En 1966, un jeune homme est condamné à mort pour le meurtre de son patron et de sa famille. La sentence est rendue par 3 juges, malgré un nombre considérable d’irrégularités dans l’enquête et la procédure judiciaire. Ce jeune homme s’appelait Iwao Hakamada, et il est toujours vivant : ça fait 44 ans qu’il est enfermé dans une cellule en attendant d’être exécuté. En 2007, un des 3 juges qui l’a condamné a déclaré qu’il ne croyait pas en sa culpabilité, et qu’il est toujours convaincu qu’Hakamada est innocent. Sale affaire, d’autant que l’histoire est malheureusement véridique. Le réalisateur Banmei Takahashi a décidé d’en faire un film : BOX The Hakamada Case. Ce n’est pas la meilleure idée qu’il a eu de sa vie : son film est terriblement chiant, et prouve de manière formelle qu’une bonne histoire vraie ne garantit pas une bonne fiction.

critique: Box: Hakamada Case de Banmei Takahashibox affiche critique: Box: Hakamada Case de Banmei Takahashi

Pour commencer, Takahashi a fait un choix risqué : il a décidé de centrer son récit sur le juge au lieu de la centrer sur le suspect, ce qui aurait pourtant été un choix plus évident. En cinéma, c’est tout de même plus facile de donner du rythme à en enquête policière qu’à un procès, et un personnage d’ancien boxeur surendetté est plus susceptible de capter l’attention qu’un personnage de jeune premier de classe fraîchement promu juge en toge. Pour se permettre de faire ce genre de choix, il faut donc d’énormes qualités artistiques, de l’audace, et un sens de la narration impeccable ; trois qualités qui manquent cruellement à notre ami réalisateur, qui a pourtant une trentaine d’années d’expérience derrière lui.

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C’est vrai, il sait tenir une caméra, mais son principal défaut, c’est peut-être qu’il a trop potassé la question : à une ou deux séquences près (tellement courtes et fugaces qu’on se demande si elles n’ont pas été réalisées par erreur), sa réalisation est d’un académisme lourdingue qui nous rappelle à tout instant à quel point les procès passent mal sur grand écran. On peut au moins lui reconnaître une certaine cohérence : la platitude de son style visuel accompagne à merveille la monotonie de son scénario et le manque de saveur de ses personnages.

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Takahashi est atteint d’un syndrome relativement courant chez les réalisateurs de son genre : il veut trop bien faire, mais ne sait pas comment faire. L’affaire Hakamada est un cas terriblement complexe, trop complexe pour qu’on puisse réussir à le résumer en à peine deux heures… mais c’est pourtant ce qu’il s’est échiné à faire, se mettant ainsi à dos à la fois les étudiants en droit (trop de raccourcis) et les cinéphiles (trop de prises de tête juridiques) : en cinéma non plus, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin.

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Le résultat de cette impossible équation, c’est un film morcelé en petites parties péniblement rattachées entre elles et qui, prises individuellement, ne sont pas assez développées pour valoir quoi que ce soit. Or, un ensemble de séquences qui ne valent rien, ça ne vaut pas grand-chose non plus. Takahashi aurait dû faire un film sur l’enquête policière foireuse, ou un film sur le procès où interfèrent les intérêts personnels, ou même un film sur la vie de Hakamada ou sur la dépression nerveuse du juge qui l’a condamné, au lieu d’essayer de tout faire tenir en un seul film. Non seulement ça ne tient pas la route, mais en plus on n’a absolument rien à foutre de ce qui se passe devant nos yeux, puisque dès qu’on commence à s’intéresser à un aspect de l’histoire, le film bascule sur un autre.

Mais le plus gros reproche qu’on puisse faire à Takahashi, c’est sans nul doute son manque de subtilité dans le traitement de son sujet. Le réalisateur est intimement convaincu de l’innocence du personnage, et, avec ce film, il entend nous convertir à son point de vue, sans nous laisser la moindre chance de penser autrement : son approche de l’affaire est ultra-frontale, et ne laisse pas de place à la discussion. Il y a les gentils d’un côté, et les méchants de l’autre. Les personnages sont des caricatures sur pattes, sans nuance, sans ambigüité,  et donc sans crédibilité. On ne voit alors plus BOX comme un drame psychologique, un biopic ou un film judiciaire, mais comme un vulgaire film de propagande. Et s’il y a bien une leçon que vous pourrez retenir à propos du cinéma, c’est celle-ci : si un réalisateur tente de vous dire comment penser, envoyez-le se faire foutre.

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