Critique : The world of Kanako de Tetsuya Nakashima
4.0Note Finale
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L’histoire : Quand la belle Kanako, lycéenne populaire et sans histoire disparaît, sa mère fait appel à son ex mari, flic alcoolique, pour qu’il retrouve leur fille. Mais celui-ci va découvrir que sous les apparences, l’univers de l’adolescente est plus trouble qu’il n’y paraît…

Film de clôture de ce 20e Étrange festival, The World of Kanako fût le dernier coup de poing de cette édition.
The World of Kanako réalisé par Tetsuya Nakashima, raconte l’enquête d’un flic, Akikazu Fujishima, alcoolique, violent, et « sans limite », qui part à la recherche de sa fille Kanako, disparue.

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Le policier interprété par Koji Yakusho (brutal comme rarement) semble ne rien savoir de sa fille, son enquête auprès de ses camarades de classe, lui dresse petit à petit un portrait de Kanako dont il n’avait pas idée. Connaissait-il tout simplement sa fille ? Divorcé de sa femme à cause de son alcoolisme, Fujishima a quitté le domicile conjugal et ne voyait plus sa famille. Alors son enquête construite un peu à la façon d’un Citizen Kane (version trash), lui fait découvrir des facettes de sa fille, mais aussi des parties de lui-même à travers des flash-back.

L’introduction fait débuter le film sur les chapeaux de roues, en alternant différentes situations, dont des meurtres, le tout enveloppé dans une ambiance chaleureuse et lumineuse de Noël, avec la neige tombant à chaque plan. Les plans sont très courts, les scènes sont montrées en parallèle, c’est au spectateur de faire la connexion et de rétablir les liens. Puis le générique rend hommage aux films policiers, des années 60, avec un graphisme pop acidulé.

Alors on pense que le film va prendre un rythme normal, mais il n’en est rien, la cadence soutenue de l’introduction sera le rythme de quasiment tout le film.

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Le réalisateur Tetsuya Nakashima donne une leçon de mise en scène, car il ne s’agit pas ici de seulement monter des plans ultra courts comme cache misère d’un vide de mise en scène ou de contenu…c’est l’inverse, chaque plan est travaillé et esthétique, les cadres et les focales sont bien choisis avec précision, la photographie aux tonalités froides installe magnifiquement l’ambiance ‘film noir’.

Tetsuya Nakashima se permet même d’introduire des plans d’animation, amenant ainsi du poétique dans des scènes ultra-violentes. L’ultra-violence étant la sève de ce film : viol, pédophilie, prostitution, drogues,…tout y passe pour nous montrer un monde désillusionné, un monde d’une noirceur sans fin, et malgré tout le réalisateur réussit le tour de force d’y amener par moments de la poésie. Outre les références à Alice au pays des merveilles, c’est par la grâce de sa mise en scène que le réalisateur arrive à créer des moments « beaux » dans son film.

The world of Kanako possède un rythme effréné sans pour autant avoir beaucoup de scènes d’action, en revanche, ces scènes là seront marquantes.

Enfin le casting se révèle très crédible, ce qui manque de temps en temps aux films japonais dans lesquels on a parfois l’impression d’être dans des ‘dramas’, ici ce n’est absolument pas le cas, Koji Yakusho en flic hystérique, brutal, et poisseux nous rappelle à quel point il est un grand acteur. Mais aussi la jeune révélation Nana Komatsu (Kanako) qui possède un charme immédiat et qui sait en jouer démontre une grande maturité de comédienne, on pourra par ailleurs la voir en 2015 dans le film Bakuman.
En conclusion, The world of Kanako donne un coup de fouet et renouvelle le thriller japonais (avec les productions de Sono Sion), à l’égal de ce que produit le cinéma coréen depuis une quinzaine d’années. En espérant qu’il ne s’agisse pas d’un coup d’essai mais que d’autres films du genre apparaîtront. Dans tous les cas, Tetsuya Nakashima doit être un réalisateur à suivre pour son audace et son talent.

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