Disponible au cinéma depuis cet été dans quelques rares salles obscures, « City Of Life and Death » sort en DVD et Blu-Ray le 23 novembre chez nous. Au passage et pour les plus impatient…quelques cinémas le diffuse encore.

Une interview du réalisateur est disponible à la fin de l’article.

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Chine, 1937.
Aux portes de Nankin, capitale de la Chine, l’armée impériale japonaise lance l’offensive. À l’intérieur, les soldats chinois sont totalement désorganisés. Certains veulent se rendre, d’autres s’y opposent par la force, alors que l’essentiel des troupes et une partie de la population civile ont déjà été évacués. Les remparts sont détruits par des tirs de chars. Les soldats japonais entrent dans la ville fantôme avec ordre de ne pas faire de prisonniers.

Le « Massacre de Nankin » est en marche.

Parmi les soldats japonais, le jeune Kadokawa prend part à la mise à sac de la ville tout en l’observant avec effroi. Du côté chinois, les soldats sont exécutés en masse, et les femmes de tous âges violées.
Les nombreux civils qui n’ont pu être évacués tentent de s’organiser pour survivre…

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Pour ceux que le sujet intéresse:

Le Massacre de Nankin
Entre mémoire, oubli et négation.
(Enquête historique – Denoël – Octobre 2007)

Nankin, la mémoire et l’oubli
Film documentaire de 52’ diffusé en mars 2007.
(Les Poissons Volants, Rosem Films, France 5)

Entretient avec le réalisateur:

Qu’est-ce qui vous a amené à tourner un film sur les Massacres de Nankin ?

Bizarrement, il m’est assez difficile de répondre à cette question. Je pourrais presque dire que j’y suis venu instinctivement. Par là, je n’entends pas que j’ai été poussé par des grand principes ou des sentiments nobles comme le « devoir », l’« Histoire », la « mémoire » etc Cela découle plus de l’évolution de mon approche du cinéma, de mon désir de réaliser des films qui traitent de la vie, de l’humanité, de l’histoire et de la société. Je me suis mis réfléchir au fait qu’un film devait être animé d’un certain type d’énergie, capable de toucher le coeur des gens tout en les ébranlant suffisamment pour les faire réfléchir. Voilà le genre de film que je veux tourner. Et c’est ce désir qui m’a presque naturellement mené à ce sujet. J’ai toujours été troublé par les questions du salut et de l’instinct de survie face à la destruction, l’horreur et le chaos. Je voulais me confronter à ces problématiques avec ce film. City of Life and Death est la meilleure réponse que j’ai pu y apporter.

Avez-vous regardé d’autres films sur le sujet et qu’en pensez-vous ?

Oui, j’ai vu des films comme Black Sun Nanjing Massacre, et franchement, j’ai le sentiment qu’ils ont surtout été faits dans le but de se complaire dans une représentation choc de la violence. Il m’est donc difficile de les accepter comme « films historiques ». Je préfère regarder des documentaires qui m’apprennent quelque chose sur le plan des faits.

On imagine que du fait de son sujet, le processus de « validation » par la Censure Chinoise a dû être compliqué…

Oui, et il est aisé de comprendre pourquoi un film pareil doit en passer par là. Nous avons collaboré de près avec le Comité de censure, tout en défendant nos orientations artistiques sur le plan du style et du réalisme. On n’a presque rien dû couper. Tout ce qui touche les relations entre la Chine et le Japon est très tendu et bien sûr, un film sur le Massacre de Nankin n’y échappe pas. Dès le départ, nous avions conscience d’aborder un sujet sensible.

Pourquoi avoir tourné en noir et blanc ? Aviez-vous des références en tête ?

Je n’aime pas la couleur du sang, synonyme de violence et de désolation. En noir et blanc, le sang est noir, ce qui confère à l’imagerie un caractère solennel et permet de réduire les stimuli sensoriels infligés au public. Par ailleurs, le noir et blanc permet une meilleure distance morale, il impose le respect en conférant aux images un impact iconique, presque religieux. Au final, je pense dans ce cas précis qu’il offre une plus grande richesse émotionnelle et davantage de subtilité qu’une simple expérience sensorielle. Mais ce ne sont pas des choses auxquelles on pense d’emblée. Je ne me suis pas dit « ce film sera en noir et blanc, » pour ressembler à ci ou à ça. C’est un choix qui s’est imposé peu à peu en me fiant à ma propre approche émotionnelle du sujet. Il ne faut pas y chercher de références précises non plus. Je pense toujours qu’un vrai réalisateur doit se focaliser avant tout sur son propre style, avant de pouvoir le transcender, le dépasser de façon à créer quelque chose de neuf, susceptible de le surprendre lui-même. La violence du film, les meurtres, les viols, est presque insupportable par moments.

Comment ne pas aller trop loin ? Fallait-il coller à la réalité historique ou prendre des libertés avec elle ?

A dire vrai, nous avons coupé plusieurs scènes de violence pour ne pas heurter le public trop frontalement. Nous avons pris la décision de ne pas montrer les gens éventrés, démembrés ou mutilés directement à l’écran, simplement parce que je suis comme tout le monde, je trouve ce genre d’images très difficiles à supporter. Dans mon esprit, il est préférable d’essayer de faire toucher la brutalité de la guerre avec plus de distance, de moins chercher à choquer le public qu’à le glacer. Je ne suis pas favorable à un usage trop ostentatoire de la violence. Je privilégierai toujours une approche plus subtile à un déchaînement de violence pure.

Deux des personnages principaux sont japonais. Pourquoi raconter cette histoire à travers leurs yeux ?

Mon objectif était de montrer le massacre de façon à ce que n’importe qui dans le monde puisse comprendre ce qui s’était passé, plutôt qu’en m’en tenant à l’image clichée du Japonais cruel et sans pitié. L’idée a toujours été de montrer la nature humaine de la façon la plus juste possible.

Mais justement, des spectateurs chinois ont considéré que le film était trop complaisant envers les Japonais. Que répondez-vous à cela ?

Je suis officier, diplômé d’une école militaire, mon patriotisme ne saurait être mis en question. Moi-même, en créant ces personnages de soldats japonais, j’avais des sentiments complexes, ambivalents. Mais je reste fidèle à l’idée qu’il faut respecter son adversaire. Je possède le Journal intime d’un soldat japonais et, pour l’essentiel, je me suis contenté de m’en inspirer. Les soldats japonais sont des types ordinaires, il n’y a aucune raison d’en faire des monstres. Un malade mental qui tue quelqu’un est parfois acquitté, parce qu’il n’est pas considéré comme responsable de ses actes. Dans la plupart des films, ceux qui commettent des actes répréhensibles sont désignés comme des « méchants. » Moi, je voulais montrer des soldats japonais qui dansent, se lavent, bavardent, vont voir des prostituées etc. exactement comme cela est raconté dans le Journal, sans jamais les diaboliser. Il me semble nécessaire de repenser l’histoire de manière plus rationnelle et qu’un maximum de gens soient sensibilisés à ce qui s’est passé pendant le massacre de Nankin.

A l’inverse, des commentateurs étrangers ont taxé le film de « propagande chinoise ». Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Le titre anglais est « City of Life and Death ». Dans cette ville, il y a bien les deux : la vie et la mort. Au cours de ce conflit, il y a eu des victimes dans les deux camps, chez les assiégés comme chez les agresseurs. On essaie de raconter cette histoire de différents points de vue. Le thème du film est la « résistance », pas seulement celle du peuple chinois à la guerre ou son instinct de survie, mais aussi la résistance à une certaine forme de fatalité, symbolisée par le suicide du soldat japonais qui choisit cette issue parce qu’il n’accepte pas le rôle qui lui est donné dans cette histoire. Quand j’étais à l’armée, j’ai étudié l’histoire militaire, l’histoire de la guerre, et je mesure pleinement la signification de ce type de massacre. Cette menace existe toujours, même aujourd’hui. Et pas seulement parce qu’un pays étranger peut décider de nous attaquer, il faut bien avoir conscience qu’un jour ou l’autre, nous pouvons être amenés à en faire autant. N’oublions pas qu’à la fin de la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne était déjà vaincue quand les Alliés ont décidé de lâcher des bombes incendiaires sur la région de Dresde. Plus de 40 000 personnes sont mortes en une nuit. Par la suite, quand les images de cette zone ont été publiées, on aurait dit la surface de la Lune. Au fond, City of Life and Death n’est rien d’autre qu’un film contre la guerre.

Vous vous attendiez à tant de controverses ?

Avant les premières projections publiques en Chine, oui, ça m’inquiétait. La plus grande différence avec les autres films sur le sujet est que le point de vue principal est celui d’un soldat japonais, un des agresseurs. C’est à travers lui que l’on fait le lien entre les différents personnages et que l’on parvient à exprimer la douleur de la lutte pour la survie du peuple chinois. Vis-à-vis du public chinois, c’était un très grand risque de procéder de la sorte et de décrire un soldat japonais comme un type ordinaire.

Le succès du film était-il prévisible ?

Avant la sortie, non, je n’imaginais pas cela, surtout que je craignais les polémiques, comme je viens de vous le dire. Mais quand le film est sorti, toutes les salles affichaient complet, et les réactions étaient très fortes à travers le pays, comme une célébration. La moitié des spectateurs restaient assis dans la salle jusqu’à la fin du générique, comme si l’impact du film ne devait plus les quitter. Des gens pleuraient, j’ai été très touché par l’ensemble de ces réactions.

La danse rituelle japonaise vers la toute fin du film est un des moments les plus puissants qu’on ait vus au cinéma depuis longtemps. Comment l’avez-vous conçue ?

La vraie cérémonie ne se déroule pas ainsi. J’en ai eu l’inspiration en rêve vers la fin du tournage. Nous avons fait appel aux deux meilleurs joueurs de Taiko (tambours japonais, NDR), le duo Yo-Soro. Pour obtenir le son que nous voulions, nous avons exposé les peaux de tambours à une lumière très puissante, pour les tendre au maximum. Je leur ai demandé de jouer. Ils ont frappé leurs tambours à peine quatre minutes avant de trouver le rythme et la puissance que je recherchais. Dans mon esprit, le son de ces tambours est devenu une métaphore du sacrifice chinois et du fait que la menace d’être envahi n’a jamais tout à fait disparu. Nous étions tous stupéfaits de voir que cette énergie est toujours tapie en eux et peut se déchaîner à tout moment. J’ai l’espoir que le bruit des tambours continue de résonner dans le coeur de chaque spectateur à la fin du film.

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