Katsu (Yakusho Kôji), bûcheron d’une soixantaine d’années aux habitudes et rituels bien campés, est dérangé en plein travail dans les montagnes par une équipe de tournage de film de série Z. Poussé tout d’abord à faire une figuration de dépannage, il voit sa routine envahie par les zombies et se découvre peu à peu un intérêt pour le tournage en cours, alors que Kôichi (Oguri Shun), le jeune réalisateur, lutte contre les affres de la création et ne demande qu’à s’en échapper…

Après un long-metrage gastronomico-givré, The Chef of the South Polar (2009), qui manquait singuliérement de rythme malgré un final bien senti, Okita Shuichi remet le couvert pour un troisième film bien plus abouti ; sans doute bien plus classique aussi, dans sa trame comme dans son concept de base. The Woodsman and the Rain joue en effet sans cesse avec les oppositions, qu’il s’agisse du fossé entre générations, de la différence de référenciel culturel et social qui s’est creusé dans les deux Japon —celui de l’endroit et celui de l’envers— où la place des traditions et celle de la culture sont aux antipodes, ou qu’il s’agisse plus simplement de l’opposition des rythmes de vie dans ces deux univers.
À ces sources évidentes de grands moments comiques —dont la première scène résume parfaitement l’esprit—, s’ajoutent en filigrane un récit d’apprentissage et une réflexion sur le doute créatif et la peur du regard du public, sujet que Oguri Shun n’a pas caché avoir trouvé très proche de ses préoccupations de réalisateur débutant (Surely Someday, 2010) et qui travaille sans doute également encore Okita Shuichi dont la modestie et la nervosité sont palpable à chaque apparition.

En évitant toute caricature méchante et toute cruauté envers l’un des deux mondes qu’il met en scène, Okita nous fait rire des les premières minutes, nous émeut parfois, et nous présente un Japon et un petit village sympathique dans lequel l’on irait bien séjourner quelques temps, un tournage dans lequel on souhaiterait tous figurer, et un bûcheron simple et bourru que l’on aimerait tous avoir comme ami. Car si Oguri Shun (Crows Zero, Hana Yori Dango…) et son aura de jeune premier captent toute l’attention médiatique, c’est Yakusho Kôji qui tient le film de bout en bout, renouant avec la légèreté et le charme d’une grande partie de sa filmographie (Tampopo, Kamikaze Taxi, Shall We Dance?) et livrant une performance irréprochable.

Réjouissant, léger, et ponctué de vrais moments de grâce et de poésie (toute la dernière séquence notamment), The Woodsman and the Rain a charmé le jury tout comme les salles qu’il a remplit durant le TIFF, croisons donc les doigts pour une sortie française.

 

Les photos et la retranscription de la conférence de presse donnée à l’occasion de la présentation du film en compétition lors de la 24ème édition du TIFF est disponible ici.

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