Critique : The Housemaid d'Im Sang-soo
3.5Note Finale
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En grande fan de cinéma Coréen, c’est avec un plaisir non dissimulé que je me précipitais voir The Housemaid au cinéma, remake du film du même nom réalisé en 1960 par Kim Ki-Young ; d’autant plus qu’en 2009, l’occasion de rencontrer Im Sang-soo (Girl’s Night Out ; The President’s Last Bang ; Le Vieux Jardin ; Une Femme Coréenne) m’avait été présentée lors du Festival de Cinéma Coréen d’Aix-en-Provence et que ce réalisateur m’était apparu fort sympathique et intéressant dans sa conception de l’art cinématographique. Et je dois dire que le film s’est montré plus qu’à la hauteur de mes espérances. Une esthétique à la beauté glacée, une musique envoûtante, des acteurs impeccables… Il ne m’en fallait pas plus pour me laisser charmer par ce conte tragicomique des Temps Modernes.

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Bon, disons-le honnêtement, le concept diégétique du film en lui-même n’offre rien de bien original. The Housemaid se présente comme un pamphlet sociétal visant à dénoncer les mœurs de la haute bourgeoisie sud-coréenne, allant de la maîtrise obligatoire des sentiments au profit du culte de l’apparence jusqu’aux machinations impitoyables pour atteindre les sommets hiérarchiques. Rien d’innovant donc de ce côté-là, surtout si l’on connait la filmographie d’Im Sang-soo. Ayant suivi des études de sociologie à l’Université de Yonsei, à l’instar de son confrère Bong Joon-ho (Memories Of Murder ; The Host ; Mother), le réalisateur n’a jamais caché son parti pris de considérer le cinéma avant tout comme un moyen de faire passer un message en tirant un portrait à l’acide de la société coréenne du XXIème siècle. S’il a préféré privilégier l’aspect communicatif du Septième Art, il n’en a pas pour autant négligé la recherche plastique, l’esthétique de The Housemaid restant fidèle à celle de ses précédents films : rigoureuse, abrupte, glaciale, en un mot : sublime. Le style très particulier d’Im Sang-soo se ressent quasiment dans chaque plan : la mise en scène, élaborée de manière systématique, presque « mécanique », couplée au travail de la photographie, très aseptisée et toute en contrastes, donne naissance à une atmosphère glauque et étouffante que l’on retrouve également dans Une Femme Coréenne. Le rythme, plutôt lent, entraîne le spectateur vers un dénouement qu’il devine tragique dès le départ.

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En effet, le film fonctionne comme une boucle, une spirale infernale, la scène d’introduction faisant écho à celle de fin. Ce concept est accentué par la bande-son, très présente, qui joue son thème classique de manière entêtante, révélatrice de l’essence même du film. Mais si le dénouement s’avère certes prévisible, comme l’ont relevé certaines critiques,  peut-être est-ce simplement parce que ce n’était pas là qu’Im Sang-soo désirait placer l’intérêt de The Housemaid. Je pense effectivement que le traitement esthétique ainsi que la portée dramatique du film sont les véritables enjeux visés par le cinéaste pour toucher son public.  Le choix de l’actrice Jeon Do-yeon pour incarner le personnage d’Euny corrobore cette hypothèse. Récompensée du Prix d’Interprétation Féminine au Festival de Cannes de 2007 pour son interprétation magistrale de Shin-ae aux côtés de Song Kang-ho dans le bouleversant Secret Sunshine de l’ex-ministre de la culture de Corée du Sud, Lee Chang-dong (Green Fish ; Peppermint Candy ; Oasis ; Poetry), Jeon Do-yeon réussit une fois de plus à s’approprier le rôle d’Euny de manière extrêmement intense et profondément authentique.

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L’on ne peut que ressentir pitié et compassion pour cette jeune femme simple et naïve comme une enfant  qu’elle incarne avec une justesse qui frise la perfection. La servilité d’Euny est telle, qu’elle est prête à offrir son corps sur la simple demande de son « maître » sans même avoir conscience des terribles conséquences que son geste entraînera, considérant naturellement que cela relève de sa fonction de servante. Sa soumission excessive et sa vulnérabilité émotionnelle lui font supporter sans hésitation aucune les tendances dominatrices de Hoon, homme puissant et arrogant qui tout au long de sa vie a toujours obtenu ce qu’il désirait, sans vergogne ni remord. Utilisée, humiliée, manipulée et enfin annihilée de l’intérieur, cette femme au cœur pur est la véritable victime du film, victime des riches qui tiennent plus que tout au monde à garder le contrôle sur ce qu’ils considèrent comme acquis et inférieur à leur soi-disant excellence ; soit une parfaite figure de martyre revisitée à la sauce coréenne.

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Le couple de nouveaux riches, quant à lui, incarne à merveille la déshumanisation qu’entraîne au fil du temps l’abstraction totale de tout sentiment d’empathie envers ses semblables. Désincarnés, déconnectés de leurs émotions et  dénués de toute conscience humaniste, Hoon et Hera se sont mutuellement entraînés vers le fond du gouffre pour peu à peu se transformer en véritables monstres avides de gloire et de pouvoir. L’ascendance qu’ils possèdent sur leur personnel en est presque effrayante, tant leur présence suscite le respect et la dévotion forcés sans aucune possibilité de rébellion. D’un autre côté, le personnage très contradictoire de Byung-shik, interprété par Youn Yuh-jung, s’avère très représentatif des conséquences de l’asservissement sur l’être humain : Byung-shik s’est laissée submerger par son devoir de servante à tel point que son intégrité en est entièrement détruite, elle n’est plus qu’une ombre sans cœur ni visage, « dure comme le roc » et « pourrie jusqu’à l’os », qui n’en peut plus d’espérer la délivrance en serrant les dents et va même jusqu’à renier ses propres valeurs par intérêt et soumission.

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Au final, on peut considérer ce petit bijou artistique comme une fable satirique empreinte d’humour noir, mêlant habilement romantisme, thriller et drame avec tout le savoir-faire et la sensibilité à fleur de peau du Pays du Matin Calme.

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