Vendredi 6 juillet, à 19h, dans le cadre du festival Paris cinéma, Olivier Assayas est venu gracieusement présenter le film A Better Tomorrow réalisé par John Woo et sorti en 1986.

Jeune reporter pour Les Cahiers du Cinéma à l’époque, Assayas est revenu sur le voyage qu’il a fait à Hong-Kong en compagnie de Charles Tesson en 1984, en vue d’établir une « cartographie » du cinéma hongkongais et de mettre en perspectives son paysage, au travers de son histoire, de ses genres, de ses stars.

A cette époque-là, il y avait encore très peu de spécialistes du cinéma asiatique précisait Assayas, et encore moins hongkongais : Marco Müller pour l’Italie ou Christophe Gans pour la France par exemple. Les quelques films sortis en occident donnaient une vision très fragmentaire de cette industrie cinématographique.

Au moment même de son voyage à Hong-Kong, les deux studios emblématiques, la Shaw Brothers et Celestial Pictures – ce dernier issu de la scission avec la Shaw Brothers -, fondés par Raymond Shaw, étaient en plein déclin. Leur archaïsme dans le milieu des années 1980 pouvait faire penser à l’état des studios hollywoodiens dans les années 1950.

Assez rapidement, une nouvelle vague de réalisateur a émergé : revenus des Etats-Unis où ils avaient fait leurs études, ils militaient pour un cinéma libre, indépendant de la censure. Parmi eux comptaient Tsui Hark, Ann Hui, Allen Fong, Patrick Tam, en bref un grand nombre des réalisateurs présentés dans le cadre de la section hongkongaise au festival Paris cinéma.

Assayas n’avait pas rencontré Chang Cheh qui était pourtant le plus prolifique des réalisateurs de la Shaw Brothers (20 films réalisés entre 1971 et 1973 !), et ce de manière assez symbolique car appartenant à un système qui étaient voué à prendre fin. Cependant, beaucoup des grands réalisateurs hongkongais actuels ont appris avec lui, au premier rang, John Woo qui était son assistant durant cette période-là (1971-73).

Son cinéma est marqué par des éléments spécifiques :

  • Des stars masculines (Alexandre Chu Sheng, Di Long), qu’il a lui-même découvert et fait émerger ;
  • Un cinéma d’arts martiaux / de kung-fu ;
  • Un rapport sec à la violence ;
  • Une certaine cruauté souvent mêlée au sentiment de vengeance ;
  • Un cri lyrique de souffrance et de plaisir pour le voyeurisme, en bref une perversité par rapport au corps et à la cruauté.

« A Better Tomorrow » s’inscrit en revanche dans la foulée de cette nouvelle alliance entre stars et producteurs, visant à renouveler les genres et les acteurs. C’est le nouveau studio issu de cette alliance, Cinema City, qui permettra de produire le film.

Olivier Assayas voit notamment Tsui Hark comme une personnalité clé dans le renouvellement de la pratique du cinéma à Hong-Kong, notamment par :

–          Les effets spéciaux dans les films de science-fiction ;

–          Une nouvelle façon de revisiter l’histoire chinoise ;

–          La volonté de crée un cinéma d’action indépendant d’Hollywood ;

–          Une réinvention du montage (qui sera ensuite pillée par ses successeurs) ;

–          L’émergence d’un grand producteur : A Better Tomorrow est d’ailleurs sa première production (à laquelle succédera « A Chinese Ghost Story »).

On peut voir, dit Assayas, la naissance d’un cinéma hongkongais s’inspirant des codes hollywoodiens comme un « effet boomerang », une réponse directe aux attentes d’un jeune public chinois intégré et plus occidentalisé. L’ironie du sort est que le cinéma hongkongais a ensuite accédé à une meilleure reconnaissance, justement par qu’il avait repris les codes du cinéma hollywoodien, de la série noire de Jean-Pierre Melville également. Cet effet d’écho qu’Assayas juge passionnant, n’a en revanche pas fonctionné pour le cinéma d’arts martiaux qui étaient à l’origine la spécificité de Hong-Kong.

Quoiqu’il en soit, au-delà de l’aspect historique, apparait un grand cinéaste, qui sait mêler le savoir-faire du kung-fu avec un traitement lyrique hollywoodien, à la manière d’un Sergio Leone (voire d’un Kurosawa, même si cela ne fait plus référence aux mêmes origines). Woo a trouvé son style mais aussi sa star : Chow Yun-fat.

Chow Yun-fat, Olivier Assayas l’a également rencontré lors de son déplacement à Hong-Kong. A ce moment-là il tournait sur le nouveau film d’Ann Hui. Sa manière de travailler – enchainant tournage après tournage, dormant à l’arrière de son break – faisait ressortir l’aspect « cinéma bricolage » du cinéma hongkongais de l’époque.

Cette collaboration entre Woo et Chow est l’une des plus fortes dans le cinéma hongkongais et va être un de celles qui vont le propulser sur la scène internationale. Tsui Hark, qui lui n’a jamais connu un tel succès à l’étranger et a eu plus de mal à exporter ses films, lui en a toujours un peu voulu.

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