fois… Misako, la femme fatale, lors d’une scène de sexe avec numéro 3, fera venir un papillon (encore en vie celui-ci) pour se poser sur son sexe…

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Audace à tous les niveaux, à chaque plan pour ainsi dire, comme ce plan à travers la serrure pour observer Misako mettre ses bas, ou l’apparition à l’image de pochoirs blancs de papillons pour montrer la folie qui s’empare de numéro 3, ou bien encore les plans en négatifs de la ville pour souligner qu’il est scruté par numéro 1 sans aucune chance de lui échapper. « On n’a pas d’argent, donc on doit avoir des idées » disait Suzuki dans une interview donnée à HK. Et des idées, on peut dire que Suzuki en déborde à chaque plan.

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Concernant la mise en scène, c’est tout aussi inventif, comme la scène en plan séquence où numéro 3 va accomplir un contrat dans un bureau en haut d’un building, Suzuki nous place en vue subjective, numéro 3 entre et tire sur différents personnages dans la pièce, pour finalement s’extirper de la vue subjective, apparaître à l’écran et sauter par la fenêtre sur un ballon. D’autres plans font étrangement penser au travail d’Antonioni, de lents travellings, ou bien les personnages posés à différentes profondeurs de champs dans un grand décor fixe et communiquant malgré tout. Maestria de bout en bout, plus le film avance plus on se demande comment il a pu avoir autant d’imagination dans les moindres détails.

Bien évidemment les prestations des acteurs y sont aussi pour beaucoup, de Joe Shishido, oscillant entre prestance, classe et ultra violence, mais aussi Anne Mari, la femme fatale au visage si étrange, qui apporte aussi une dimension surréaliste au film.

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Concernant la version Bluray, c’est un vrai bonheur de découvrir le film en Full Hd restauré par Criterion, avec son ratio 2.35 respecté, le noir et blanc est parfaitement rendu dans ses contrastes et ses nuances. En bonus, nous avons une présentation du film par Charles Tesson ainsi que les bandes annonces.

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La marque du tueur est avant tout « la marque de Suzuki », un réalisateur longtemps mésestimé, banni des studios pendant une décennie, qui lui se voyait comme un simple artisan de série B, mais qui en réalité était capable de transformer le plomb en or. La marque du tueur restera comme son film le plus fou, possédant différents niveaux de lecture, et s’appréciant plus à chaque vision, laissant transparaitre son audace folle mais aussi sa poésie. Ne vous attendez pas à un film de yakuzas classique, le film de Suzuki est en quelque sorte le père spirituel des Anges déchus de Wong Kar Wai mais aussi de bien d’autres films, tant Suzuki a finalement laissé une empreinte forte dans le cinéma japonais puis mondial. A voir et à revoir grâce à cette merveilleuse édition !

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