Vivian Qu est une nouvelle réalisatrice venue de Chine. Après avoir fait ses marques en tant que productrice de longs-métrages régulièrement nominés en festivals internationaux (Night Train en 2007, Knitting en 2008 et Longing for the Rain en 2013), elle a décidé de se lancer en tant que réalisatrice avec Trap Street. Ce pari fut le bon, puisque avant d’arriver sur les écrans du festival du film de Londres, elle a fait le tour du monde avec des nominations à Varsovie, Venise et Toronto, et une mention spéciale au festival de Vancouver (Dragons and Tigers Award).

Trap Street raconte l’histoire – tirée de faits réels – d’un jeune apprenti au sein d’une société en charge de tracer des cartes numériques de la ville et d’actualiser en fonction de nouvelles informations. Afin de se faire un peu plus d’argent, il installe des caméras dans des lieux publics, mais n’informe pas son père de ce petit boulot. Ce dernier est éditeur en chef d’un magazine d’état bien vu auprès du parti. Un jour en mission, il fait la rencontre et suit une belle jeune femme qui disparaît dans une allée étroite. Il réalise que les données de la rue ne sont pas enregistrées dans le système de cartographie – comme si la rue n’avait jamais existe. A la recherche de cette jeune fille et de cette rue, il va tomber sur des informations confidentielles du gouvernement qu’il n’aurait jamais dû découvrir. De la il va vivre un terrible calvaire.

 

Après la projection du film au Rich Mix Cinema de Shoreditch, quartier branche de Londres, dans le cadre du festival du film de Londres, la jeune réalisatrice est intervenue devant un public réduit mais conquis – avec la modération du célèbre Tony Rayns. Le fait que ce soit un samedi soir ne rendait peut-être pas les choses faciles.

 

Tony Rayns: Pouvez-vous nous donner la définition de ce qu’est une “Trap Street”?

Vivian Qu: Oui. En fait, il s’agit d’une rue fictive, qui n’existe sur aucune carte. En réalité oui, mais personne n’est censé révéler leur existence.

 

TR: Tomber sur une telle rue et les événements qui s’ensuivent est-il courant en Chine?

VQ: Oui, en effet, il n’y a pas moins de trois personnes dans mon équipe de tournage qui a vécu une expérience similaire.

 

Public: Votre film n’a presque aucune musique si ce n’est celle du générique de fin – qui est de Zuoxiao Zhuzhou, le plus respecte des musiciens de la scène underground chinoise. Pourquoi un tel choix?

VQ: En effet, la seule musique que j’utilise c’est la musique naturelle, dans le but de raconter l’histoire de façon réaliste. La musique du bar, dans la voiture, etc. sont des musiques qui sont celles de l’environnement de mes personnages. Pour la musique finale, j’ai demandé en effet a Zhuxiao, qui était très heureux de contribuer.

 

Public: Le film a-il été montre en Chine? Le gouvernement le soutiendra-il s’il sortira?

VQ: Non le film n’est pas encore sorti là-bas. En fait, je ne leur ai envoye qu’un synopsis. Le bureau du film doit encore voir le film lui-meme. Il est difficile de savoir quelle sera leur réponse.

 

Public: Faire un film en Chine peut s’avérer difficile. Avez-vous considérer de vous expatrier pour pouvoir trouver des financements à l’étranger?

VQ: C’est en effet difficile, car les sociétés de production majeures s’orientent essentiellement vers les blockbusters, et la seule façon de faire du cinéma indépendant est de se tourner vers les financeurs prives. En fait, en tant que réalisatrice chinoise, il est difficile de trouver des financements étrangers avec plusieurs fonds ayant fermé, notamment le Fond Sud du CNC.

 

Public: J’ai été très impressionne par la performance de l’acteur, Lu Yulai. L’aviez-vous en tête lorsque vous écriviez le scénario?

VQ: En fait, pas du tout, c’est seulement quand j’ai écris la deuxième partie que j’ai commencé a pense qui pourrait convenir. Je le connaissais d’un autre projet sur lequel nous avions travaille ensemble. Il est très intelligent, a étudie l’écriture de scénario, donc la deuxième partie du film lui est apparue tout à fait en phase avec lui. Il a fallu faire un peu de travail pour la première partie. Il a 31 ans, mais paraît bien plus jeune, et c’est comme ça que nous sommes arrives au résultat voulu.

Il faut bien comprendre que ce qui arrive a son personnage est horrible. Et pourtant il faut arriver à reprendre une vie normale. Pour la société, il est quelqu’un sans importance, et même s’il n’est pas rejete, c’est difficile de reprendre un cours de vie normal.

 

Public: Est-ce que les personnes qui ont vécu ce genre d’expérience sont ouvertes au dialogue?

VQ: En fait, il est difficile de leur tirer des mots de la bouche. Ils n’aiment pas en parler, car c’est mal vu par la société. Seule la richesse et le succès sont acceptes par la société, et les problèmes ne doivent pas resurgir sous peine d’être catégorise et rejete. Par exemple, mon collègue sur le tournage avait été détenu 10 jours par le gouvernement, sans raison. Il ne veut pas en parler et dit qu’il se sent très bien maintenant.

 

Public: Pourquoi avez-vous introduit une histoire d’amour dans votre film? Y a t-il un sens particulier?

VQ: Nous avons besoin de quelque chose d’innocent et beau. Rechercher l’amour et le trouver dans cette jeune femme est merveilleux.

 

Public: Vous êtes la première à exposer un tel problème hors de Chine. Vous courrez le risque d’être exclue par le gouvernement. N’etes vous pas inquiète pour vous-même?

VQ: J’ai passe cinq ans à travailler sur ce projet. Il me tenait à coeur de révéler cette réalité. C’était comme un devoir de l’exposer au monde. Et puis la vie continue… La technologie est aussi part de cette manipulation, et c’est normal d’en parler.

Tony Rayns: Ca me rappelle d’ailleurs un cas récent d’un citoyen britannique détenu pendant 12 heures pour transporter des informations classées confidentielles.

 

Public: Quel sera votre prochain film?

VQ: Mon prochain film parlera des gens qui vivent en Chine, de comment nous vivons notre vie d’un point de vue émotionnel.

 

Public: Pourquoi avoir choisi de conter l’histoire du point de vue du jeune garçon?

VQ: Etant en charge de récolter les informations, il est un exploreur à la recherché des secrets de la société. Ce n’est pas un thriller mais une histoire qui se veut réaliste. Tout comme lui, nous ne voyons pas le danger qui l’attend.

 

Public: Allez-vous continuer à faire du cinéma indépendant en dehors du système? Quels sont vos plans futurs?

VQ: Avec la pression de la censure et l’appel a des productions plus commerciales, de nombreux réalisateurs indépendants sautent le pas vers des productions plus commerciales. même si le gouvernement chinois n’aime pas mon premier film, peut-être vont-ils m’appeler sur des productions commerciales – qu’eux ils aimeraient. Mais j’espère pouvoir continuer à faire le genre de films que j’aime.

 

Credits Photos: Nokia SmartCam, Lumia 925

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

X