Comme nous vous l’annoncions, suite au festival du film coréen de Londres, le film catastrophe The Flu va être projeté dans les salles britanniques à partir du 22 novembre. À l’occasion de cette sortie et suite a une projection spéciale lors du festival, nous retranscrivons en exclusif (en France) la Masterclass avec le réalisateur du film, Kim Sung-su.

Comme à l’habitude ici, le journaliste et critique de cinéma asiatique, Tony Rayns a coordonné la session.

 

Tony Rayns : Apres avoir vu le film, la première question qui nous vient a l’esprit est « avez-vous vous-même vécu des épidémies virales ? »

Kim Sung-su : C’est effectivement le cas. En 2006, lors de l’épidémie de grippe aviaire, j’étais en tournage en Chine. J’ai moi-même assisté à une situation d’évacuation certaines personnes montrant des signes d’infection. En 2009, j’ai également été témoin d’une autre crise sanitaire en Corée du Sud.

TR : Note a part, lors de l’épidémie de SARS, la Corée du Sud était le seul pays d’Asie à n’avoir aucun cas d’infection… certains spécialistes ont parlé du kimchi comme l’antidote qui a protège les coréens. Est-ce que cela vous a peut être inspiré à faire ce film ?

KSS : Tout a fait !

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Masterclass de Kim Sung-su

TR : Est-ce que vous attribuez une portée politique à votre film?

KSS: En fait, à l’ origine j’étais en préparation de plusieurs films d’action. Apres plus de dix ans dans l’industrie, il m’est devenu relativement facile de trouver des financements pour mes projets. Ayant grandi en Corée et assiste à ce genre d’épidémie, je pense qu’il m’était naturel de la porter à l’écran.

 

TR : Pourtant, vous n’avez pas réalisé tous vos films en Corée. Vous êtes allé tourner en Chine pour The Warrior (2001). Vous aimez l’aventure, n’est-ce pas ?

KSS : (rires) Oui, je suis ce genre de personne : un courageux un peu naïf. Quand j’ai débuté dans l’industrie, dans la fin des années 1980, les coréens ne regardaient pas leurs films nationaux. Durant mes études, nous étions surtout  abreuvés de films américains et européens. Nous devions recruter les jeunes pour qu’ils viennent regarder nos films, et afin de nous différencier, tentions de créer des histoires différentes. En dehors des suites de films, le cinéma coréen, et mes films plus particulièrement,  est donc depuis marqué par la différence et la nouveauté.

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Musa ou The Warrior (2001) de Kim Sung-su

TR : Vers la fin du film, il y a une scène de révolte avec des flammes émanant d’un gigantesque feu de joie pour bruler les corps contaminés, au cœur d’un stade de football. D’où vous est venue l’idée d’un tel lieu ? Comment êtes-vous arrivé à des effets visuels aussi impressionnants ?

KSS : Pour la révolte, j’ai fait le choix de tourner avec des extras plutôt que d’utiliser des effets spéciaux. L’idée du stade est partie du fait qu’il nous fallait un lieu ou les corps puissent être brulés à l’ abri des regards, pour éviter d’avantage de chaos et confusion. C’est en fait le chef opérateur qui y a pense. D’ailleurs le football est très populaire en Corée du Sud, souvent source de joie et d’excitation. Dans ce cas, c’est le désespoir qu’ils ressentent lorsqu’ils se rendent compte de la tragédie.

 

La parole a ensuite été donnée au public :

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Public de la masterclass

Public : Les dialogues sont très clairs et audibles une fois portes à l’écran, malgré le port des masques. Les films américains font souvent, dans ce genre de situation, appel à un réenregistrement en post-production. Et vous, comment avez-vous procédé ? Avez-vous fait appel à l’aide d’un ingénieur du son ?

KSS : En effet, j’ai travaillé avec des ingénieurs du son. A l’origine, nous avions un grand nombre de scènes de dialogue avec les masques. Comme nous n’arrivions pas à saisir les dialogues en prise naturelle, nous avons rajouté des scènes parlées sans les masques, et nous avons fait appel à une société de doublage pour l’enregistrement des dialogues avec masques.

 

Public : Le président coréen est présenté comme quelqu’un de faible, notamment face au premier ministre qui utilise les chiffres en sa faveur (cf. le sondage disant que 97% des coréens approuvent la quarantaine de Bundang). Pourquoi ne l’avez-vous pas dépeint plus affirmé ?

KSS : Même un président tel qu’il est présenté dans le film est tout à fait brillant. Dans les films américains effectivement les présidents sont souvent présentés plus puissants avec un plus grand contrôle. Les ministres ne s’opposent pas à leurs décisions, tant qu’ils considèrent l’intérêt du peuple avant tout. Dans le cadre d’une telle catastrophe, l’expérience humaine tend à entrer en conflit avec une administration logique et puissante. J’ai voulu dépeindre ce conflit. Si cela ne vous a pas convaincu, je promets de faire mieux la prochaine fois (rires).

 

Public : J’ai été impressionné par la performance de l’enfant actrice Park Min-ha. Comment s’est déroulé le casting ? Etait-ce difficile ? Comment avez-vous procédé pour travailler avec elle ?

KSS : Nous avons procédé au casting de 300 petites filles entre 5 et 8 ans, avec une apparence des plus normales, différente de celle de ces enfants jouant aux stars, mais au contraire ressemblant à la majorité des enfants de son âge.

Tony Rayns : Lui avez-vous apporte une quelconque protection ? Un traitement particulier ?

KSS : En Corée du Sud, il n’y a pas de réglementation qui protège plus particulièrement les enfants acteurs. Pour nous, ils sont des acteurs à part entière, et nous les traitons tels quels… nous pouvons aussi beaucoup (plus) les exploiter (rires). Bien sur, nous faisions notre possible pour qu’elle se sente bien sur le tournage. Nous demandions à sa maman de l’aider, lui dire d’être courageuse et de s’efforcer de mieux faire pour la scène en cours. Cette petite fille est déjà tres populaire : elle a déjà tourne dans des films et publicités. A la fin du film, il lui fallait beaucoup pleurer. Alors, sa maman est allée lui expliquer et lui rappeler des souvenirs tristes pour la mettre dans l’humeur. Elle s’est mise à pleurer et sa maman est revenue vers moi et a dis : « c’est bon, elle est prête, Monsieur le réalisateur »… (Rires)

 

Poster mettant en scene l'enfant actrice Park Min-ha Masterclass avec le réalisateur de The Flu, Kim Sung-suFluPoster 1the flu

Poster mettant en scene l’enfant actrice Park Min-ha

Public : Quels sont vos futurs projets ? Vous avez travaillé sur des genres tres différents, à quoi pouvons-nous nous attendre ?

KSS : Apres The Flu, j’en ai fini avec les films catastrophes. Je retourne aux films d’actions. D’ailleurs, lorsque nous filmions la scène de combat dans le stade en feu, mon équipe m’a dit que c’était le seul jour où je semblais vraiment heureux (rires). J’ai deux projets en développement, voyons ce qu’il en advient.

 

Public : J’espère que vous continuerez à faire des films catastrophes, je trouve que The Flu est très réussi ! Il y a un excellent équilibre entre émotions et action. Votre expérience dans les films d’action vous a-t-elle aidée ?

KSS : Vous êtes la première personne à m’encourager à faire d’autres films catastrophes, merci ! (rires) J’ai essayé de faire un film sans extrêmes, peut-être parfois rempli de conventions et clichés. J’en suis d’ailleurs un peu honteux : je ne souhaite pas le revoir avoir longtemps (rires). En fait, je travaillais comme assistant du réalisateur Park Kwang-su – qui est d’ailleurs un bon ami de Tony (Rayns) ! Il m’a appris à ne pas imposer les émotions au public, que celui-ci pouvait les trouver par lui-même sans besoin d’accentuer trop. Je me dois de continuer à travailler à cela.

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Fan offert le DVD de The Flu par Kim Sung-su

Suite a cette Masterclass, Kim Sung-su a offert le DVD dédicacé de son film au membre du public qui s’était fait remarquer en disant qu’il avait vu et adoré The Warrior. La soirée s’est ensuite poursuivie avec quelques verres au centre culturel coréen de Londres, en compagnie de Kim Sung-su et de son producteur  et ami, Kim Seong-jin.

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Dédicaces au centre culturel coréen de Londres

 

Remerciements au centre culturel coreen du Royaume-Uni pour l’organisation du festival et l’invitation du réalisateur.

 

Crédits Photos: Nokia SmartCam, Lumia 925

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