Critique : Guilty of Romance de Sion Sono
3.5Note Finale
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Après l’annonce de la rupture de contrat de Sion Sono avec son agence, Dongyu Club, fin décembre 2012, en raison d’une « extrême fatigue mentale », et ce malgré sa productivité et son succès en festivals ces trois dernières années, on ne peut que s’intéresser au film qui avait été présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, et qui est considéré comme un aboutissement de sa carrière, Guilty of Romance (恋の罪).

Le film s’ouvre comme une enquête criminelle avec la police qui tombe sur des morceaux d’un cadavre, cousus à des mannequins de manière grotesque, dans un appartement abandonné de Maruyama dans le quartier de Shibuya. Rapidement, l’histoire nous ramène sur la vie domestique d’Izumi (ancienne actrice de films érotiques, Megumi Kagurazaka, aussi présente dans son ancien film, Cold Fish), femme soumise de l’écrivain célèbre aux pulsions sexuelles apparemment inexistantes et pourtant auteur de romans érotiques, Kikuchi (Kanji Tsuda).

Ses efforts exagérés pour être la femme parfaite (préparation du thé, des chaussons, et présence à son arrivée et départ du domicile, de manière obsessive) semble contraster avec son écoute attentive des lectures publiques des romans de son mari et de son excitation à la moindre chance d’un contact charnel avec lui (baiser de départ le matin tant espéré, expression de son excitation lors d’une occasion de toucher son pénis). L’aspect contraint de son comportement « bien rangé » en devient presque dérangeant… et sa soumission extrême semble ramener aux clichés d’une société japonaise extrêmement patriarcale (quoi de plus humiliant pour la femme que de dépendre des bons vouloirs de son mari pour obtenir le moindre contact physique tant désiré).

Cherchant à fuir cette oppressante et frustrante vie à domicile, elle prend la décision de travailler dans un magasin… décision qui va lui faire rencontrer une agente en recherche de mannequin pour des photos érotiques. Sous le regard du caméraman, elle va alors laisser aller ses pulsions et l’expression de son désir sexuel désormais libéré va la mener dans les ruelles de Dogenzaka à la recherche d’hommes en besoins – libération des sens qui ne passe pas inaperçue aux yeux de son manager (la main sur l’épaule et le plan suivant la montrant se lavant les mains peut laisser perplexe). Incapable de contrôler ses pulsions, elle est abusée par un proxénète… Mais, sauvée par Mitsuko (jouée par l’impressionnante Makoto Togachi), un professeur de littérature à Todai le jour, adepte de la prostitution la nuit, elle va alors apprendre à maitriser ses pulsions et faire payer les hommes en rut.

C’est sans compter le piège dans lequel se retrouve Izumi, soigneusement élaboré par la perverse Mitsuko, qui va l’introduire au service du proxénète qui l’avait abusé, pour aller servir un client… qui se trouve être son mari.

Des éléments du récit semblent d’ailleurs manquer – sûrement dû au raccourcissement de la version de Cannes (de 144 à 113 minutes). L’enquête policière passe au second plan pour laisser place aux scènes érotiques (rappelant des passages de L’Empire des Sens de Nagisa Oshima), insistant d’autant plus sur le côté sombre et la perversité des personnages (et des êtres humains de manière générale).

Nombreuses sont ce qu’on pourrait considérer comme des attaques indirectes contre la société japonaise :

1) Todai, l’université de Tokyo, est critiquée pour son élitisme seulement en théorie : « les étudiants ne comprennent que 50% de ce qu’enseigne le professeur de littérature » ;

2) L’image des couples fidèles est mise à malle par un mari qui trompe sa femme avec des prostituées et la femme qui elle-même en vient à se prostituer pour satisfaire ses désirs ;

3) Les hommes (japonais) sont dépeint comme des êtres pervers, en demande de sexe, mais uniquement s’il est gratuit, et qui méprisent les femmes qui vendent leur corps ;

4) Les love hôtels sont montrés comme une composante essentielle de la vie « détraquée » des japonais…

En bref, Guilty of Romance est un film qui ébranle les bonnes mœurs en montrant les revers de la société japonais mais aussi cherche à marquer les esprits par la façon directe dont il adresse la problématique du désir sexuel au sein de la population japonaise et les pratiques qui peuvent découler de cette obsession du paraitre – que la mère de Mitsuko ne fait que bien rappeler en traitant sa fille prostituée comme l’incarnation de la décadence extrême.

Enfin, le récit comprend plusieurs couches qui entretient le doute et le mystère tout en enrichissant l’action : 1) le contexte spécifique japonais des love hôtels, 2) l’enquête policière, 3) le retournement dans la vie de Izumi et enfin 4) la puissance du langage pour assouvir exprimer ses pulsions.

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