Plusieurs fois, le père du cinéma d’animation japonais, Hayao Miyazaki, avait souhaité mettre fin à sa carrière.  Mais, cette fois-ci il semblerait que sa décision soit officielle. Mais à force de le répéter (il l’a déjà dit 5 fois par le passé), va-t-on le croire ?

C’est tout du moins ce qu’il a laissé entendre dans la vague de critiques qui a suivie la sortie controversée de son dernier film, Kaze Tachinu (The Wind Rises), au Japon le 20 juillet. En effet, dans le contexte d’un possible amendement de l’article 9 de la constitution japonaise, visant à doter le pays du soleil levant d’une armée de rang mondial, la position pacifiste du dessinateur, exprimée clairement dans le film, a réveillé la colère des conservateurs.

Kaze Tachinu décrit en effet l’histoire d’un personnage symbolique de l’histoire japonaise: Jiro Horikoshi. Passionné de design et d’aviation, mais ayant une myopie l’empêchant de devenir pilote, cet homme est devenu le concepteur du Mitsubishi Zéro, l’avion de chasse qui avait mené des missions kamikazes et l’attaque de Pearl Harbor pendant la Seconde Guerre Mondiale. En suivant ce personnage, Miyazaki en profite également pour illustrer les malheurs ayant affectés son pays: tremblement de terre du Kanto en 1923, grande dépression, épidémie de tuberculose et entrée en guerre. Le film s’inspire également des récits de Tatsuo Hori, contemporain de cette période, dans son roman du même nom, Kaze Tachinu.

Après cinq ans d’absence, le réalisateur/dessinateur rompt ainsi avec les animations de fantaisie pour un biopic, dans lequel il se retrouve d’ailleurs, son père ayant fabriqué des gouvernails pour l’armée de l’air japonaise pendant la guerre puis ayant géré un bar pour les soldats américains pendant l’occupation.

Malgré les controverses, et le changement en termes de genre, Hayao Miyazaki a rencontré le succès au box office japonais, puisque Kaze Tachinu s’est établi comme meilleur début de l’année avec 960 millions de yen (soit 9 millions de dollars) en deux jours, et s’est maintenu au top du classement pendant quatre semaines, pour un revenu total de 7.2 milliards de yens (soit 74,1 millions de dollars).

Le film était présenté au festival du film de Venise, où il a reçu une ovation, et sera présenté également au festival du film de Toronto. Une sortie est prévue en France en 2014, et Disney a annoncé en début de semaine qu’ils sortiraient aussi le film aux Etats-Unis. Weinstein n’avait aucune chance de l’emporter, Miyazaki s’étant déjà opposé fortement à tout découpage du film Princesse Mononoké par le passé.

Le timing de la sortie du film et l’annonce de sa retraite semble coïncider, lui permettant de se retirer sans souffrir d’éventuelles pressions futures du gouvernement japonais. Avec Kaze Tachinu, Miyazaki démontre qu’il peut faire un cinéma d’animation d’aussi bonne qualité tout en exprimant un engagement dans des faits proches de la réalité de son pays.

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