Deux jours après la projection de The Thieves à Londres et le lendemain de celle de The Big Swindle – son premier long métrage -, son troisième film Woochi était projeté au centre culturel coréen du Royaume-Uni. Suite à cette projection, le réalisateur Choi Dong-hun a pris le temps de répondre aux questions de l’audience liées ou non à son film de capes et d’épées fantastique.

Pour commencer, en introduction, il a été interrogé sur les motivations qui l’ont poussé à réaliser ce film il y a de cela quatre ans. Après avoir terminé Tazza : the High Rollers en 2006, il a voulu poursuivre avec un nouveau film. Ayant étudié les mythes et légendes coréennes, il était très intéressé par les histoires qui en découlaient. Le moment étant opportun, il s’est lancé dans le projet, dont le tournage a duré six mois et le budget fixé a été largement dépassé !

La parole a ensuite été donnée au public :

1)      Il y a beaucoup d’éléments d’animation dans le film. Etait-ce difficile de les intégrer ? Avez-vous beaucoup utilisé les « écrans verts » ?

Choi Dung-hun: Initialement, je souhaitais limiter l’utilisation des écrans verts au maximum. Mais, cela facilitait beaucoup la tâche, donc nous les avons utilisés pendant deux semaines du tournage.

2)      Les personnages du film sont très originaux, notamment les gobelins, d’où les avez-vous tirés ? De votre imagination ou d’un manhwa (bande dessinée coréenne) ?

Choi Dung-hun: En fait, en Asie, nous avons un calendrier cyclique basé sur 12 animaux du zodiaque chinois, sur lequel je me suis appuyé. Chaque animal a un sens bien particulier. Certaines personnes en Corée du Sud m’ont d’ailleurs fait remarquer que le personnage du rat dans mon film avait une signification symbolique encore plus terrible que celle voulue.

3)       Dans vos films, vous êtes habile à mélanger les genres: par exemple, Woochi est autant un film de capes et d’épées, de magie que mythologique… Comment procéder vous pour arriver à de telles créations ?

Choi Dung-hun: Tous les réalisateurs souhaitent faire des films qui ressemblent à des films déjà populaires tout en voulant s’en détacher et créer quelque chose de tout à fait unique. Dans mon cas, j’aime beaucoup les drames et les comédies. Mais, un réalisateur coréen très célèbre, Kim Sung-soo, m’a dit un jour que j’avais du talent pour les films d’action. Tout en étant pleinement immergé dans le genre, j’ajoute des éléments narratifs qui ne sont pas courants, tels que les flash-backs, ou encore de la comédie. C’est ce qui constitue ma différence. De ce fait, je n’écris pas tous les dialogues directement pour laisser place à un humour naturel.

4)      Les personnages de Woochi peuvent faire penser au La Bête de 1975. Avez-vous puisé l’inspiration de votre scénario d’un tel film par exemple ?

Choi Dung-hun: Je ne m’attendais pas à un tel succès pour mes films, même s’il y a bien sûr des attentes minimum. En général les films qui traitent de problèmes de société et qui génèrent des émotions, notamment qui font pleurer, sont ceux qui ont plus de potentiel de succès. J’ai cependent été très surpris de la réaction négative de l’audience coréenne. J’apprécie énormément la valeur de divertissement de ce film.

5)      Combien de temps cela vous a-t-il pris de l’écriture à la sortie du film ?

Choi Dung-hun: Plusieurs semaines pour le scénario, six mois pour la préparation de la production, deux mois de tournage proprement dit et six mois de post-production environ.

6)      Dans quelle mesure le cinéma européen et hollywoodien a influencé votre écriture de The Thieves ? Peut-on dire que le film ressemble beaucoup à Ocean’s Eleven ?

Choi Dung-hun: Quand j’écrivais le scénario de mon premier film, The Big Swindle, mon grand-père m’a conseillé d’aller voir Ocean’s Eleven. J’y suis allé et j’ai repris l’écriture de mon film. C’est un film qui a un intérêt certain dans la partie qui concerne la constitution de l’équipe de cambrioleurs. Mais, pour ce qui est du déroulement du cambriolage, c’est là où The Thieves se distingue: la véritable histoire du film se joue au niveau des différentes trahisons, complots et pièges que les uns et les autres se tendent. Si l’on pouvait retenir une image générale: Ocean’s Eleven est un film de mariage alors que The Thieves est un film de rupture/divorce.

7)      Comment en êtes-vous venu à la réalisation ?

Choi Dung-hun: Quand j’étais plus jeune, la seule chose qui me préoccupait était de trouver une entreprise qui puisse m’employer en tant qu’écrivain. Après mon diplômé, j’ai rejoins une société de production cinématographique. J’en suis venu à considérer les réalisateurs avec beaucoup de respect, comme des professionnels accomplis et brillants. En Corée du Sud, les réalisateurs écrivent souvent leurs propres films. C’est pourquoi, j’ai fait mes débuts via l’écriture.

8)      Lors de la conférence pour la sortie de The Thieves à Séoul, vous aviez mentionné la possibilité d’une suite. Est-ce toujours d’actualité ?

Choi Dung-hun: Initialement, cela devait être le cas. Je pensais même que nous allions prendre les mêmes acteurs. Finalement, je me suis retiré du projet – qui va probablement se faire – car je préfère développer des histoires similaires sans être identiques. J’aimerais aussi expérimenter d’autres genres… d’ailleurs je travaille actuellement sur un film érotique.

9)      Avec de nombreux acteurs et réalisateurs coréens faisant leurs débuts aux Etats-Unis et une audience mondiale plus réceptive au cinéma coréen, comment voyez-vous l’avenir de l’industrie ?

Choi Dung-hun: L’industrie du cinéma est assez particulière. Nous sommes jugés sur des courts métrages – qui sont comme un passage obligé.

En ce qui concerne l’avenir du cinéma coréen, je pense que cela est l’affaire de chaque réalisateur, s’il souhaite partir à l’étranger. Je me focalise sur ma carrière, sur moi-même, et surtout en Corée du Sud. Et je ne suis pas le seul à penser de cette façon. Des réalisateurs nés dans les années 1960, tels que Lee Chang-dong, Im Sang-soo, Hong Sang-soo,  et bourrés de talents, ont fait leurs débuts dans une ambiance très agréable. Désormais, les jeunes réalisateurs doivent faire face à beaucoup de concurrence, ce qui change beaucoup la logique de l’industrie.

10)  Comment gardez-vous la forme et le moral, alors que le métier de réalisateur peut-être très éprouvant ?

Choi Dung-hun: Je dors beaucoup… et bois beaucoup (rires) ! C’est comme depuis environ 10 ans… Les réalisateurs ont tous plus ou moins ce genre de vie. Notre métier peut être des plus ennuyeux et douloureux, comme très excitant. Le fait d’avoir la responsabilité de convaincre continuellement les acteurs pour s’assurer de leur adhésion au projet peut être des plus engageant comme peut rendre fou.

Sur The Thieves, le faire d’avoir travaillé avec ma femme, la productrice Su-hyeon An, de Caper Films m’a d’ailleurs ajouté un peu de pression. Je devais donner l’impression de travailler 24 heures sur 24 (rires).

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