Critique : La jeunesse de la bête de Seijun Suzuki
4.5Note Finale
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L’histoire : Le détective Tajima (Joe Shishido) joue un jeu dangereux : afin de venger la mort d’un de ses amis, il accumule les délits. Conformément à ses plans, les Yakuza le recrutent rapidement et il intègre le gang qu’il veut détruire en semant la discorde de l’intérieur. Mais alors que le massacre commence, il réalise avec stupeur que la personne à la tête du clan ne répond pas aux critères mafieux habituels.

Le classique La jeunesse de la bête de Seijun Suzuki est édité pour la première fois en combo Bluray/Dvd dans la collection Cinéma Master class.
La jeunesse de la bête fait suite à Detective bureau 2-3 (également sorti dans la même collection), on retrouve le même personnage Tajima (interprété par Joe Shishido) réitérant un plan d’infiltration dans un gang de Yakuza. Les deux films ont donc pas mal de points communs, mais La jeunesse de la bête va plus loin à beaucoup de niveaux, de la noirceur des personnages aux expérimentations de Suzuki.

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La première scène donne le ton du savoir faire créatif de Suzuki, réalisée en noir et blanc, montrant des policiers enquêtant sur le lieu d’un double suicide, une fleur en couleur apparaît dans le dernier plan, puis le film passe alors entièrement en couleur. Le réalisateur japonais développe des idées, des plans, qui interpellent quasiment à chaque séquence, créant ainsi un film d’une grande inventivité. Suzuki s’amuse sur tous les tableaux, d’abord sonore avec la scène de la boîte de nuit et le ‘son éteint’, mais aussi avec les habiles mises en abîme du cinéma : les fameuses scènes chez un chef de gang dont le bureau donne sur l’intérieur d’une salle de cinéma, le films projetés interagissant avec l’action du bureau. La photographie se permet toutes les audaces également, avec des scènes plongées dans des tonalités fortes de couleurs, Tout est réfléchi dans la mise en scène de Seijun Suzuki offrant au spectateur plus qu’un énième film de yakuza mais bien une expérience cinématographique à part entière annonçant La marque du tueur (1967), le film culte de Suzuki qui le fera licencier de la Nikkatsu.

Seul bémol, le scénario reste un peu complexe, très rythmé, on a presque du mal à suivre tous les tenants et les aboutissants, une intrigue de films de yakuza avec les affrontements entre clans, mais aussi avec un point de vue sur le genre et une certaine dérision de la part de Suzuki, on peut entendre des dialogues assez savoureux du style : « vous les caïds, vous avez tous le même scénariste »… La fin  se révèle surprenante et noire à souhait.

Enfin Joe Shishido, incarne à merveille ce détective, ex flic, mi voyou, prêt à affronter n’importe quel danger pour arriver à ses fins, à la fois viril, violent, et charismatique, il tient son rôle parfaitement. Lorsque l’on découvre Joe Shishido pour la 1ère fois, on se dit qu’il a un visage étrange, avec ses joues boursoufflées, encore plus quand on apprend qu’il a usé de la chirurgie esthétique pour obtenir ce résultat et avoir un visage avec plus de caractère. En effet, cela fonctionne, Joe Shishido possède un visage qui marque, mais son jeu et sa prestance restent ses atouts majeurs.

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Concernant la version Bluray, l’image gagne vraiment en qualité comparée à l’ancienne édition Dvd, malgré tout de même la présence de poussières tout du long et un léger grain, la colorimétrie de ce pressage restitue bien le travail de la photo. En bonus, nous avons une présentation du film par Charles Tesson ainsi que les bandes annonces.

En conclusion, La jeunesse de la bête est absolument à découvrir, pour son esthétique, son audace, sa mise en scène inventive, pour Joe Shishido, et puis car il annonce la démesure inventive et poétique de La marque du tueur. Les 3 films (Detective bureau 2-3, La jeunesse de la bête, et La marque du tueur) viennent de sortir en combo Bluray/Dvd chez Cinéma Master class, donc ne vous privez pas, il s’agit là d’un cinéma de genre ultra inventif qui sort des sentiers battus et qui marqua des générations de cinéphiles et de metteurs en scène.

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